La coquille Saint-Jacques

Un gisement en pleine expansion

 La production mondiale des coquilles serait de 2,4 millions de tonnes.

   Dans la baie de Saint Brieuc (Côtes d’Armor), du mois d’octobre au mois d’avril, trois ports se mobilisent pour draguer le célèbre coquillage qui fait les délices des gourmets : Erquy, Loguivy et Saint- Quay-Portrieux.  C’est que la belle dame est une précieuse, fort appréciée.

    En Manche, il lui faut deux à trois ans pour atteindre sa maturité sexuelle et la pêche est très règlementée afin de préserver les gisements coquillers c’est pourquoi, depuis 40 ans, les pêcheurs de la baie sont mobilisés pour assurer sa surveillance.  Deux jours à raison de 45 minutes, le lundi et le mercredi ! Voilà la durée de la chasse au trésor !

   Deux cents bateaux et cinq cents familles vivent en partie de la belle.

  IFREMER (Institut de recherche pour l’exploitation de la mer) veille chaque année à la préservation des espèces et à l’évaluation des stocks de coquilles.  Il est épaulé par la direction Générale de l’Alimentation (DGA) qui vérifie la qualité sanitaire des coquillages.

  Naturellement, on fête le prestigieux trésor  à la riche histoire et nos trois ports se donnent le tour pour la célébrer dans la joie.

Un coquillage doué d’une forte personnalité 

Rayonnant comme un soleil orangé, ce coquillage magique appartient à la famille des « pectinidés » (ou peignes). En Europe, on l’appelle « pecten maximus », c’est-à-dire » très grand peigne », comme la parure des coiffures espagnoles et justement on la trouve en Espagne, au Maroc, en Afrique du sud en Australie et en Nouvelle Zélande mais surtout, pour nous bretons épris des saveurs marines, dans la baie de Saint Brieuc.

   Un peu de généalogie pour remonter à ses origines : 

  On dit que les plus vieux fossiles de «pecten» datent du Pliocène (soit il y a 5 millions d’années) mais la nôtre ( qu’il nous soit permis de nous l’approprier un peu), daterait de plus d’un million d’années.

 D’humeur assez tranquille et casanière, elle n’a pas migré comme ses cousines, les pétoncles dans les régions polaires d’Articque ou d’Antarticque ni au fond des abysses. Elle a élu domicile sur le talus continental et est demeurée proche des bateaux… Très sensible à son environnement, elle est plutôt douillette, aime le fonds sableux et les eaux tempérées comme celles de la Bretagne et de la Normandie et refuse les grandes profondeurs (pas plus de 500 mètres), une vraie baigneuse ! Ajoutons qu’elle a naturellement horreur de la pollution (urbaine, industrielle, agricole, lumineuse, sonore et naturellement, celle qui est liée aux hydrocarbures). Avouons qu’il y a de quoi s’inquiéter quand on sait que les grands bateaux s’entendent à plusieurs kilomètres sous et sur l’eau, que les zodiacs émettent des sons suraigus sans parler des sonars et de certaines constructions portuaires. Les larves de moules, d’huitres, de homards en sont également perturbées… Sous la mer, on a pu observer que les machines infernales modernes émettent un bruit d’enfer !!! 

   Toujours en évolution, ses valves portent une marque à la sortie de chaque hiver. Bandes claires alternent avec bandes sombres et leurs nombres correspond à celui des années vécues au fond de la mer. Ces cernes hivernaux  traversent les rayons qui s’évasent joliment comme ceux du soleil et nous font songer aux courbes dodues d’une madeleine…

  Elle fabrique une strie par jour lorsqu’elle grandit et témoigne ainsi du temps qui passe. Pourtant, elle peut cesser sa croissance en cas d’évènement indésirable : Surabondance de phytoplancton ou de nourriture. Elle surveille sa ligne et sa santé ! Ajoutons qu’elle fuit son ennemi juré, l’étoile de mer qui ne rêve que de la déguster.

   La coquille garde trace. Elle est au courant des variations de l’environnement dans sa croissance  et lorsqu’il y a une grande marée, comme le courant augmente, elle grandit moins vite. Comme le nombre de jours qui séparent ces marées est lié à la vitesse de la rotation de la terre, notre coquille est informée sur cette vitesse.  La coquille, dévote appliquée, a toujours les mains jointes, celle du dessous, bien plate, garde le dos droit tandis que l’autre fait le gros dos et se gonfle, peut-être pour éloigner les importuns… Ainsi peuvent-elles claquer en frappant leurs valves l’une contre l’autre et jouer des castagnettes.

 Même si elle appartient à la catégorie des « mollusques », terme assez vague et peu gratifiant, notre coquille est un vrai trésor. Ouvrons donc sa coquille et assistons à son autopsie :

     Elle est d’abord entourée d’une membrane protectrice, le « manteau » qui protège ses organes. Il filtre l’eau de mer et sert à constituer la coquille. Elle comporte également  « la branchie », « l’estomac », « le muscle » et « le sexe » qui prend une jolie forme de croissant du plus bel orangé avant la reproduction. Hermaphrodite, elle est d’abord mâle puis femelle.

Une métaphore poétique l’a rapprochée du célèbre tableau de Botticelli « La naissance de Vénus ». Blanche et virginale, la « noix », placée au cœur du coquillage donne cette fois tout son lustre à la comparaison.

 Mais… Savez-vous que la belle nous regarde ? Elle est en effet dotée d’un système visuel inouï dont les performances s’apparentent à celles d’un télescope. Couronnée de 200 yeux d’un bleu limpide, mesurant environ un millimètre de diamètre, elle possède un large champ visuel qui frise les 250 degrés et ces multiples miroirs concaves réfléchissent la lumière vers la rétine du beau regard de notre singulière coquille ! (sources : David Littschwager et une étude publiée dans la revue « Science »)

Histoire et légende 

   Durant la préhistoire, la coquille saint Jacques était considérée comme un élément de parure ou bien un talisman. On en a retrouvé dans les sépultures du mésolithique dans le Morbihan (5400 ans av JC) et du Néolithique (3000 av J.-C.). L’homo sapiens l’utilisait par exemple, comme un outil afin de contenir les pigments d’ocre rouge destinés aux peintures rupestres.

  On raconte aussi qu’au Moyen Age, on a trouvé des coquilles dans ce qui servait de poubelles aux moines de Landévennec qui les auraient donc consommées !

Le pèlerinage de Compostelle :

  C’est surtout le pèlerinage de saint Jacques de Compostelle  qui a donné sa renommée à la coquille dès le Moyen Age.

Ce serait la découverte des reliques de  l’apôtre saint Jacques de Zébédée au début du IXème siècle qui a fait de Saint Jacques de Compostelle l’un des plus grands pèlerinages de la chrétienté médiévale et cela à partir du XIème siècle. C’est après la chute de Grenade en 1492, que débute la « reconquista », la reconquête de l’Espagne sous le règne de Ferdinand d’Aragon et d’Isabelle la catholique. Le pape Alexandre VI déclare Saint Jacques de Compostelle l’un des trois grands pèlerinages de la chrétienté avec ceux de Rome et de Jérusalem.

 D’après la tradition, l’apôtre Jacques prêchant la parole du Christ, aurait été décapité sur l’ordre d’Hérode Agrippa. Guidée par un ange, sa dépouille aurait franchi le détroit de Gibraltar avant de s’échouer sur les côtes de Galice. L’emplacement du tombeau aurait été perdu jusqu’au IXème siècle.

    Le culte des reliques de Saint jacques est dû à l’ermite Pelagos, guidé dans son sommeil par une pluie d’étoiles et la découverte d’un tumulus. Le lieu fut donc nommé « campus stellarum » (champ des étoiles), autrement dit « compostelle ». On y construisit l’église de Santiago (Sant Iago, ou Saint Jacques.)

    Du fait de la victoire des chrétiens d’Espagne sur les musulmans, (bataille de Clavigo en 844) Saint Jacques est représenté dans la cathédrale de Saint jacques de compostelle comme un « matamore » ou « matamaure », celui qui tue les maures. Il chevauche un blanc destrier et brandit une épée et un étendard blanc, frappé d’une croix rouge.

    Le culte de Saint Jacques s’est naturellement accompagné de légendes. On  dit que les cendres du saint auraient été recueillies dans une coquille saint jacques. Plusieurs chevaliers revenant de Jérusalem seraient sortis de la mer où ils avaient été engloutis, le corps recouvert de coquilles ! Déjà au Moyen Age et dans les temps les plus reculés, ne croyait-on pas que la coquille était un talisman et qu’elle éloignait le mauvais œil ? On disait aussi, image religieuse que les deux parties de la coquille, parfaitement jointes, représentaient les deux formes d’amour, l’une pour Dieu et l’autre pour le prochain…

  Depuis le Moyen Age, les pèlerins ont été nombreux sur les chemins de Saint Jacques. Vêtus d’une méchante pèlerine, portant leur besace et coiffés d’un large chapeau relevé sur l’avant, ils devaient déjouer tous les dangers, les brigands et les loups. Ils n’obtenaient leur coquille qu’au retour de la visite au lieu sacré, sur les plages de Galice, après le saint pèlerinage dans la grande cathédrale. Beaucoup périssaient au cours des dures épreuves que leur imposait le chemin… On dit même que certains oiseaux prédateurs volaient les coquilles des pèlerins pour s’en repaître…

   Encore aujourd’hui, malgré toutes les difficultés qu’a connu ce grand pèlerinage et un certain déclin dû aux épidémies, à la guerre et à la réforme protestante, il demeure l’incontournable voie partout jalonnée du signe de Saint jacques,  celle qui a été reconnue par les derniers papes comme  « liée à la mémoire » de l’apôtre et à sa cathédrale. Malgré toutes les légendes, on sait bien que celui-ci n’a jamais séjourné dans la terre de Galice… Il n’empêche, plus de deux cents mille pèlerins emprunte le chemin avec un taux de plus de 10 pour cent par an. Les « jacquets » représentent deux tiers des marcheurs sur « le camino francés », le plus emprunté (De Saint jean-Pied-de-Port à Santiago). Celui-ci a été classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. La ville reçoit chaque année plus de trois millions de visiteurs en quête du sens de leur vie.  Ajoutons que nombreux sont les chemins de Saint-Jacques. Qu’ils soient français ou étrangers, on les classe par régions ou par voies. Citons par exemple la charmante chapelle templière Saint jacques de Saint Alban (XIIIème-XIVème siècle ) située sur la voie romaine Corseul-Carhaix. Elle donnait passage aux pèlerins anglais mais également à ceux du Tro Breizh, dédié aux sept saints fondateurs de Bretagne.

  Que de légendes et de belles histoires placées sous le noble signe de notre patrimoine !  

                                                                 Liliane Lemaître

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