Le patrimoine

José Bertin, un pêcheur réginéen vers 1960

     José Bertin, c’était pour moi tout simplement ‘quelqu’un de bien’. Ce qui me frappait en premier, c’était sa gentillesse, sa simplicité, sa voix et son rire franc découvrant une dent en or si caractéristique … Il aimait les gens et particulièrement les ados que nous étions.

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   José Bertin

      C’était aussi et bien évidemment la pêche, son métier. Mais à cette époque, la rentabilité et l’amortissement du « batiau » n’étaient pas la priorité des priorités. C’était un remarquable pêcheur, mais on aurait pu dire un artisan pêcheur. Je n’ai pas bien connu ses matelots *(1). Il était donc pour moi son propre patron. Il pêchait la praire, la coquille Saint-Jacques, les crustacés, le maquereau et tous les autres poissons de la baie.

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Le bateau de Bertin au premier plan sur une carte postale du port

     Il était particulièrement imbattable à la pêche aux araignées à bord de son doris, en maniant le crochet de 5 mètres et la chopine d’eau huilée, qui servait à éclaircir le plan d’eau. Son matelot « nageait » (ramait) debout dans le doris, face à l’avant et José était calé dans la pointe du doris. Très habilement, il guidait son matelot afin de bien positionner le doris, et d’un coup rapide il plongeait son crochet pour saisir ses proies. Un artiste en la matière … qui parfois emmenait mon père, « Dédé », avec lui. [Mon grand-père possédait ces longues perches en bois avec crochet. En retraite de capitaine à Terre-Neuve, il pratiqua aussi la « petite pêche » et notamment ce type de pêche aux araignées. Dans l’eau, à quelques mètres de profondeur, il était bien difficile d’approcher le crochet près des crabes.] (suite…)

Promenade historique sur la Plage du Centre

   Le promeneur, arrivant sur le Boulevard de la Mer à hauteur de la rue des Salines, voit s’ouvrir devant lui un véritable livre de souvenirs.

   De part et d’autre de la rade tout d’abord, la Heussaye et le Cap gardent tous deux la trace des temps immémoriaux où, bien avant l’âge des dinosaures, la terre se formait à grands fracas, hésitant encore à disposer ici ou là les pièces du puzzle des continents que nous connaissons aujourd’hui. Voici plus de 600 millions d’années, le formidable choc des plaques tectoniques, préparant la chaîne des monts cadomiens, génère des explosions sous-marines dont les projections basaltiques instantanément refroidies par les eaux se retrouvent dans la roche même de la Heussaye sous la forme de pillow-lavas. En face, sur le Cap, c’est autre chose : 130 millions d’années plus tard, l’érosion arrache peu à peu aux monts cadomiens toutes sortes de débris que des torrents charrient, émiettent puis déposent dans leur lit ; quelques millions d’années s’écoulent et voilà pétrifiée cette sédimentation, rose pâle ou lie-de-vin, au grain tantôt fin (grès) et tantôt grossier (poudingue) ; plusieurs millions d’années encore et, sous l’effet de quelque puissant plissement, la roche se dressera contre le ciel comme elle est aujourd’hui.

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   Entre les deux pointes de la Heussaye et du Cap, le Boulevard : avec ses villas centenaires et sa promenade, il pourrait faire oublier ce qu’il était encore il y a un peu plus de cent cinquante ans : une dune sauvage derrière laquelle, tout comme aux Sables d’Or, s’étendait un marais que la mer venait envahir en période de vives eaux en empruntant le lit du ruisseau du Val, aujourd’hui busé sous le Chemin du Doué de la Cuve. Si ce marais, loti dans le cours du 19ème siècle, a aujourd’hui disparu, on se rappelle encore les inondations auxquelles a longtemps donné lieu dans le centre-ville la conjonction de grands pluies et de marées hautes. Quant à la dune elle-même – avec son club de plage Douradou, puis Logette, son minigolf et, durant l’été, ses fêtes foraines et les cirques enfin qui, après y avoir planté leur chapiteau, y faisaient paître lamas et chameaux – elle reste dans le souvenir de beaucoup ; on en perçoit toujours aisément la déclivité intérieure en plusieurs endroits : voies d’accès au Boulevard en pente légère, propriétés en contrebas. C’est à partir de 1850 que la dune se construit progressivement de villas entourées de grands parcs, bientôt divisés, puis subdivisés au gré des héritages pour donner en définitive le front de mer quasi continu d’aujourd’hui. Il faut attendre les années 1970 pour la voir disparaître définitivement sous la digue de béton qui borde désormais la plage – laquelle aura vu défiler sur son sable blond toutes les modes de costumes de bain, des plus aux moins habillés.

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L’Armor-Ciné

L’Armor-Ciné a été créé par « l’Association Catholique des Chefs de Famille d’Erquy et d’Education Populaire » (voir l’historique de l’école Notre-Dame  – Hors-Série n°2, p 20).

1925 : Le Conseil d’Administration et le bureau ont autorisé la construction d’une salle de réunion dans la cour de l’école Saint-Pierre, celle-ci a été construite par un groupe de jeunes gens sans que l’association ait en aucune façon à participer à cette dépense, cette salle sera utile pour les réunions d’œuvres diverses entrant dans le but de l’association.

 1928 : Le Conseil d’Administration a fait l’achat d’un appareil cinématographique devenu indispensable pour les oeuvres d’éducation populaire qui rentrent essentiellement dans le but de l’association.

1944 : M. François Cabaret (recteur de la paroisse d’Erquy) a beaucoup travaillé à Erquy, il a surtout mis tous ses soins à développer l’enseignement chrétien dans les deux écoles Saint-Pierre et Notre-Dame. Avant son départ il loua la salle paroissiale pour en faire une salle de cinéma. Il ne se doutait pas des ennuis qu’il créait à ses successeurs.

1950 : La salle paroissiale louée par mon prédécesseur à un M. Cassagne pour en faire une salle de cinéma, fut cédée par ce dernier à deux jeunes gens qui au premier abord semblaient bien disposés. Ils ne tardèrent pas d’ailleurs à changer d’allure et ils en vinrent à manquer aux clauses du contrat.

C’est alors que l’Association des chefs de famille a décidé d’entamer un procès pour le recouvrement de la salle. Maître Poupart, avocat à Saint-Brieuc, et Maître Le Bigot, avoué furent chargés des intérêts de l’Association.

Après de longues démarches, enquêtes, plaidoirie (2ans) nous eûmes gain de cause à Saint-Brieuc. Nos adversaires firent appel à Rennes et finirent par abandonner. Nous n’avions plus qu’à entrer dans la salle. Le mobilier, qui nous appartenait en partie, fut vendu aux enchères, y compris les appareils. Nous achetâmes le tout et notre vieille salle Saint-Pierre devint l’Armor-Ciné.

1955 : Le Conseil d’Administration décide de remplacer les fauteuils et les appareils de projection et pour couvrir ces frais d’émettre un emprunt au nom de l’Association. La nouvelle salle est inaugurée le dimanche de Pâques.

Le cinéma fonctionne bien, c’est un lieu de vie où les habitants d’Erquy et des alentours aiment bien se retrouver les samedis soirs ou les dimanches, souvent ils ne savent pas quel film ils viennent voir, malgré que le programme paraisse sur la « MOUETTE » (bulletin paroissial, imprimé avec une imprimante à l’encre qu’il fallait nettoyer page par page) l’important c’est d’être là.

Dans le hall qui donnait sur la rue Foch, sur la droite en rentrant, dans un petit renfoncement c’est la caisse et à gauche un petit bar, tenu par M. et Mme Blouin, pas très bien achalandé, juste des bières, du vin rouge et des ‘Pschitt’ orange ou citron.

A la porte de la salle, M. Barbé contrôlait les billets, et comme il était menuisier il avait fait des petits carrés de bois numérotés qu’il donnait aux spectateurs qui sortaient à l’entracte se désaltérer ; souvent ils allaient à l’Eden ou il y avait plus de choix. (suite…)

1934 : un nouveau carillon à l’église d’Erquy

Source : registre de la paroisse – abbé Cabaret

    L’événement marquant pour notre paroisse en cette année 1934, c’est la bénédiction de deux nouvelles cloches.

    Ravissante cérémonie qui eu lieu le dimanche de Pentecôte, 20 mai, sous la présidence de M. le Chanoine Rose, vicaire général, délégué de Mgr l’Evêque.

    Après avoir longtemps hésité, je me décidais enfin à faire l’acquisition de deux nouvelles cloches pour tenir compagnie aux deux autres qui se balançaient dans notre vieux clocher, depuis trente-sept ans, dans un carillon un peu écourté. C’est la maison Paccard, d’Annecy qui me les a fournies ; avant de relater la cérémonie de leur bénédiction, je veux consigner ici les inscriptions relevées sur les deux vieilles : ce sont des détails d’histoire paroissiale qui ont leur valeur.

    Première cloche : poids 1.250 kilos, note Ré #. Inscription : L’an 1898, j’ai été nommée Julie-Marie par M. Jules de Kerjégu mon parrain, et Mme Julien Rouget née Marie Pasturel ma marraine. M. Célestin Nogues, recteur. MM. Auguste Duchêne et Henri Gourio, vicaires. MM. Alfred Lemordan de Langourian, maire d’Erquy, François Pasturel et François Lévêque, adjoints. MM. Julien Rouget, président de la fabrique, Jean Caillibotte, trésorier, Jean-Baptiste Dobet-Desforges, Alfred Guinard, Julien Renault, membres. Prêtres nés à Erquy : MM. Jean Gour, recteur de Gommené, Jean Le Forestier, vicaire à Plestan, Edouard Brien, précepteur, Jacques Denoual, vicaire à Pléneuf, Constant Dutemple, professeur à l’école des Cordeliers de Dinan.

    Deuxième cloche : poids 900 kilos, note Fa. Inscription : L’an 1853, j’ai été nommée Marie-Louise Françoise. Parrain : M. Louis Le Mordan de la Villecochard ; Marraine : Melle Rose Pasturel. Clergé de la paroisse : M. Mathurin Lechien, recteur ; Mathurin Launay et Jean Desvaux, vicaires. Autorités civiles : M. Constant Renaut, maire, M. Gilles Revel, adjoint. Fabriciens : M. Pierre Rouget, président, Louis Le Mordan de la Villecochard, trésorier, Jacques Denis, secrétaire, Gilles Dobet, Julien Renault. Prêtres nés dans la paroisse : M. Joseph, M. Renault, chanoine honoraire ancien curé de Saint-Michel de Saint-Brieuc, Jacques Diveu, recteur de Quintenic, Casimir Renaut, directeur du séminaire, Jacques Le Dollédec, ancien curé dans le diocèse de Luçon, Louis Dobet-Desforges, aumonier de la Marine.

    J’ai été refondue l’an 1897, MM. Nogues, recteur, Lemordant de Langourian, maire d’Erquy, Julien Rouget, président de la fabrique.

    Les deux nouvelles : Celle donnant le Sol, diamètre : 1 mètre, pèse 650 kilos et celle donnant le Si bémol, diamètre 0,85 mètre, pèse 380 kilos.

    La première appelée Victoire Marie Constance a eu pour parrain Constant Landier qui perdit trois frères à la guerre, et pour marraine Marie Renault de Caroual, qui elle aussi en perdit deux. Entre autres inscriptions elle porte celle-ci : Les parents de nos grands morts  et les noms des principaux donateurs : abbés Allés, David, Briend ; des familles Besnier, de Pontbriand, de la Bourdonnaye, Françoise Lucas, de Kerjégu, Gagey.

    La 2ème appelée Bernadette Marguerite Françoise eut pour parrains Cyrille Vautier et Rémi Lepage, et pour marraines Marguerite Houzé et Francine Hamet, tous les quatre enfants de la première communion. Elle porte en particulier cette inscription : Les confirmands du 30 mai 1934.

    La cérémonie de la bénédiction eut lieu après les vêpres en présence d’une immense et enthousiaste assistance. Les cloches ne gagnèrent leur poste aérien que dans la semaine, car il fallut préalablement aménager un nouveau beffroi en fer à deux étages, l’ancien en bois ne pouvant pas recevoir quatre cloches.

 

Contributeur : Jean-Michel Mori

Pension de Famille « BELLATRIX »

L’établissement se situait au n° 1 de la rue du Port et au 79 de la rue Maréchal Foch. Madame Allain était la propriétaire (grand mère de J.-P. Allain, notre ancien libraire).

Pension de famille nouvelle et moderne

Vue sur la mer

Bon accueil et bonne table. Prix modérés.

    Vu la proximité de la plage du Centre, les résidents pouvaient profiter des bains de mer ; le port était à quelques minutes de marche, la découverte du monde de la pêche : un loisir très apprécié.

     A la fermeture de l’établissement ce dernier sera transformé en deux villas.

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La partie hôtel

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La partie habitation des propriétaires

 

 

Contributeur : Christian Frémont

Les mariages à Erquy sous le Consulat et le 1er Empire (1799 – 1815)

            A partir du 10 novembre 1799, date du coup d’état du 18 brumaire an VIII, jusqu’au 22 juin 1815, date de l’abdication de Napoléon 1er, nous avons passé ‘en revue’ les mariages qui se sont déroulés à Erquy pour essayer de mieux connaître les Réginéens vivant à cette époque. Nous avons recensé 217 mariages sur cette période, permettant l’identification de 2 004 participants, représentant moins de personnes car les parents peuvent marier plusieurs de leurs enfants et les témoins le sont souvent à plusieurs reprises.

        Il y avait en général une dizaine de mariages chaque année, mais certaine années en ont enregistré un nombre bien plus élevé. En effet, 23 mariages en 1807, mais 39 en 1813 … que se passait-il donc ? Les Réginéens étaient-ils très amoureux ? La réponse est ‘hélas’ plus terre à terre ! Pour 1813, elle est le reflet de la conscription extraordinaire pour les armées de l’Empire ; il faut savoir que les hommes mariés sont dispensés. Un premier « pic » était apparu en 1806 au moment ou l’Empire prélève pour la première fois une grande quantité d’hommes.

       Nous allons essayer de donner l’image de l’époux : L’âge médian ressort aux environs de 29 ans, les ¾ des époux ont moins de 34 ans et 8 % sont mineurs (18 – 19 – 20 ans concernent notamment les mariages de 1813 : nous en avons vu la raison !) ; le plus âgé avait 67 ans. La quasi-totalité des époux sont nés dans le département dont 49 % à Erquy et 20 % d’une proche zone géographique (Hénansal, La Bouillie, Saint-Alban, Plurien, Pléneuf). Les époux nés dans d’autres départements sont soit des artisans des départements très proches (Finistère, Ille et Vilaine, Manche, Loire Atlantique, …), soit des militaires venant de plus loin et qui se fixent (Dordogne, Haute Saône, Seine et Oise). JEAN seul ou suivi d’un autre prénom représente près du quart des prénoms attribués. Les prénoms les moins courants étant Florian, Isidore, Toussaint ou Zacharie. (suite…)

Le moulin de Quélard

     Nos grands parents M. Barbu Joseph et Mme, née Valot Constance ont acquis le moulin au printemps 1920 de la famille Briend Joseph d’Erquy (serrurier et commerçant au bourg) : l’acte se fit chez Maître Vaillant Albert, notaire à Erquy (successeur de Maître Gorvel).

Q1-Quelard-4-1978

                                                                           En 1978

     Dans la famille de notre grand-mère paternelle, il y avait trois meuniers : son frère Emile Valot qui menait le moulin de Montafilan à Plurien et sa sœur Rosalie Valot, épouse Mierre, qui menait le moulin de Noyal (d’ailleurs à l’heure actuelle, seul son petit fils exerce toujours cette profession). Avant de venir à Quélard, nos grands-parents menaient le moulin de l’Epine (moulin à eau juste en dessous de celui de Montafilan) mais durent renoncer à celui-ci car difficile d’accès à cette époque.

Q2-Constance et ses enfants

   Constance et ses enfants, Emile et Madeleine

    Notre grand-père, décédé en juillet 1929, mémère Constance continua l’activité du moulin mais en louant les services d’une famille. En 1949, elle mit fin à la location afin de le donner en exploitation à nos parents. Le moulin a fonctionné jusqu’en 1966, car plus assez de clients. (suite…)