La « commune libre » du Portuais

A Erquy comme ailleurs en France, les années post 1968 ont modifié moeurs et mentalités.

Notre commune, déjà fréquentée par des touristes durant la saison estivale, vit s’installer plus durablement des jeunes de banlieues de grandes villes. La période des années 1970 étant très florissante dans le domaine de la pêche, les patrons-pêcheurs de l’époque ont bien accueilli cette main-d’œuvre jeune et courageuse.

C’est durant ces années fastes qu’on fit la connaissance de « la bande du Portuais ». Plusieurs Rhoeginéennes  et Rhoeginéens ont sympathisé avec ces jeunes fêtards et ont formé une équipe joyeuse et parfois provocatrice. L’époque était à la fête et nous nous souvenons que les bars de l’époque comme les Salines, le Fréhel, la Chaumière ou le bar du Centre, ne désemplissaient pas en fin de semaine. Il fallait jouer des coudes pour arriver jusqu’au bar et se faire servir un verre.

Les jeunes, installés à la ferme du Portuais, aimaient faire la fête et ils étaient très inventifs. Ils ont ainsi instauré « la commune libre du Portuais », ont « élu » un maire et leur slogan était « Pouères* de tous les pays, unissez-vous ! ». Evidemment, rien de politique dans tout cela, tout était prétexte à faire la fête et à boire « sans modération » dirait-on de nos jours !

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    Violette et Julot, chienne et chien de leur état, étaient aussi des « citoyens » à part entière de cette petite société de la ferme du Portuais.  Joël s’adressait à sa chienne en l’appelant « ma mie ». « S’il vous plaît ma mie, asseyez-vous ! » Et Violette s’exécutait ! Il n’était pas rare non plus de voir Violette et son maître, chacun une serviette de table autour du cou, attablés face à face dans un de leur établissement favori, déguster tranquillement leur repas, le maître conversant avec sa chienne aucunement troublée par cette situation. Et personne ne trouvait rien d’anormal à la scène !

    Un jour on organisa le « mariage » des deux animaux. Encore une occasion de faire une fête ! On put lire aussi l’annonce de la naissance des « enfants » de Violette et de Julot dans le Petit Canard, feuille de chou bien connue de l’époque !

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Un moment mémorable de cette époque fut sans doute la fête organisée lors du 1er mai 1973 : une kermesse avec des jeux inventés là aussi par ces « néo ruraux » des années 70, tels qu’un véritable casse-tête : les volontaires, à genoux, plaçaient la tête sur une planchette et recevaient des projectiles de tous ordres de la part de participants à la kermesse.

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Le clou de l’après-midi fut sans conteste un combat de boxe entre deux Rhoeginéens bien connus à l’époque. Le gagnant ne fut, bien entendu, pas celui que le public pressentait, Pierre-André surnommé « L’Eventreur du Grand Léjon » cela aurait été trop « normal »!

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Un méchoui avait été prévu pour clore la fête mais personne n’eut jamais le cœur de tuer Alexandre qui continua tranquillement sa vie de mouton au milieu des champs autour du Portuais.

Un peu de provocation, souvent de la dérision pour se moquer du monde « d’avant », mais jamais de méchanceté chez ces jeunes. Ils avaient envie de s’amuser, c’est tout. Nombre de Rhoeginéens ont su, je crois, sourire et même rire franchement à toutes ces farces.

                                                                                                                        Maryvonne Chalvet

 

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* « un pouère » est un mot utilisé par nos anciens pour désigner un cochon.

 

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