Pierre Gouédard et « l’Aile Rhoeginéenne »

        Ebéniste de son état (certaines maisons d’Erquy sont encore sans doute meublées de pièces qu’il a réalisées), M. Pierre Gouédard s’est aussi passionné pour la colombophilie.

       À cet égard, sa rencontre avec M. Tomme, propriétaire du cinéma et du bar l’Eden, s’est avérée décisive.  Celui-ci, en effet, originaire d’Halluin, haut-lieu de cette discipline, l’invite en 1950 à visiter avec lui quelques colombiers réputés du Nord et de la Belgique. Et, revenu de la région lilloise avec ses premiers pigeons, Pierre Gouédard les installe chez lui rue du Château d’Eau (aujourd’hui de l’Horizon bleu) avant de jeter en 1953 avec quelques autres, Pierre Pellan, Marcel Allain, Armand Robert…, les bases de la Société l’Aile Rhoeginéenne et d’envisager une participation aux premiers concours.

fullsizeoutput_3ed                                                              L’Aile Rhoginéenne

    Il faut, précise-t-il dans un article d’Ouest-France du 20 octobre 1990, choisir soigneusement ses premiers pigeons, construire son pigeonnier bien exposé, les accoupler. Lorsque les jeunes arrivent, le grand travail commenceIl faut une grande patience, les soigner les nourrir et surtout les aimer, c’est la condition de la réussite.

       Quand il a posé la gouge et le ciseau, Pierre entraîne ses pigeons, les lâchant dès l’âge de trois ou quatre mois à quelques kilomètres, puis allongeant peu à peu les distances, jusqu’au moment où il les sent prêts pour les concours départementaux ou fédéraux. Les chiffres de cette participation sont impressionnants : c’est ainsi que, en 1987, pendant la saison sportive d’avril à juillet, mille quatre cents pigeons de la société l’Aile Rhoeginéenne participent à seize concours.

     Ses filles, Soizick et Josie, se rappellent encore le rituel auquel donnait lieu la préparation du concours : en amont, la séparation du mâle d’avec sa colombe, puis le baguage des pigeons engagés, l’établissement des bordereaux, l’enlogement dans les grands paniers plombés, et l’embarquement dans les camions qui allaient emmener les oiseaux à plusieurs centaines de kilomètres, vers Agen (550km), Toulouse (640km), Perpignan (785km), Cerbère (825km).

        Après le lâcher des pigeons si loin de leurs bases, vient l’attente pour l’éleveur : Josie Gouédard la revit encore : il se postait sur la pelouse, les yeux rivés au ciel pour ne pas louper le caïd qui se poserait le premier sur la trappe du colombier. Dans ces moments-là, il fallait qu’aucun bruit ne se fasse entendre dans les alentours, et si par malheur un chien aboyait ou une voiture klaxonnait, mon père se mettait dans tous ses états. En effet, ces perturbations risquaient d’effrayer l’athlète ailé en l’empêchant de se poser sur la trappe retardant ainsi le moment où mon père devait récupérer la bague…

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                                                Pierre Gouédard devant son colombier

         Sitôt le pigeon posé, la bague est introduite dans le constateur, appareil d’horlogerie plombé qui enregistre l’heure d’arrivée. Pierre Gouédard affirme que les grands as réussissent par temps favorable à rentrer le jour même sur une distance de 900km après 14 ou 15 heures de vol ; leur vitesse moyenne est de 72 à 75km/h, mais elle varie en fonction du vent. Parfois, mais c’est rare, le pigeon ne revient pas, victime de la fatigue ou d’un coup de fusil.

         Vient alors l’instant de vérité et le sacre du vainqueur. Tout au long de son histoire, L’Aile rhoeginéenne s’enorgueillit de compter dans ses colombiers plusieurs champions :  Zeus, de Pierre Gouédard, qui fait un doublé comme as-pigeon (vainqueur départemental) de la saison en 1959 et 1961, et Zeus II, champion fédéral à trois reprises en 1963, 1965 et 1966 ; mais aussi Passe-Partout, de Frédéric Huguet, classé à six concours de 450 à 800 km est sacré champion de Bretagne en 1987. D’autres éleveurs remportent des mentions enviables : Albert Teffault, « meilleur colombier », ou Marcel Coquelin, deuxième au classement départemental des jeunes licenciés. Ouest-France se fait régulièrement l’écho des succès de l’Aile rhoeginéenne.

           Pierre Gouédard s’éteint en 1996. Il semble bien que la Société colombophile qu’il a dirigée pendant quarante ans ne lui ait pas beaucoup survécu ; et l’on ne scrute plus guère aujourd’hui l’arrivée des pigeons bagués dans le ciel d’Erquy…

Bernard Besnier

 

 

 

 

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