Ô pins

Respire ! Respire !

 Sens-tu leur parfum, leur forte odeur résinée ? C’est celle de la santé. Celle qui doit t’accompagner en gonflant tes poumons d’un souffle puissant et limpide.

  Vois comme ils sont beaux ! Tous différents les uns des autres… Droit comme les colonnes du ciel, celui-ci en impose et celui-là, oui … le petit, tout tordu par les grands vents marins ! A combien de tempêtes a-t-il résisté ? Tous méritent notre respect. Tous ont leur dignité.

  Chaque arbre est sacré. Honni soit celui qui s’attaque à l’arbre et le considère comme un morceau de bois, un objet méprisable…

  Non. Il n’y a pas d’arbres mineurs. Ils produisent de l’oxygène, purifient la qualité de l’air et protègent les sources. Ils nous ont toujours apporté le réconfort de leur ombre tutélaire et le ramage de leurs hôtes. L’écureuil y bondit dans sa fuite rousse. Le pic martèle obstinément son écorce, tandis que chante l’oiseau siffleur.   Pas question de détruire tout cela pour céder la place à quelque sinistre facétie !

   » La nature est un temple où de vivants piliers

Laissent parfois sortir de confuses paroles.

L’homme y passe à travers des forêts de symboles

Qui l’observent avec des regards familiers. 

  Chacun gronde et manifeste son hostilité lorsqu’on l’abat ! »

  Les anciennes générations ont accompagné les grands arbres, fait griller leurs châtaignes et réchauffé leurs fagots dans leur âtre… On les a toujours connus. Les arbres eux-mêmes, si démunis de protection savent pourtant communiquer entre eux par des réseaux subtils et naturels comme les racines et les champignons…

 Pourtant l’homme se croit tout permis et a toujours accéléré la déforestation dans tous les pays. C’est une incontournable question d’intérêt !!!

  Les landes ont été réduites à l’état de marécage avant que l’on y replante des pins plus robustes et producteurs de résine… Les détracteurs du pin évoquent pourtant son caractère non « endémique ». Avant que les landes soient réduites en désert, toutes les espèces végétales y proliféraient  !  Notre pin maritime s’est bien acclimaté à nos côtes bretonnes et lui donne un charme qui enchante les peintres. Je pense par exemple aux toiles d’Hamonet, émaillées de pins tourmentés et de touffes de mauves bruyères…

   Et les chenilles processionnaires ?  Certes, elles sont présentes et dangereuses c’est pourquoi il faut les éradiquer dès la jeune formation de leurs cocons sur les arbres bas. Les bestioles sont encore petites et dépourvues de poils urticants. Bientôt, elles graviront les cimes et on ne pourra plus les capturer à l’aide de l’échenilloir. Un sac poubelle suffira à récupérer le cocon qui sera ensuite brûlé en déchetterie.

   Respire ! Respire !

   Comme beaucoup d’autres à cette époque, ma famille fut longtemps décimée par la tuberculose.

  Ce fut d’abord la jeune sœur de mon père qui fut emportée à l’âge de dix ans, puis la jeune femme de mon grand père qui partit à vingt huit ans. Celui- ci, touché par le fléau, se retrouva bientôt en sanatorium, mais il avait décidé de vivre et de ne pas se laisser faire. Mis à la retraite d’office, ce jeune chef de brigade avait la tête dure et lorsque le médecin lui recommanda de s’éloigner de la mer, il s’installa aussitôt dans le petit village de Tu-ès-roc bien décidé à en découdre avec ce foutu mal.

  Il a donc loué un joli terrain, planté de pins dans les bois du Guen et y a installé son campement. Une petite cabane pour se protéger des ardeurs du soleil et du vent et un hamac, confectionné dans une vieille toile de bateau. Il faisait là de longues siestes. Il avait également planté quelques légumes et semé du grain pour ses poules… Dorlotant ses poumons, sa santé s’est peu à peu améliorée et les crises de toux se sont espacées. Le jardinage et la pêche à pieds lui ont assuré un modeste revenu. Grand père avait cependant le sens des affaires et ne fut jamais dans le besoin.

Respire ! Respire !

Disait ma mère qui n’avait pas été épargnée par la maladie.

  Nous aimions nous promener dans les bois du Guen dont nous suivions les sentiers jusque la plage du Portuais parmi les pins tordus…

   Aujourd’hui encore, les sentiers sont fréquentés par les promeneurs et l’on essaie de protéger les pins contre l’invasion des chenilles.

   Respire ! Respire ! Protégeons nos grands pins. Ils appartiennent à notre patrimoine.  

Liliane Lemaître

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La pilerie

Fabrication du cidre autrefois dans les fermes d’Erquy

                    

Le ramassage des pommes

En octobre et novembre, il fallait ramasser les pommes tombées. Celles qui étaient restées accrochées aux branches, à l’aide d’une grande perche étaient « hoblées » (gaulées). Les pommes étaient ramassées dans des paniers d’osier ou « bines », puisétaient versées dans des « pouches », sacs en toile de jute. Le ramassage était un travail assez pénible qui provoquaient des courbatures et des « onglées », quand il fallait prendre ces fruits dans l’herbe humide et parfois blanchie par les premières gelées. Pour nous réchauffer nous nous « battions ». Cet exercice consistait à écarter les bras puis les refermer vigoureusement en battant nos côtes avec nos mains. C’était très efficace, nous appelions cela une fouée de matelot.

Ensuite les pommes étaient stockées en vrac dans un parc en plein air pendant plusieurs jours à proximité du moulin à pommes avant le broyage .

Le broyage des pommes

         Les pommes étaient tout d’abord broyées dans la trémie. C’était un travail pénible, que le moteur électrique a facilité. Le moulin à pommes, fixé au sol, était intercalé entre le pressoir et le tas de pommes. Il était manœuvré par deux personnes, une de chaque côté, qui, en tournant un grand volant, permettaient au moulin d’écraser les pommes. L’un des volants étaient conservés . servait de poulie, et l’autre maintenait l’équilibre. Sous le moulin, était placée une grande auge en bois appelée « pile », de trois ou quatre mètres (de la largeur du moulin), dans laquelle on récupérait le pommard, les pommes broyées, à l’aide d’une pelle rectangulaire avec rebords. On les transportait ensuite sur le pressoir.      

Le moulin
La trémie

Le pressoir

         Le pressoir, en bois à l’origine, a été remplacé par du béton au fil des années. C’était beaucoup plus solide et cela demandait moins de préparation. Une vis sans fin était scellée verticalement en son milieu et un « vire » descendait à la demande afin de presser la motte.

       

 Fabrication de la motte              

Elle était constituée de huit à dix couches de pommard d’environ dix centimètres d’épaisseur, intercalées en quinconce par une petite couche de paille de seigle ou de blé. Le seigle ou le blé était semé spécialement pour la fabrication du cidre et ramassé à la main. Chaque couche de pommard était tassée à la main par la personne préposée à cette tâche, une équerre ou un carré permettait de faire des couches régulières.  Une fois la motte terminée, des planches étaient posées sur cette dernière comme un parquet, quatre tains (pièces de bois) étaient rajoutés, deux de chaque côté et deux autres dans le sens inverse, à un centimètre de chaque côté de la vis. Cela permettait de recevoir le vire en le pressant légèrement puis de plus en plus fort. Il descendait par un système de clavettes en va-et-vient, soit horizontalement, soit verticalement, à l’aide d’une grande barre de fer et plusieurs fois par jour. La motte était pressée pendant deux à trois jours. Le jus de pommes coulait dans le cuvier et était ensuite versé dans un fût.

   Puis la motte était démontée, remise dans le moulin puis  broyée une autre fois. Quand la pile était pleine, il fallait mouiller le pommard avec un peu d’eau, refaire la motte à l’identique afin de la presser à nouveau. Une fois la motte bien serrée, on enlevait les tains et les planches et, à l’aide d’un grand couteau, découper une bande tout autour de la motte, la mettre sur le dessus  ainsi que  les planches, les tains, resserrer le vire afin d’extraire  le dernier suc. C’était un travail long et fatiguant et c’est pour cela que les quelques personnes qui font encore du cidre de nos jours ont recourt à une presse.                                                       

Les fûts

      Avant de remplir les tonneaux, il fallait pratiquer des soins tout particuliers : lavage, on allumait quelquefois une mèche de souffre pendue à l’intérieur du fût. Ces actions avaient une influence sur le goût du cidre (« mauvais fût, mauvais cidre ! »). Pour remplir les fûts, on utilisait un grand entonnoir en bois épousant la forme arrondie, emboîté dans l’orifice de la bonde afin de recevoir les seaux de jus de pomme puisés dans le cuvier. Il ne fallait jamais remplir le tonneau à cause de la fermentation.

Couteau pour couper la motte     

             

Une barrique

La fermentation et le soutirage

       Dans le tonneau, il  bouille  c’est-à-dire qu’il fermente. Par la bonde laissée ouverte, sort une mousse épaisse et colorée contenant pectine et déchets. Quant à la lie, le résidu de pomme, elle se dépose au fond du tonneau.

         Quand la déjection (opération qui a pour but d’éliminer les impuretés d’une solution) était terminée, il était temps de procéder au soutirage. On recueillait le cidre devenu limpide et on jetait la lie restée au fond du tonneau que l’on nettoyait alors à grande eau avant de le remplir à nouveau jusqu’à la bonde. Cette opération s’effectuait de préférence en lune croissante (entre la nouvelle lune et la pleine lune) Le cidre limpide commençait sa deuxième fermentation, la fermentation alcoolique, c’est-à-dire la transformation du sucre en alcool, sous l’action des levures naturelles. Cette fermentation devait être lente. Pour cela, les fûts devaient être bien pleins à l’abri de l’air et dans une cave bien fraîche. Si le niveau du cidre baissait, on le complètait avec du bon cidre ou de l’eau. On peut effectuer alors un deuxième soutirage pour ralentir encore la fermentation, mais il faut le faire par temps clair.

         L’avancée de la fermentation alcoolique était surveillée en  pesant le cidre  au moyen d’un densimètre à cidre qui mesure la richesse de ce dernier. Il indiquait en général 1070 à la sortie du pressoir puis le cidre passe à 1030 (cidre doux) 1020 pour le cidre demi-sec et 1015 pour le cidre sec.

         On choisissait à quel moment mettre le cidre en bouteille selon le produit souhaité et on le faisait généralement en lune décroissante (entre la pleine lune et la nouvelle lune) on choisit également de la faire par temps clair.

         Il était de coutume de se retrouver dans le cellier ou comme on disait « au cul du fût », pour boire une bolée, tirée à l’aide de la chantepleure, dans un verre entreposé retourné sur le dessus de la barrique. Toutes les personnes buvaient dans ce même verre qui n’était jamais lavé, jamais désinfecté. Souvent, des problèmes étaient résolus, des ventes et des achats étaient conclus en ce lieu.

Un densimètre

         Voici quelques grandeurs de fûts :

:

                  barri                            20   ou 30   litres

                  ½ barrique                    110   litres

                  1 barrique                     220    litres

                  5/quarts                                 275    litres

                  1 barrique ½                  330   litres

                  fûts de 2 barriques                  440    litres

                  fûts de 5 barriques          1100   litres

                                           

Texte de Camille Brouard et Christian Fremont (avec le concours de Yves Gorin)

                          Sources : « La Bretagne au bon vieux-temps » de Marcel Alory

                          Photos : « Le cidre à l’ancienne ».                                      

Aux 2, 4, 8, 10 rue des Hôpitaux

Au 2 rue des Hôpitaux.

Actuellement maison d’habitation.

Au début du siècle, et jusqu’à la mise en service du train départemental en 1922, c’est là qu’arrivait la patache à deux chevaux de M. Garnier en provenance de la gare de Lamballe. (Voir notre article dans le bulletin n°1 page 18).

M. Garnier était aussi marchand de bois et charbon. Son nom figure à plusieurs reprises dans les registres du Conseil Municipal : en août 1906 pour accorder à son fils Alexandre une dispense (de service militaire ?) de treize jours considérant qu’il est à la tête d’une entreprise de voitures et que le travail pour lui est en ce moment très pressant à cause des baigneurs, a reçu un avis favorable. Et en 1914, pour le prier de dresser la terre qu’il a déposé sur la route de la côte Notre-Dame, l’étendre de façon a rendre cette voie plus praticable de même que sur la route des Hôpitaux, il devra enlever le fumier.

Dans les années 1960 : Auto-École, tenue par M. Pennec.

Par la suite (en quelle année ?), André Collet, plombier, a ouvert un magasin d’électroménager avant de s’installer rue Notre Dame

Au 4 rue des Hôpitaux.

Actuellement Maison d’habitation.

Jusque les années 1950, Marie Renault était repasseuse ; sa spécialité était les robes de communion en organdi qu’elle empesait et repassait.

Au 8 rue des Hôpitaux

Actuellement maison d’habitation

Blanchisserie-pressing, tenue par Mme Briend.

Au 10, rue des Hôpitaux.

Actuellement boulangerie fermée.

Avant 1914 : Boulangerie BRIEND.

Aimé Briend (7 mai 1872- 21 décembre1941), dont le père était meunier a d’abord tenu là une boulangerie. Mais, il a dû cesser cette activité pour raison de santé du fait de l’incompatibilité avec la farine et ses poussières ; et se reconvertir dans le négoce de pommes de terre – qu’il expédiait par bateau depuis Erquy, Le Légué et Port-Nieux.

De 1914 à environ 1950 : Boulangerie Le Monnier.

Pub 1914

Le Monnier, boulangers – père et fils… La famille se composait de quatre enfants : André, Madeleine (Tillon), Marie (Douriez) et Marcel.

Le fils André a été déporté suite à une dénonciation en 1943. Il est rentré en 1945 : une petite fille est née, prénommée France- Aimée-Victoire-Désirée. André et Augusta avaient déjà deux fils, André et René.

France dans les bras de sa mère Augusta

Boulangerie Prigent :

pub 1960

Ensuite se sont succédé :

Daguet : 1992-2002

MIlliner : 2002 2005

Ty Bara, Calvez : 2005 2022

Au 11 rue Notre-Dame

PAYSAGISTE Jocelyn Truant

En 1930: Plantation Jardins et Parcs :

Le magasin était tenu par M et Mme Botrel. Mme Botrel, après le décès de son mari, s’est remariée avec M Provost.

Mme Provost.

Jeanine se souvient : Souvent en rentrant de l’école, je devais passer à la graineterie acheter des sachets de graines pour ensemencer notre jardin. Je revois les gros sacs en toile de jute alignés devant le comptoir qui dégageaient une odeur d’herbes sèches. La graineterie était dans la pièce à vivre de la maison.

1956 : Jean et Marie-Claire Truant et leur petite fille Patricia viennent s’installer chez leur tante Mme Provost. Ils arrivent de la région parisienne. La maman de Jean était originaire de Planguenoual. Patricia nest en 1955 et Jocelyn naîtra 1958.

Marie-Claire et ses enfants

En 1964 Jean a été figurant dans le film de John Guillermin, l’Épouvantail, intitulé ensuite La Fleur de l’Âge ; voir notre Bulletin n°5)

Jean
Jean et la scripte.

M. Provost est décédé en 1967. Il était très investi dans la clique,  comme en témoigne le résumé de l’article ci-dessous :

Les obsèques de M. Joseph Provost, ancien chef de clique de l’Avant-Garde de Saint-Brieuc.

Les obsèques de M. J. Provost, horticulteur, ancien dirigeant de la fanfare l’Avant-Garde , décédé à 67 ansont eu lieu en l’église d’Erquy. Une foule nombreuse lui a rendu hommage.

En 1907, il entre à 8 ans à l’Avant-Garde Saint-Pierre. En 1918, il s’engage volontairement pour quatre ans. En 1922, il reprend ses activités au sein du patronage. Il est appelé sous les drapeaux en 1940, puis connut la captivité. De retour à Erquy, il dirige la clique pendant de nombreuses années, présent à toutes les réunions, sorties de la fanfare. Au titre de vétéran moniteur, il est décoré le 1er juin 1957 de la médaille de vermeil par la Fédération Sportive de France lors du premier concours départemental des patros à Erquy. En 1960, il avait abandonné ses activités pour raison de santé, avec nostalgie.

De nombreuses personnalités étaient présentes à ses obsèques : Anciens Combattants des deux guerres, Anciens Prisonniers, Avant-Garde de Saint-Pierre.

A l’issue de la messe, lorsque le cercueil franchit le parvis de l’église, la sonnerie aux Morts retentit : ce fut le dernier adieu de la fanfare l’Avant-Garde de Saint-Pierre  à son vieil ami.

M Provost
La Clique

En 1965 : Jean Truant a repris l’entreprise après avoir été salarié de son oncle.

Malgré une clientèle importante, Jean Truant avait d’autres activités. Il a été Président du Syndicat d’Initiative et il écrivait des articles pour le petit journal Pour l’Essor d’Erquy où il donnait des conseils sur le jardinage.

Anecdote : L’un de ses clients vient à décéder. Quelques semaines plus tard, Jean est convoqué chez le notaire.  Les descendants commençaient à s’affoler : Jean faisait partie des « héritiers ». Il hérita d’une salière que Jean avait trouvée jolie lors d’une visite chez son client. Ouf !…

Jean s’investissait aussi dans la fête de la Saint-Jean.

Jean fait des boutures.

1974 : son fils Jocelyn a appris son métier en alternance, école horticulture et entreprise familiale.

Maison Truant (Ouest-France, 1996).

Souvenirs de Jean (extrait de l’article Ouest-France 1996).

 En 1956, j’avais jusqu’à huit ouvriers l’été. J’embauchais des terre-neuvas qui débarquaient pour 60 jours. J’ai commencé à tondre les pelouses à la faucille, coupante comme une lame de rasoir, avant les premières tondeuses à bras. À l’époque les gens travaillaient peu dans les jardins, nous faisions beaucoup de potagers pour les plus grandes maisons d’Erquy, on avait même un ouvrier payé uniquement pour cueillir les petits fruits, avec lesquelles les cuisinières faisaient des confitures.Les clients étaient fidèles, dit « Jocelyn. J’ai encore à l’entretien des propriétés créées par l’entreprise en 1930.

Drôle de découverte pour Jocelyn.

Jocelyn a toujours travaillé avec une bonne équipe. Il a terminé sa carrière en 2021. L’entreprise a été reprise par l’un de ses employés Sylvain Rabet. C’est une entreprise familiale presque centenaire.

Au 3 rue Notre-Dame

Actuellement petit immeuble

Magasin  les Pâquerettes : Mercerie, Bonnetterie, Nouveautés, Ouvrages de Dame

De 1940 à 1960 UNICO : Épicerie Rouxel

Léon Rouxel et ses enfants
Léon et Hélène Rouxel

M. Rouxel faisait les livraisons dans les campagnes avec sa camionnette : les clientes accouraient quand elles entendaient le klaxon de Léon. Camille garde un bon souvenir de Léon : elle voulait un chaton et ses parents n’étaient pas enthousiastes ; c’est lors de son passage que Léon lui a apporté une petite boule de poils, qui a été bien adoptée par la famille.

Dans l’épicerie, il y avait toujours un énorme régime de bananes. Ils vendaient également de la morue salée, qui était dans des caisses en bois. Sur la caisse une bouteille d’encre waterman que l’on pouvait pencher suivant le niveau d’encre, un porte-plume pour faire les comptes des clients était toujours dans la bouteille. Ils vendaient également de la morue salée, qui était dans des caisses en bois. La ferme Legoff de Langourian livrait le lait frais, le matin de bonne heure, dans des bidons transportés dans une remorque derrière un vélo. Avec les petits cadeaux cachés dans les paquets de café NADI, Léon avait reconstitué dans la vitrine un cirque miniature qui émerveillait les enfants et faisait de la réclame pour ledit café; à d’autres périodes c’étaient des soldats, etc…

Léon avait un pressoir, Christian se souvient de l’avoir aidé à faire le cidre ; il était très méticuleux les pommes devaient être bien lavées avant de les broyer….

Au-dessus du magasin, les Rouxel louaient des appartements à des estivants.

M. Léon Rouxel était très investi dans les associations : CCAS, Fête de la St-Jean, Foot.

On pouvait acheter des vins de différentes marques : Valnoble, Bartissol, etc… Dix capsules noires de Valnoble donnaient droit à une bouteille gratuite : le slogan était : Si tu bois tu meurs si tu ne bois pas tu meurs quand même, donc bois dom Rémy. Quant au Bartissol sa vente avait été boostée par la célèbre émission radio L’homme des vœux, puisqu’il fallait avoir un bouchon de la marque pour gagner un cadeau si toutefois on avait la chance de rencontrer le fameux homme des vœux. C’était une émission radiophonique diffusée pendant les années 1950/1960 sur radio Luxembourg, radio Andorre et radio Monte Carlo et sponsorisée par la marque d’apéritif Bartissol (vin doux naturel). Le principe était le suivant : un comédien, Jacques Legras, incarnait le personnage de l’homme des vœux et muni d’un micro caché, parcourait les villes et les villages de France, accostait au hasard les passants pour leur demander des renseignements en leur racontant des histoires loufoques. Lors de l’émission, il était indiqué aux auditeurs dans quelle ville se trouvait l’homme de vœux. Pour gagner, la personne accostée devait reconnaître la supercherie en disant « Vous êtes l’homme des vœux » et lui présenter des capsules Bartissol. Elle recevait alors 10 000 anciens francs (ou 100 nouveaux francs) si elle pouvait présenter des capsules Bartissol. La déception était grande quand ayant reconnu l’homme des vœux on n’avait pas dans sa poche les précieuses capsules ou quand, ayant sur soi les capsules, on ne détectait pas le canular.

Anecdote de Maryvonne : Je n’ai pas de souvenirs de cette épicerie. J’ai un peu connu Léon Rouxel et sa femme, les grands-parents de mon amie Françoise, leur petite-fille. Il était bien sûr à la retraite à cette époque. Les parents de Françoise (et de Jean et Guy) étaient instituteurs et habitaient Sente du Paradis, un des deux logements réservés aux instituteurs. L’école maternelle était tout près à cette époque et, un jour, Léon Rouxel avait été sollicité pour faire le Père Noël et apporter des friandises aux petits dans les classes. Bien sûr, il avait accepté et avait fait son « travail » de Père Noël avec le costume adéquat. Un peu plus tard, le même jour à la sortie de l’école, il était passé chez son fils et sa belle-fille dans le logement, habillé normalement bien sûr. Comme un petit le dévisageait et l’observait, Léon lui demanda pour quelle raison il le regardait ainsi. L’enfant lui répondit : » Tu as les mêmes chaussures que le Père Noël ».

LE SEMAPHORE

                                  

La naissance des sémaphores

En 1806, Napoléon demande au ministère de la Marine de mettre en place un dispositif de surveillance des navires depuis la terre. Un officier d’artillerie, nommé Charles Dupillon, propose à la Marine un système sans doute inspiré du télégraphe de Chappe, appelé sémaphore. Ce système est composé d’un mât sur lequel sont articulés quatre bras offrant à la communication 1849 signaux distincts. Les sémaphores sont nés. Des postes de surveillance équipés de ce dispositif sont installés tout le long de la côte. Avec la chute de l’Empire, les sémaphores sont jugés superflus.

En1862, les sémaphores sont réactivés. En principe, on trouve un poste sémaphorique à peu près sur chaque point saillant de la côte. Généralement, les sémaphores communiquent entre eux par les mêmes moyens qu’avec les navires. Se ressemblant visuellement, chaque poste dispose d’un signal spécifique pour que les navires puissent l’identifier et l’utiliser comme repérage. Ils sont dotés d’un télégraphe pour permettre aux navires de transmettre leurs communications. Le service des sémaphores n’est assuré que pendant le jour, bureau du télégraphe compris. Chaque sémaphore est un bureau télégraphique fonctionnant comme les autres bureaux et ouvert au public, pour le service des dépêches privées, au départ comme à l’arrivée.  Le guetteur touche 0,45 francs. Les sémaphores sont également associés aux opérations de sauvetage et recueillent les informations météorologiques.

Les sémaphores utilisent deux langages : les signaux basés sur les positions des bras articulés et compris par la Marine de guerre, et les signaux du code international des signaux, datant de 1856 et basés sur les pavillons colorés, convertibles en lettres, elles-mêmes codées ou utilisées pour former un nom propre ou autre mot particulier : l’association des pavillons blanc et rouge est comprise comme la lettre C ou le terme OUI.

Certains sémaphores étaient équipés d’un petit canon pour attirer l’attention des navires, notamment en cas de visibilité médiocre et de péril. Quatre sémaphores en disposaient sur les onze des Côtes-du-Nord, dont celui d’Erquy.

Vers 1875, il n’existait plus de sémaphores qu’aux points suivants des Côtes du Nord (Côtes d’Armor) : Erquy, Le Roselier (Plérin), Plouézec, Pleubian, Port Blanc (Penvénan), Trébeurden.

En 1897, le personnel des sémaphores fait désormais partie intégrante de la marine. 

(Sources :  L’œil sur l’Océan  d’Olivier Mallet et Roger Guillamet.)

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                                   Le sémaphore d’Erquy

       En 1796, un convoi de marine marchande fut détruit en rade d’Erquy par une division navale anglaise. En1806, un autre combat naval se déroula aux abords de l’îlot Saint Michel.

A la suite de ces événements, il fut décidé en 1815 d’établir un sémaphore d’observation au point le plus élevé du cap d’Erquy (70m), en liaison à l’est avec le sémaphore du cap Fréhel et à l’ouest avec celui de Dahouët, à l’aide d’un télégraphe. Il disposait de signaux visuels (deux mâts avec pavillons) et d’un petit canon pour prévenir les canotiers de la station de sauvetage. Il assurait la surveillance de la côte et la communication rapide d’informations. Equipé d’une radio en morse, il était utilisé pour envoyer et recevoir des télégrammes. Il était équipé d’un mât sémaphoriqueavec les différents signes symboliques, qui indiquaient la force du vent, utile pour les bateaux « Il vente à un ou deux ris ou il tourmente »

        Modernisé et raccordé à l’électricité au début du 20ème siècle, il permettait l’expédition et la distribution de dépêches aux heures de fermeture de la poste. Accessible au public, il offrait un point de vue remarquable.

Il fut en occupé par les allemands jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale.  Évelyne B. .se souvient très bien de cette journée de juin 1944 où le sémaphore était la proie des flammes quand subitement une violente explosion retentit : en quittant les lieux, l’occupant détruisit les bâtiments à tout jamais. Le sémaphore fut déclassé en 1948.          

État actuel

                                                                                                      

D’après les archives du journal Le Télégramme.

       Rôle des sémaphores dans les sauvetages en mer :

              Le naufrage du sloop CALCULO. 

Le 15 juillet 1936, à 13heures, le sémaphore du cap Fréhel signale à celui d’Erquy qu’un bateau fait des signaux de détresse à un mille au nord du cap Fréhel. Le vent d’ouest souffle très fort, la mer est très grosse, le temps couvert, faible visibilité. Aussitôt, le sémaphore tire deux coups de canon d’alarme et téléphone au patron Le Guen. Immédiatement, les canotiers se dirigent en toute hâte vers l’abri. Malgré la distance de la station, le canot à moteurs Vice-Amiral Courbet  est lancé dix minutes après l’alerte et ce lancement est effectué sans incident, bien que les circonstances de temps et de marée soient particulièrement défavorables.

         Le Vice-Amiral Courbet  se trouvant dans la mer très grosse et n’ayant aucune visibilité se dirige d’après les signaux des sémaphores d’Erquy et du cap Fréhel. Vers 16 heures, le patron Le Guen aperçoit le bateau en péril : c’est un côtre de 16 pieds*, le Calculo, dirigé par un seul homme : Henri Eric Auguste Péters, 25 ans.

Après une habile manœuvre, le patron réussit à passer une remorque et deux hommes du canot de sauvetage montent à bord du cotre. Ils font passer le naufragé à bord du Vice-Amiral Courbet  et vident le bateau qui est rempli d’eau. Deux canotiers, Emile Lecan et Jean Bidon restent d’ailleurs à bord pour continuer à vider l’eau au fur et à mesure qu’elle embarque. Le patron Le Guen décide de remorquer le bateau à Saint-Cast, l’état de la mer ne permettant pas de doubler le cap Fréhel avec un côtre en remorque.

         A 17 heures, le naufragé est débarqué à Saint-Cast. Malgré la fatigue des canotiers le Vice-Amiral Courbet reprend la mer à 18h15 et mouille dans le port d’Erquy et non à Port-Blanc, la mer étant trop mauvaise pour permettre le hissage dans l’abri sans risque d’accident.

         L’équipage a été émerveillé de la tenue à la mer du  Vice-Amiral Courbet  qui, à plusieurs reprises, a embarqué de l’eau fortement. Je signale particulièrement l’aide que nous ont apportées le chef sémaphoriste d’Erquy M Le Bihan et le chef sémaphoriste du cap Fréhel.

         Quant au naufragé, il avait quitté le port de Saint-Servan dans la journée du 14. Il comptait se diriger vers Bréhat. Pris par la nuit, très au large du cap, son bateau ayant des avaries, il flotta au gré des vents et des courants. Il n’a cessé de vider son bateau, mais épuisé, n’ayant plus le courage de continuer, il attendait les événements, croyant, selon son expression être dans un cercueil.

         Sans l’intervention du Vice-Amiral Courbet  le bateau Calculo aurait été entraîné au large par les courants et aurait sombré inévitablement.

L’équipage du Canot de sauvetage : Patron :  Le Guen Pierre; Comité de sauvetage : Lecan Emile et Jean Lequellenec, Huby Firmin, Bidon Jean, Dagorne; Mécanicien : Rault

(Rapport de Jean Gagey, membre du comité de sauvetage.)

* un côtre est un voilier à un mât. Un pied mesure 30,48 cm.

D’après les archives du journal Ouest-Eclair 

Recherches effectuées par Christian Frémont.

Aux 5, 7 et 12 rue Notre-Dame

actuellement maison d’habitation.

Dans les années 1930-1960     Mme & Melle PRIOUX, Miche  :  Commerce de tissus, confection sur mesures, dépôt pressing.

  

On peut noter l’appellation rue de la gare
modifiée après la disparition de la ligne de chemin de fer, en1949.
Le magasin est à droite sur la carte postale

Au 7 rue Notre-Dame,

actuellement gîte vacances Ker Ethan.

COLLET- ELECTROMENAGER- PLOMBERIE.

Au 12 rue Notre-Dame,

actuellement maison d’habitation.

Dans les années 1930,   LE SOLEIL LEVANT, épicerie-bonneterie                                       

Louis, fle ils de Mme Besrest a été instituteur aux Hôpitaux, il était sévère : certains gais lurons de l’époque s’en souviennent.

Aux 2, 4 et 6 Rue Notre-Dame

AU 2 RUE NOTRE-DAME

actuellement immeuble d’habitation.

                                   

Hôtel des Voyageurs

voir l’article dans notre bulletin n°2, p. 49.

Publicité, 1916
Publicité, 1930
Terrasse de l’Hôtel des Voyageurs

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Au 4 rue Notre Dame

Actuellement l’Eden Bar-Hôtel-Restaurant

Vers 1900, c’était un café et une menuiserie tenus par les parents de Léon Rouxel, qui a tenu l’épicerie au 3 rue Notre Dame

 A partir de 1940 : L’Arrivée

Marie Poilvé a tenu le café pendant la guerre. LesAllemands fréquentaient l’établissement et Marie en avait très peur. Ses enfants, Marie-Claude et Jojo, sont nés rue Notre-Dame ; ensuite ils ont habité rue de l’Horizon Bleu.

En 1960, le café est devenu café-épicerie quand Léon Rouxel a cessé son activité, puis restaurant, puis hôtel-restaurant. L’activité a été reprise par Jeanne et Yves Carfantan.

Jeanne Carfantan recevait avec provision, et il était possible d’acheter du cidre au litre tiré au cul du fût. Sur une feuille de papier accrochée par une punaise il fallait faire un bâton à chaque litre tiré.

Yves et sa fille Jeanne Yvonne

Au-dessus du café, des chambres étaient louées avec possibilité de faire la cuisine.

1961: Christine, une fidèle locataire avec ses deux enfants.
1963 : Jeanne et Yves derrière leur bar.
Devant celui-ci Didier Urban et Jeanne-Yvonne, leur fille.

L’Arrivée a changé de nom pour devenir successivement le Boucanier, chez Juliette, la bolée, et a été tenu par MM et Mmes Pelan, Guillossou, Zamoulo, Juliette.

Puis, l’établissement est devenu L’Éden, tenu par Laurence Buan. Le restaurant ouvrier était très apprécié.

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AU 6 RUE NOTRE DAME

Magasin fermé

Dans les années 1950   Mme Luzé et sa fille Madeleine tissaient des tricots à la demande.

M et Mme Terrier ont pris la suite.

Ils faisaient les marchés pour vendre leurs créations et d’autres vêtements chauds – caleçons, chaussettes etc… ainsi que des vêtements de travail. Ils possédaient une impressionnante machine à tricoter avec laquelle ils faisaient des rouleaux de jersey qu’ils découpaient à l’aide de patrons  pour faire les vêtements.

M. Terrier était guérisseur. Beaucoup de Rhoéginéens sont passés entre ses mains afin de faire disparaître leurs verrues.

Mme Terrier sur le pas de son atelier

Au 1 Rue Notre-Dame

(Boulangerie fermée depuis 2018)

En 1920 : Café de la Marine

A gauche, le Café de la Marine.

De 1932 à 1968 Boulangerie Nicol.

Le fils, Jean-Paul, est né dans la chambre juste au-dessus du magasin de la boulangerie grâce aux bons soins du Docteur Paul Dayot.

1958 : La marraine de Jean Paul, Louise et Charles Nicol.
Charles Nicol, livraison du pain avant la guerre.

Le four à cette époque était chauffé au bois de bouleau, souvent le camion Denizot de Plédéliac stationnait pour la livraison devant la boulangerie.

C’étaient surtout des pains de 4 livres, et même de 6, qui étaient vendus, complétés par une pesée : c’était une tradition. La pesée était souvent mangée avant d’arriver à la maison.

Il y avait une très bonne ambiance dans ce quartier. Charles aimait rendre service, il cuisait parfois les gâteaux du pâtissier et surtout, le dimanche, les volailles et les rôtis des voisins : c’était délicieux.

Louise avait une très jolie voix : elle chantait Les papillons de nuits, L’âme des roses, etc… dans les crochets organisés après-guerre par les associations d’Erquy qui venaient en aide aux plus démunis.

Pendant la saison des courses cyclistes, les communes alentour organisaient le dimanche sa course de vélos, ce qui créait une animation dans le pays. Charles accompagnait son fils Jean-Paul qui faisait partie des leaders. En fin de saison il y avait à Hénanbihen une course nocturne sur piste pour le critérium qui attirait un grand nombre de coureurs et de visiteurs. C’était un événement dans la région.

La boulangerie était dépositaire des biscottes Magdeleine de Granville.

Lors d’un jeu concours, Christian Frémont a gagné une ménagère en Louxor, métal inoxydable couleur or. La remise du prix s’est faite à l’Hôtel des Voyageurs, où une collation avec champagne fut servie en présence de Christian entouré de sa famille, de Charles et Louise Nicol. Voici la ménagère, gardée précieusement depuis environ 70 ans :

Se sont succédé les Boulangeries :    

PIRON,

HERMANGE,

L’INSTANT PRESENT.