Les témoignages

Un natif d’Erquy au contact des deux guerres mondiales

(source ‘Journal de Route’ d’Albert Guyomard)

1ère partie : 1914 – 1916

            C’est en mai 1971 qu’Albert Guyomard mit un point final à son récit intitulé « Un de l’Artillerie » dans lequel il a souhaité s’adresser à « ses camarades de combat ». Suite à « la découverte fortuite au fond d’un tiroir de notes prises durant [ses] campagnes », il a entrepris le récit de ses « petites aventures de la guerre 1914 – 1918 et de celles des neuf premiers mois de la suivante jusqu’au jour de [sa] capture ».  Nous allons mettre à profit les 286 pages de son ouvrage pour extraire notamment tous les indices qui permettront d’illustrer la vie à Erquy.

            Albert Jean-Baptiste Guyomard est né le 4 avril 1897 à Erquy. Son père, Honoré Guyomard, 45 ans,  était douanier et sa mère Marie-Anne Dobet, 40 ans, ménagère.

            Lorsqu’il évoque sa scolarité et celle de ses camarades, il en parle ainsi : « Formées par de vieux maîtres d’école à l’image d’un brave tonton (Julien Dobet) conscient de ses responsabilités pour qui l’amour de la Patrie n’était pas un vain mot, la plupart des générations d’avant 1900 avaient reçu un enseignement simple à base d’écriture, de lecture, de calcul, un enseignement moral et civique dont on aimerait de nos jours trouver l’équivalent. »

            C’est pour lui, la première des explications suivant laquelle, « nos aînés de 1914 ne quittèrent certes pas leurs foyers de gaieté de cœur, mais ils partirent fleur au fusil, confiants en l’issue victorieuse de la guerre, réconfortés par les vivats, les encouragements de foules émues, frémissantes. »

            La situation s’est quelque peu inversée en 1939 : « L’ambiance, l’état d’esprit n’étaient plus les mêmes [qu’en 1914]. Quelque peu désemparés par le coup dur de la mobilisation, nombre de rappelés partirent résignés, sans grand espoir au cœur, … ».

1914

            « L’Ouest-Eclair nous apporte chaque jour des nouvelles peu rassurantes sans pour autant altérer notre optimisme. La guerre est loin de nos pensées dans l’euphorie des vacances. Jamais le temps ne nous a paru si beau à Erquy, le ciel si pur, la mer si calme, d’un bleu aux reflets d’émeraude. »

(suite…)

Un ancien se souvient de sa jeunesse dans les années 1930 …

(source :  un ancien de la résidence Les Jardins d’Erquy)

Ces propos ont été recueillis en mars 2017.

 

Le matin, vous vous leviez à quelle heure ?

  • Oh ! à 6 h 00 tout le temps, et même avant c’était à 5 h 30. Quand l’Angélus sonnait, mon père venait me secouer : « Debout ! ». Et j’allais faire la tournée, je portais les journaux. A l’époque, les gens laissaient leur portes ouvertes. Je rentrais, je posais le journal sur la table. Quelquefois, il y avait de la monnaie, les pièces étaient sur la table avec parfois un petit pourboire. Cela dépendait : des fois, c’était en fin de semaine qu’il y avait le pourboire. A l’époque, les portes étaient ouvertes, il n’y avait pas d’histoire. Moi, je faisais ma tournée consciencieusement. Je travaillais comme ça jusqu’à 8 h 00 pour la rentrée de l’école. Je me débrouillais pour faire ma tournée avant.

Vous déjeuniez à quelle heure ?

  • En me levant à 5 h 30, je préparais tout tout seul, j’avais 10 ans. Mon père se levait à 5 h 30 et il me disait d’aller faire ma tournée.

Vous n’aviez pas faim pendant la matinée ?

  • Non, j’étais habitué comme ça !

Votre père vous aidait-il à faire les journaux ?

  • Non, il allait travailler, il était patron couvreur.

(suite…)

Lorsque les anciens se souviennent de leurs jeux d’école …

3ème partie

(source : résidence Les Jardins d’Erquy)
Ces propos ont été recueillis en mars 2017.

Avez-vous de souvenirs d’école ?
Nous, on faisait :

Un deux trois, nous irons au bois,
Quatre cinq six cueillir des cerises,
Sept huit neuf, dans mon panier neuf,
Dix onze douze, elles seront toutes rouges.
Am stram gram, pic et pic et colegram,
Bourre et bourre et ratatam, am stram gram.

Et Dansons la capucine, on chantait ça aussi.

Moi, je me rappelle :

Marguerite, Marguerite, si tu veux faire mon bonheur,
Marguerite, Marguerite, si tu veux faire mon bonheur,
Donne moi ton cœur,
Marguerite me l’a donné sur mon cœur, sur mon cœur,
Marguerite ma l’a donné sur mon cœur, dans un baiser.

On faisait des rondes avec ça ! C’étaient les jeux des filles.

Il y avait également le jeu du mouchoir : on se mettait en cercle et il y avait une personne qui avait le mouchoir et qui le posait derrière le dos de quelqu’un. (suite…)

Lorsque les enfants de 8 ans rencontrent les anciens …

Ils parlent du quotidien au début du 20ème siècle (2ème partie)

(source : école publique d’Erquy – résidence Les Jardins d’Erquy)

Ces propos ont été recueillis en mars 2017.
A quelle heure vous vous réveillez le matin ?

  • Vers 7 h 00.

Qui vous réveillait ?

  • C’était les parents.

Aviez-vous un radio-réveil ?

  • Non, à cette époque, l’électricité, tout le monde ne l’avait pas …  Et on s’éclairait avec des lampes à pétrole.
  • Mes parents, ils ont des lampes torches comme ça aussi ! (sic)
  • Moi aussi, quand j’étais petite, c’était des lampes à pétrole comme ça, on avait la cheminée aussi.

Quand est-ce que l’électricité est arrivée ?

  • Dans les années 1930-1934, j’avais l’électricité à Saint-Brieuc.

Qu’est-ce que vous preniez au petit-déjeuner ?

  • Du pain, du beurre, du café et du lait. Il y avait la cuisinière à l’époque. La cafetière était toujours au chaud, on en buvait beaucoup.
  • On mettait un peu de chicorée aussi.

(suite…)

Lorsque les enfants de 6 ans rencontrent les anciens

Ils parlent de l’école (1ère partie)

(source : école publique d’Erquy – résidence Les Jardins d’Erquy)

Ces propos ont été recueillis en mars 2017.

 

– Comment écriviez-vous à l’école, avec des crayons ‘Bic’ ? 

  • On avait des ardoises et une craie blanche et le maître d’école avait des craies et écrivait sur un tableau noir. Il avait un bureau en hauteur, sur une estrade. On était une trentaine d’enfants dans la classe. Les enfants d’aujourd’hui ont-ils des ardoises ?

– Oui, mais aujourd’hui, elles sont en plastique et on écrit dessus avec un feutre ‘Velléda’.

  • Hier, le maître traçait les lignes sur le tableau noir.

– Aujourd’hui, on peut projeter les lignes de cahier via un projecteur, Et ce que l’on écrit s’enregistre sur l’ordinateur. Vous écriviez avec quoi ?

  • On écrivait avec des plumes. Le maître remplissait les encriers en porcelaine avec de l’encre. On avait un buvard pour quand l’encre coulait. Quand on avait trop sali notre page, on nous l’arrachait et il fallait recommencer. A l’époque les enfants devaient bien s’appliquer pour écrire avec les plumes.Aujourd’hui, on écrit moins ! On utilise des photocopies et les cahiers ont la couverture un peu plastifiée.              Il y a moins de dictées aujourd’hui ?

– Oui, on fait moins de dictées mais on fait beaucoup plus de choses : de l’anglais, on apprend à se servir d’un ordinateur, on va à la piscine, etc.

  • Les filles, avant, elles apprenaient la couture.

– Y avait-il des filles dans votre classe ?

  • A l’époque, garçons et filles étaient séparés. Il y avait l’école des filles d’un côté et l’école des garçons de l’autre. A Erquy, l’école des filles, c’était l’école privée ; celle des garçons, c’était l’école Saint-Pierre, près du cinéma. L’école publique était séparée aussi ; il n’y avait qu’aux Hôpitaux que c’était mixte.

(suite…)

L’accident du Petit Train – 5 septembre 1933

(source : Ouest-Eclair)

La nouvelle se répandait dès les premières heures de la matinée, qu’un terrible accident de chemin de fer venait d’avoir lieu sur la ligne départementale des Côtes-du-Nord Saint-Brieuc – Plévenon. Il s’agissait, nous disait-on, d’un grave tamponnement survenu entre un train remorqué par une locomotive à vapeur venant de la direction de Pléneuf, et d’une automotrice à laquelle était attelée une remorque qui venait de Plévenon vers Saint-Brieuc. L’accident s’était produit entre les stations de Caroual et d’Erquy.

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Sur les lieux de l’accident 

En partant du viaduc de Caroual, il y a une rampe d’environ 300 mètres, c’est presque au sommet de cette rampe, à 500 mètres de la gare d’Erquy que s’est produite la collision. ça et là sur le sol, nous voyons des débris de ferrailles, des tôles tordues, des morceaux de boiseries provenant des voitures brisées : éclats de vitres, des traces de sang sur le ballast, des étoffes déchirées et autour de ce tableau désolant, un nombreux public que maintient le service d’ordre de la gendarmerie.

Les deux convois accidentés ont été refoulés vers Erquy où nous le verrons tout à l’heure.

Plusieurs personnalités ainsi que les services de gendarmerie sont déjà sur les lieux.

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Comment se produisit l’accident !

Il était 7 h30 environ, le train n° 30 arrivant de Lamballe, remorqué par une locomotive Corpet-Louvet conduite par le mécanicien Catros et le chef de train Biard venait de quitter la petite station de Caroual et montait la rampe qui suit le viaduc. (suite…)

1903 – Erquy dans Le Journal de Pléneuf et ses Environs

(source : Archives Départementales des Côtes d’Armor)

N° 1 – dimanche 25 janvier 1903
Le naufrage de la ‘Fleur-de-Marie’
Le 9 janvier 1899, vers huit heures du matin, Joseph Le Can, âgé de 29 ans, et son frère Francisque, âgé de 36 ans, ainsi que les deux frères Rollier, Pierre et Auguste, ce dernier seulement âgé de 21 ans, tous d’Erquy, prenaient la mer sur la Fleur-de-Marie, pour aller à la pêche du congre, près du rocher le « Gros Blanc », à la pointe d’Erquy, le temps était couvert, la brise très forte ; au moment où ils relevaient leurs filets, la mer devint houleuse et le bateau sombra, les malheureux pêcheurs ne revinrent pas. Leurs cadavres ne furent pas retrouvés.
Le Tribunal de Saint-Brieuc vient de constater judiciairement le décès de l’équipage.

N° 6 – dimanche 8 février 1903
Voleurs de poules
Mme Juvaux, aubergiste au bourg d’Erquy, a été victime d’un voleur, qui s’est introduit la nuit dans sa cour, et s’est emparé de 6 poules, dont 3 entièrement noires et trois autres noires également mais avec quelques plumes blanches.
La gendarmerie de Pléneuf, prévenue, a fait une enquête et procédé à des perquisitions, mais sans résultat.

Terrible chute du haut de la falaise sur la grève de Nantois – 9 mètres de hauteur
Le jeune Pierre Gautier, âgé de 11 ans, écolier, demeurant à La Ville-Pichard, en Pléneuf, a fait une chute du haut de la falaise sur la grève de Nantois, dans les circonstances suivantes :
Dimanche dernier, vers 2 heures du soir, Pierre Gautier partit à la rencontre de son oncle et de sa tante, les époux Eveillard, qui étaient allés se promener au village des Hôpitaux, en Erquy.
N’ayant pu les rencontrer, il alla jusque chez la mère de la femme Eveillard, qui voulut le garder chez elle pour y passer la nuit, mais le jeune Gautier, qui n’avait pas prévenu ses parents, se remit en route. Il longeait le sentier des douaniers lorsque l’obscurité le surprit, la pluie tombait à torrents, et l’orage grondait, aveuglé par un éclair, ne retrouvant plus sa route, Pierre Gautier trébucha et tomba du haut de la falaise sur la grève. Il perdit connaissance et ne retrouva ses sens que le lendemain matin.
Malgré une terrible blessure qui laissait à nu l’os frontal, tout couvert de sang, pieds nus, la main gauche gravement blessée, le courageux enfant reprit le chemin de sa demeure, où il arriva vers sept heures du matin.
Les siens qui avaient passé la nuit dans une attente mortelle, s’empressèrent de faire prévenir M. le Docteur Jones, qui a dû recoudre les chairs du front. Bien que le petit blessé soit atteint de fièvre, le docteur espère que cette terrible chute n’aura pas de suites graves.
Pierre Gautier était d’abord tombé sur la tête d’une hauteur de 2,50 mètres dans une petite excavation où l’argile de la falaise porte une trace significative, de là il a roulé sur un trajet de plus de 6 mètres sur la grève, où son béret et ses sabots ont été retrouvés par M. Louis Eveillard, son oncle.
C’est vraiment miracle que le pauvre petit ne se soit pas tué dans cette chute.

N° 7 – dimanche 15 février 1903
Voleur de bois
Mme veuve Diveu, demeurant au bourg d’Erquy, constatait depuis quelque temps que son tas de bois diminuait dans des conditions anormales et elle se décida à prévenir les gendarmes.
Des traces visibles de pas conduisant à la demeure de Pierre P., aubergiste à Erquy, une perquisition fut faite chez ce dernier et amena la découverte du bois volé.
Malgré cette preuve indiscutable, P. voulut nier, mais il finit par avouer.
Sa réputation est mauvaise. Il est craint de tous ses voisins qui le soupçonnent de bien d’autres méfaits, mais n’osent pas le dénoncer.
Une étape qu’il a déjà faite à la prison de Dinan, n’a pu le corriger de ses habitudes de rapines.
Le bois volé ayant été rendu, P. a seulement été condamné à un mois de prison, jeudi dernier, par le Tribunal correctionnel de Saint-Brieuc.

N° 8 – dimanche 22 février 1903
Destruction des petits oiseaux
Deux jeunes gens du bourg d’Erquy qui se livraient au plaisir de la chasse, à l’aide de lance-pierres, au village de La Jeannette, se sont laissés pincer par les gendarmes qui leur ont dressé procès-verbal.

N° 10 – dimanche 8 mars 1903
Erquy
M. Gorvel Victor, notaire à Erquy, est appelé à siéger comme juré pour la session des Assisses qui doit s’ouvrir le 1er avril prochain, à midi.

Voiture de messagerie non éclairée
Louis Paillardon, cocher, au service de M. Garnier, entrepreneur de voitures publiques à Erquy, a été surpris par un gendarme de Lamballe, conduisant une voiture contenant des voyageurs, qui n’était pas éclairée.
Paillardon donne pour excuse que son maître avait toujours refusé de lui donner de la lumière.
M. Garnier a protesté contre cette allégation et se plaint de la brutalité de son garçon à l’égard de ses chevaux. Il a dû le congédier à ce sujet.
Paillardon a été condamné à 16 francs d’amende et son patron a été déclaré civilement responsable.

Vol d’outils
Un carrier demeurant au village des Hôpitaux, en Erquy, le sieur Le Dolédec, ayant travaillé à la carrière du Val, en Plurien, y avait laissé ses outils : deux masses en fer, d’une valeur de 30 francs. Lorsqu’il revint pour continuer son travail, les masses avaient disparu.
Aimé B., journalier à La Basse Caillibotière, en Plurien, avait jugé bon de les ramasser et de partager avec son camarade, Eugène Le C., carrier à La Fonderie. B. ayant commis l’imprudence de faire réparer une de ces masses chez M. Dutemple, forgeron et conseiller municipal à Erquy, se fit pincer et Le Dolédec porta plainte.
B. et Le C. ont été poursuivis pour vol devant le Tribunal correctionnel de Saint-Brieuc.
La culpabilité de Le C. n’étant pas bien établie, il a été acquitté, mais B. a été condamné à un mois de prison avec le bénéfice de la loi Bérenger.

N° 12– dimanche 22 mars 1903
Arrestation d’un conseiller municipal – Outrages envers la gendarmerie
Passant devant l’auberge tenue à Erquy par les demoiselles Lhotellier, le maréchal des logis Ambroise s’entendit appeler par un individu en état d’ivresse qui l’invitait à prendre une consommation. Sur le refus du maréchal des logis, cet individu, qui n’était autre que le sieur Emile R., 44 ans, cultivateur et conseiller municipal, l’injuria.
Mis aussitôt en état d’arrestation, R. entra dans une violent colère et opposa une vive résistance aux gendarmes qui durent lui passer les menottes.
Conduit au Parquet à Saint-Brieuc, R., dégrisé, manifesta son repentir et fut remis en liberté.
R. a comparu à l’audience de jeudi dernier, au Tribunal correctionnel de Saint-Brieuc et a été condamné à 16 francs d’amende avec le bénéfice de la loi Bérenger.

N° 13 – dimanche 29 mars 1903
Erquy
C’est par erreur que, dans notre dernier numéro, nous avons indiqué le sieur Emile R., condamné pour outrages envers la gendarmerie, comme faisant partie du Conseil municipal d’Erquy. Nous savons maintenant que cet individu ne fait pas partie de cette digne assemblée.

N° 15 – dimanche 12 avril 1903
Vol de choux
La veuve Balan, cultivatrice au hameau de la Guégoude, ayant eu besoin de couper un chou dans son champ, constatait, mardi de la semaine dernière, qu’une grande quantité de choux avait été arrachés.
Ces légumes auraient été retrouvés au domicile d’une voisine, la femme G. qui aura à répondre de ce larcin.

N° 16 – dimanche 19 avril 1903
Chambre de Commerce
Port d’Erquy – Lecture est donnée d’une dépêche ministérielle prescrivant une nouvelle enquête sur le projet de conversion de l’emprunt.

N° 18 – dimanche 3 mai 1903
Une voleuse de choux
Le 31 mars dernier, la veuve Balan, du hameau du Guégoude, en Erquy, constatait que de nombreux choux lui avaient été soustraits dans son champ. Ses soupçons se portèrent avec raison sur sa voisine, la femme G. qui nourrit, paraît-il, ses bestiaux avec les récoltes d’autrui.
Plainte ayant été portée, les gendarmes firent une enquête et retrouvèrent les choux chez la femme G.
Cette femme qui ne jouit pas d’une bonne réputation, nia le fait effrontément.
Elle est revenue à de meilleurs sentiments et a avoué sa faute, à l’audience du Tribunal correctionnel, jeudi dernier.
Le Tribunal, tenant compte de son repentir, ne lui a infligé que 48 heures de prison avec le bénéfice de la loi Bérenger.

N° 19 – dimanche 10 mai 1903
Classement en 1903 des Chevaux, Juments, Mulets et Mules susceptibles d’être requis en cas de mobilisation de l’Armée.
Itinéraire de la commission pour la région :
… ; Erquy : 4 juin, 1 heure, place de la Mairie.

N° 22 – dimanche 31 mai 1903
Un portail qui disparaît
Mlle Bourgault, commerçante à Erquy, avait fait placer, il y a quelques jours, un portail ayant plus de deux mètres de haut, pour clôturer un jardin au ‘Goulet’, en Erquy.
Jeudi, l’un des côtés de ce portail a disparu. Après bien des recherches, il a été retrouvé dans une propriété appartenant à Mlle Rouget, où il avait été jeté par-dessus un mur élevé d’au moins 1,50 mètre.
Cet acte de méchanceté, que l’on ne s’explique guère, a dû être accompli par plusieurs personnes, car le portail est très pesant.

N° 24 – dimanche 14 juin 1903
Une alerte
A l’occasion de la première communion d’un de ses enfants, M. Joseph Lefebvre, carrier au Gault, en Erquy, avait invité à dîner son voisin, Louis Boullau. Au cours du repas, un feu de cheminée se déclara et Boullau réussit à l’éteindre en montant sur la toiture.
Dans l’après-midi, le bruit se répandit à Erquy que le feu s’était de nouveau déclaré chez Lefebvre. Ce dernier, qui se trouvait au bourg, se rendit en toute hâte à son domicile. La toiture en chaume avait, en effet, commencé à flamber, mais grâce au dévouement de Boullau, qui ‘avait pas hésité à arracher le chaume en feu, l’incendie avait été enrayé.
Sans l’intelligente intervention de M. Boullau, la maison occupée par Lefebvre, eût été certainement brûlée et, comme le vent soufflait avec violence, il y avait à craindre pour le hameau tout entier.
La maison appartient à Mme Guinard, commerçante au bourg d’Erquy.
Le préjudice causée au propriétaire et au locataire, tous deux assurés, d’ailleurs, est de peu d’importance.

N° 25 – dimanche 21 juin 1903
Le déluge !
Nous subissons depuis quelques temps une série de pluies diluviennes qui menacent de compromettre les récoltes et qui ont occasionné des dégâts dans diverses propriétés. Ca tombe ! ça tombe ! que c’en est une bénédiction !
Mais quelqu’un qui n’est pas content, c’est Joseph Loncle, maçon, du fief Pilange, en Erquy, en rentrant chez lui, samedi, il constata avec stupéfaction que son habitation était transformée en lac au milieu duquel toute une flottille de sabots donnait l’aspect d’une baie en miniature, un jour de régates.
(suite…)

Le Journal de Régine – 1944

Nous publions ici quelques extraits du journal (fictif) tenu, de janvier à juin 1944, par une jeune mère de famille et commerçante d’Erquy. Ces quelques pages visent à présenter au lecteur ce que pouvait être alors la vie quotidienne dans notre commune occupée.

2 janvier 1944 – Nous nous sommes retrouvés aujourd’hui plusieurs familles à l’hôtel Vétier pour préparer les colis de nos prisonniers. La Croix-Rouge était là aussi pour nous aider et compléter nos envois. Le colis de Louis contenait du chocolat, du tabac, des haricots en conserve – les derniers qui me restaient que j’avais préparés l’été dernier, du lard et du pain, plus les photos que j’avais fait faire des enfants avec une lettre que lui avait écrite Anne et un dessin d’Yves. Moi aussi bien sûr, je lui ai mis un mot, mais je n’arrive pas vraiment à lui écrire une lettre, sachant qu’elle sera lue par les Allemands à l’arrivée au camp.

7 janvier – Gagné 1.500 francs à la Loterie Nationale avec un billet finissant par 00. J’aurais préféré le gros lot (six millions), mais c’est toujours bon à prendre.

9 janvier – Aujourd’hui dimanche, je suis allée en vélo voir Papa et Maman chez eux à Plurien. J’ai confié les enfants à Marie-Jeanne qui les a emmenés à la messe. Ca m’a fait du bien de me sentir un peu libre pour une fois. Enfin, libre, c’est façon de parler parce que, à la Chapelle, j’ai été arrêtée par deux Allemands qui m’ont demandé mes papiers ; tout s’est bien passé et ils m’ont laissée repartir mais je n’ai pas aimé la façon insistante dont m’a regardée l’un d’entre eux.

J’ai mangé du bourguignon avec mes parents (quel bonheur !) et ils m’ont donné un rosbif pour régaler les petits, m’ont-ils dit, plus deux bouteilles de cidre, un chou et des pommes. Je suis rentrée en milieu d’après-midi, et, après nous être bien emmitouflés, nous sommes sortis faire un tour sur le Boulevard de la Grève, Anne, Yves et moi : ils ont joué un moment dans les sables de la dune pendant que je relisais la lettre de Louis à l’abri d’une cabine de bain. J’ai pensé en pleurant à toutes ces années perdues sans Louis, aux enfants qui ne connaissent plus leur papa, et que leur papa ne connaît pas non plus (ou si peu en tout cas) …

10 janvier – Pendant que j’étais à l’épicerie ce matin, Mme Legal, la couturière, est passée à la maison pour refaire la garde-robe d‘Anne : elle a astucieusement rallongé ses jupes avec des bandes de tissu qu’elle avait apportées. Esthétiquement, le résultat est un peu moyen, mais enfin c’est toujours ça… Et puis elle a repris plusieurs draps qui commençaient à faiblir en les coupant par la longueur pour remettre au milieu les bords moins usagés. Je ne l’ai pas payée en argent, mais en tickets de rationnement et en nature : elle m’avait dit qu’elle voulait de l’ersatz de café et du beurre que j’ai apportés du magasin.

11 janvier – Rien de spécial aujourd’hui. J’ai dû refuser de vendre aujourd’hui à plusieurs personnes qui n’avaient plus de tickets. Ca me fait mal au cœur, mais si je commence à faire des exceptions, je sais bien que je ne m’en sortirai pas. Une dame (que je ne connaissais pas) m’a insultée et m’a même traitée à voix basse de collabo.
Le soldat allemand, le même qu’avant-hier, est venu seul au café à un moment où il n’y avait personne (c’était en début d’après-midi). Il avait l’air de très bien savoir que c’est moi qui le tiens (m’a-t-il suivie ?). Il a commencé à me faire du gringue avec ses gros sabots. Je feignais de ne pas l’entendre, mais c’était difficile, vu que nous étions seuls lui et moi, et je ne pouvais pas non plus être grossière pour ne pas m’attirer d’ennuis. Alors je l’ai servi et je suis passée côté épicerie faire un peu de rangement. Il a voulu me suivre, mais heureusement la mère Jacques est entrée à ce moment-là. Du coup il est parti en me laissant son dû sur le comptoir. J’espère qu’il va m’oublier…

12 janvier – M. Zeller, de la villa le Goulet, est venu faire quelques courses à l’épicerie : je ne sais pas s’il faut croire tout ce qu’on raconte sur lui et les expéditions qu’il mène pour le compte de la Gestapo ; si oui, ça fait froid dans le dos. (suite…)

Les Journées de Fêtes à Erquy avant 1914

(source : Archives Départementales des Côtes d’Armor)

Nous avons trouvé les affiches de présentation des fêtes organisées à Erquy : la première date de 1893 et la dernière de 1911, soit sur une période de 19 années ; après la guerre de 1914 – 1918, nous disposons du programme de l’année 1925 qui a occupé 2 dimanches consécutifs – les 2 et 9 août – et, il semble, que d’après les témoignages de certaines personnes, les fêtes se seraient arrêtées avant le début de la guerre de 1939 – 1945.
Nous n’évoquerons que les fêtes d’avant 1914 (par cohérence) en indiquant que sur la période, elles ont été organisées par le même ‘comité directeur’ :
Président : M. le Maire, A. Le Mordan de Langourian,
Vice-Président : J. de Kerjégu,
Commissaire général : Du Boislouveau,
Trésorier secrétaire : L. Renault, remplacé en 1907 par J.-B. Chatellier.
C’est dans la seconde quinzaine du mois d’août qu’une journée de fête se déroulait à Erquy. Si en 1893, c’est le 13 août qui fut choisi, en 1896, la date retenue fut le 30 août ; et nous trouverons dans l’ordre les 16, 18, 19, 20, 21, 22 et 27 !
Jusqu’en 1900, la journée commençait à 7 heures 30 du matin par une distribution de pain aux pauvres de la commune. Par la suite, cette pratique n’est plus mentionnée.
Ensuite :
Le Tir à la cible
A 7 heures 30 ou 8 heures du matin, ‘Tir à la cible aux Ecrites sur la plage d’Erquy’, sachant que seul l’usage du fusil de chasse est admis. La participation est de 0,25 franc par coup de fusil.
Le premier prix est de 30 francs en 2 séries, soit 20 francs pour la 1ère série et 10 francs pour la deuxième ; le second prix est de 20 francs, soit 15 francs pour la 1ère série et 5 francs pour la deuxième.
Mais cette organisation de 1893 semble compliquée car dès 1894, on s’est orienté vers un ‘prix unique de 30 francs’ avant d’interrompre cette épreuve pour la retrouver en 1898 avec comme prix ‘un objet d’art’ et en 1899 avec un ‘prix unique de 15 francs’ ; l’arrêt est ensuite définitif.
Les Régates
Elles étaient programmées, en fonction du niveau de la mer, généralement le matin vers 9 heures ou 10 heures, mais il y eu également 8 heures et même 7 heures 30 ! ou dans l’après midi vers 15 ou 16 heures.
Il est prévu que seuls les bateaux de pêche compris entre le Cap Fréhel et Dahouët sont admis à concourir. Le départ de chaque course est annoncé par un coup de canon.
En 1893, l’organisation est la suivante :
(suite…)