L’origine du nom d’Erquy

Etonnement d’un voyageur

Me rendant il y a peu de Salerne à Amalfi, lors d’un séjour en Italie, j’avais remarqué avec amusement le nom de la jolie bourgade d’Erchiè (prononcé Erqui-è à l’italienne), adossée, les pieds dans l’eau, à la falaise ; je n’y pensais déjà plus lorsque à deux ou trois kilomètres de là, surgit au détour de la route une borne qui signalait au passant l’existence dans ces lieux d’une antique Rheginna. Au dix-neuvième siècle, un touriste originaire de notre commune n’aurait pas manqué de tirer toutes sortes de conclusions de cette apparente coïncidence qui faisait d’Erchiè l’héritière de Rheginna comme Erquy l’était, pensait-on, de Reginea.

On est plus prudent aujourd’hui, et la toponymie a cessé d’être une science (si l’on peut dire) de l’à peu près. Chacun sait désormais ce qu’il en est de notre supposée Reginea – qui résulte d’une mauvaise lecture, par le Président de Robien au 18ème siècle, du Reginca de la Table de Peutinger, cette carte antique des distances dans l’Empire romain, copiée et recopiée au Moyen-Age et finalement recueillie par un érudit de la Renaissance.

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Extrait de la Table de Peutinger. On reconnaît les noms de Condate (Rennes), Fanomartis (Corseul) et Reginca.

(suite…)

Pension de Famille CHANTECLERC

L’établissement se situait au 43 de la rue Foch. Les propriétaires étaient Monsieur et Madame Corouge.

Madame Corouge s’occupait de la pension de famille, en faisant une cuisine bourgeoise, pratiquait des prix modérés, les pensionnaires pouvaient profiter de la plage et du port vu la proximité de l’établissement.

Monsieur Corouge était artisan ; il réparait les cycles et toutes la ferronneries dans un bâtiment dans la cour derrière l’établissement.

A la fermeture de la pension, cette dernière fut transformée en appartements, quelques années plus tard, le bâtiment sera abattu pour laisser place a un petit immeuble

Contributeur : Christian Frémont, Mme Jean Corouge

Hôtel Restaurant Bar Tabac BEAUREGARD

L’établissement se situait au 8 de la rue du Port.

Dans les années 1900, c’était uniquement un café, avec quatre chambres au dessus, partie gauche de l’immeuble actuel, à l’emplacement du bar tabac « l’Escale », tenu par Madame Tirel (même famille que les propriétaires de la pension de famille « Emeraude » et aussi de la famille Durand de « l’Hôtel de France ».

En 1912, agrandissement de l’hôtel et du restaurant.

Monsieur et Madame Renault (Marcelle Durand) ont succédé à Madame Tirel. Dès qu’ils ont été en âge, leurs enfants Marcel et Jeannette ont participé au bon fonctionnement de l’établissement. Marcel entretenait les peintures et tapisseries des chambres et surveillait que les sanitaires soient impeccables.

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D’ailleurs l’hôtel – restaurant était référencé au guide Michelin et aux 3A anglais.

En 1960, transformation en annexe de la maison rue du Port qui était en indivision avec Madame Costa. La charpente était rongée par les termites, donc à changer, cela a donné l’occasion de faire un étage pour avoir des chambres supplémentaires.

Le bar tabac était tenu par Maino Dayot-Renault, épouse de Marcel, ou par sa sœur Jeannette. Marcel était un très bon joueur de foot de l’équipe première de l’Union Sportive d’Erquy, c’est là que les matchs étaient refaits et gagnés.

Pendant de nombreuses saisons c’est Marie-Rose Tardivel qui organisait la salle de restaurant, l’hiver elle suppléait au bar Mady Guinard la remplaçait.

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Août 1969 : parking complet suite marée noire !

En 1971, l’établissement à été loué à Monsieur et Madame Blouin, et en 1993, les bâtiments seront abattus, et un immeuble est édifié en ce lieu où nos marins avaient le plaisir de se retrouver.

Nous trouvons sur le guide illustré du syndicat d’initiative d’Erquy la publicité suivante :

Hôtel BEAUREGARD
Boulevard de la Grève – Erquy
Jean Renault propriétaire
Chambres spacieuses – Très belle vue sur la mer.
Cuisine soignée – Table d’hôte et petites tables.
Conditions avantageuses pour les séjours de familles.

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Parmi les hôtels et pensions de famille adhérents à l’ESSIS en 1934 :

Hôtel BEAUREGARD en bordure de plage – Téléphone n° 3 – taxe de séjour 1,72 franc
pension du 1er juin au 14 juillet et en septembre, de 30 à 35 francs cidre compris
du 14 juillet au 31 août, 35 à 40 francs cidre compris
Ouvert toute l’année, garage

Contributeur : Christian Frémont, Mme Marcelle Renault

1903 – Erquy dans Le Journal de Pléneuf et ses Environs

(source : Archives Départementales des Côtes d’Armor)

N° 1 – dimanche 25 janvier 1903
Le naufrage de la ‘Fleur-de-Marie’
Le 9 janvier 1899, vers huit heures du matin, Joseph Le Can, âgé de 29 ans, et son frère Francisque, âgé de 36 ans, ainsi que les deux frères Rollier, Pierre et Auguste, ce dernier seulement âgé de 21 ans, tous d’Erquy, prenaient la mer sur la Fleur-de-Marie, pour aller à la pêche du congre, près du rocher le « Gros Blanc », à la pointe d’Erquy, le temps était couvert, la brise très forte ; au moment où ils relevaient leurs filets, la mer devint houleuse et le bateau sombra, les malheureux pêcheurs ne revinrent pas. Leurs cadavres ne furent pas retrouvés.
Le Tribunal de Saint-Brieuc vient de constater judiciairement le décès de l’équipage.

N° 6 – dimanche 8 février 1903
Voleurs de poules
Mme Juvaux, aubergiste au bourg d’Erquy, a été victime d’un voleur, qui s’est introduit la nuit dans sa cour, et s’est emparé de 6 poules, dont 3 entièrement noires et trois autres noires également mais avec quelques plumes blanches.
La gendarmerie de Pléneuf, prévenue, a fait une enquête et procédé à des perquisitions, mais sans résultat.

Terrible chute du haut de la falaise sur la grève de Nantois – 9 mètres de hauteur
Le jeune Pierre Gautier, âgé de 11 ans, écolier, demeurant à La Ville-Pichard, en Pléneuf, a fait une chute du haut de la falaise sur la grève de Nantois, dans les circonstances suivantes :
Dimanche dernier, vers 2 heures du soir, Pierre Gautier partit à la rencontre de son oncle et de sa tante, les époux Eveillard, qui étaient allés se promener au village des Hôpitaux, en Erquy.
N’ayant pu les rencontrer, il alla jusque chez la mère de la femme Eveillard, qui voulut le garder chez elle pour y passer la nuit, mais le jeune Gautier, qui n’avait pas prévenu ses parents, se remit en route. Il longeait le sentier des douaniers lorsque l’obscurité le surprit, la pluie tombait à torrents, et l’orage grondait, aveuglé par un éclair, ne retrouvant plus sa route, Pierre Gautier trébucha et tomba du haut de la falaise sur la grève. Il perdit connaissance et ne retrouva ses sens que le lendemain matin.
Malgré une terrible blessure qui laissait à nu l’os frontal, tout couvert de sang, pieds nus, la main gauche gravement blessée, le courageux enfant reprit le chemin de sa demeure, où il arriva vers sept heures du matin.
Les siens qui avaient passé la nuit dans une attente mortelle, s’empressèrent de faire prévenir M. le Docteur Jones, qui a dû recoudre les chairs du front. Bien que le petit blessé soit atteint de fièvre, le docteur espère que cette terrible chute n’aura pas de suites graves.
Pierre Gautier était d’abord tombé sur la tête d’une hauteur de 2,50 mètres dans une petite excavation où l’argile de la falaise porte une trace significative, de là il a roulé sur un trajet de plus de 6 mètres sur la grève, où son béret et ses sabots ont été retrouvés par M. Louis Eveillard, son oncle.
C’est vraiment miracle que le pauvre petit ne se soit pas tué dans cette chute.

N° 7 – dimanche 15 février 1903
Voleur de bois
Mme veuve Diveu, demeurant au bourg d’Erquy, constatait depuis quelque temps que son tas de bois diminuait dans des conditions anormales et elle se décida à prévenir les gendarmes.
Des traces visibles de pas conduisant à la demeure de Pierre P., aubergiste à Erquy, une perquisition fut faite chez ce dernier et amena la découverte du bois volé.
Malgré cette preuve indiscutable, P. voulut nier, mais il finit par avouer.
Sa réputation est mauvaise. Il est craint de tous ses voisins qui le soupçonnent de bien d’autres méfaits, mais n’osent pas le dénoncer.
Une étape qu’il a déjà faite à la prison de Dinan, n’a pu le corriger de ses habitudes de rapines.
Le bois volé ayant été rendu, P. a seulement été condamné à un mois de prison, jeudi dernier, par le Tribunal correctionnel de Saint-Brieuc.

N° 8 – dimanche 22 février 1903
Destruction des petits oiseaux
Deux jeunes gens du bourg d’Erquy qui se livraient au plaisir de la chasse, à l’aide de lance-pierres, au village de La Jeannette, se sont laissés pincer par les gendarmes qui leur ont dressé procès-verbal.

N° 10 – dimanche 8 mars 1903
Erquy
M. Gorvel Victor, notaire à Erquy, est appelé à siéger comme juré pour la session des Assisses qui doit s’ouvrir le 1er avril prochain, à midi.

Voiture de messagerie non éclairée
Louis Paillardon, cocher, au service de M. Garnier, entrepreneur de voitures publiques à Erquy, a été surpris par un gendarme de Lamballe, conduisant une voiture contenant des voyageurs, qui n’était pas éclairée.
Paillardon donne pour excuse que son maître avait toujours refusé de lui donner de la lumière.
M. Garnier a protesté contre cette allégation et se plaint de la brutalité de son garçon à l’égard de ses chevaux. Il a dû le congédier à ce sujet.
Paillardon a été condamné à 16 francs d’amende et son patron a été déclaré civilement responsable.

Vol d’outils
Un carrier demeurant au village des Hôpitaux, en Erquy, le sieur Le Dolédec, ayant travaillé à la carrière du Val, en Plurien, y avait laissé ses outils : deux masses en fer, d’une valeur de 30 francs. Lorsqu’il revint pour continuer son travail, les masses avaient disparu.
Aimé B., journalier à La Basse Caillibotière, en Plurien, avait jugé bon de les ramasser et de partager avec son camarade, Eugène Le C., carrier à La Fonderie. B. ayant commis l’imprudence de faire réparer une de ces masses chez M. Dutemple, forgeron et conseiller municipal à Erquy, se fit pincer et Le Dolédec porta plainte.
B. et Le C. ont été poursuivis pour vol devant le Tribunal correctionnel de Saint-Brieuc.
La culpabilité de Le C. n’étant pas bien établie, il a été acquitté, mais B. a été condamné à un mois de prison avec le bénéfice de la loi Bérenger.

N° 12– dimanche 22 mars 1903
Arrestation d’un conseiller municipal – Outrages envers la gendarmerie
Passant devant l’auberge tenue à Erquy par les demoiselles Lhotellier, le maréchal des logis Ambroise s’entendit appeler par un individu en état d’ivresse qui l’invitait à prendre une consommation. Sur le refus du maréchal des logis, cet individu, qui n’était autre que le sieur Emile R., 44 ans, cultivateur et conseiller municipal, l’injuria.
Mis aussitôt en état d’arrestation, R. entra dans une violent colère et opposa une vive résistance aux gendarmes qui durent lui passer les menottes.
Conduit au Parquet à Saint-Brieuc, R., dégrisé, manifesta son repentir et fut remis en liberté.
R. a comparu à l’audience de jeudi dernier, au Tribunal correctionnel de Saint-Brieuc et a été condamné à 16 francs d’amende avec le bénéfice de la loi Bérenger.

N° 13 – dimanche 29 mars 1903
Erquy
C’est par erreur que, dans notre dernier numéro, nous avons indiqué le sieur Emile R., condamné pour outrages envers la gendarmerie, comme faisant partie du Conseil municipal d’Erquy. Nous savons maintenant que cet individu ne fait pas partie de cette digne assemblée.

N° 15 – dimanche 12 avril 1903
Vol de choux
La veuve Balan, cultivatrice au hameau de la Guégoude, ayant eu besoin de couper un chou dans son champ, constatait, mardi de la semaine dernière, qu’une grande quantité de choux avait été arrachés.
Ces légumes auraient été retrouvés au domicile d’une voisine, la femme G. qui aura à répondre de ce larcin.

N° 16 – dimanche 19 avril 1903
Chambre de Commerce
Port d’Erquy – Lecture est donnée d’une dépêche ministérielle prescrivant une nouvelle enquête sur le projet de conversion de l’emprunt.

N° 18 – dimanche 3 mai 1903
Une voleuse de choux
Le 31 mars dernier, la veuve Balan, du hameau du Guégoude, en Erquy, constatait que de nombreux choux lui avaient été soustraits dans son champ. Ses soupçons se portèrent avec raison sur sa voisine, la femme G. qui nourrit, paraît-il, ses bestiaux avec les récoltes d’autrui.
Plainte ayant été portée, les gendarmes firent une enquête et retrouvèrent les choux chez la femme G.
Cette femme qui ne jouit pas d’une bonne réputation, nia le fait effrontément.
Elle est revenue à de meilleurs sentiments et a avoué sa faute, à l’audience du Tribunal correctionnel, jeudi dernier.
Le Tribunal, tenant compte de son repentir, ne lui a infligé que 48 heures de prison avec le bénéfice de la loi Bérenger.

N° 19 – dimanche 10 mai 1903
Classement en 1903 des Chevaux, Juments, Mulets et Mules susceptibles d’être requis en cas de mobilisation de l’Armée.
Itinéraire de la commission pour la région :
… ; Erquy : 4 juin, 1 heure, place de la Mairie.

N° 22 – dimanche 31 mai 1903
Un portail qui disparaît
Mlle Bourgault, commerçante à Erquy, avait fait placer, il y a quelques jours, un portail ayant plus de deux mètres de haut, pour clôturer un jardin au ‘Goulet’, en Erquy.
Jeudi, l’un des côtés de ce portail a disparu. Après bien des recherches, il a été retrouvé dans une propriété appartenant à Mlle Rouget, où il avait été jeté par-dessus un mur élevé d’au moins 1,50 mètre.
Cet acte de méchanceté, que l’on ne s’explique guère, a dû être accompli par plusieurs personnes, car le portail est très pesant.

N° 24 – dimanche 14 juin 1903
Une alerte
A l’occasion de la première communion d’un de ses enfants, M. Joseph Lefebvre, carrier au Gault, en Erquy, avait invité à dîner son voisin, Louis Boullau. Au cours du repas, un feu de cheminée se déclara et Boullau réussit à l’éteindre en montant sur la toiture.
Dans l’après-midi, le bruit se répandit à Erquy que le feu s’était de nouveau déclaré chez Lefebvre. Ce dernier, qui se trouvait au bourg, se rendit en toute hâte à son domicile. La toiture en chaume avait, en effet, commencé à flamber, mais grâce au dévouement de Boullau, qui ‘avait pas hésité à arracher le chaume en feu, l’incendie avait été enrayé.
Sans l’intelligente intervention de M. Boullau, la maison occupée par Lefebvre, eût été certainement brûlée et, comme le vent soufflait avec violence, il y avait à craindre pour le hameau tout entier.
La maison appartient à Mme Guinard, commerçante au bourg d’Erquy.
Le préjudice causée au propriétaire et au locataire, tous deux assurés, d’ailleurs, est de peu d’importance.

N° 25 – dimanche 21 juin 1903
Le déluge !
Nous subissons depuis quelques temps une série de pluies diluviennes qui menacent de compromettre les récoltes et qui ont occasionné des dégâts dans diverses propriétés. Ca tombe ! ça tombe ! que c’en est une bénédiction !
Mais quelqu’un qui n’est pas content, c’est Joseph Loncle, maçon, du fief Pilange, en Erquy, en rentrant chez lui, samedi, il constata avec stupéfaction que son habitation était transformée en lac au milieu duquel toute une flottille de sabots donnait l’aspect d’une baie en miniature, un jour de régates.
(suite…)

Erquy : un bourg vraiment étonnant…

Au cours des siècles, Erquy fut toujours un endroit où les habitants tirèrent profit des ressources présentes et de sa situation privilégiée par rapport à la mer, … voir l’installation d’un camp retranché au Cap et la venue ensuite des Romains !!

Le village de Tu-es-Roc, le bourg sur la « motte », le village des Hôpitaux, … sont les témoins d’une présence humaine certaine de trouver sur place des ressources indispensables à la vie !! En voici certaines : les huîtres à l’époque romaine, les pêcheries, les salines, les pêcheurs (présence de la morue en quantité dans les eaux bretonnes), le varech’, le goémon, la marne, les marais (poissons et oiseaux), les dunes avec les oyats et autre joncs, la garenne et ses lapins, les bois (chênaies, frênaies, hêtraies), la campagne et ses nombreuses fermes (production de pommes de terre et de pommes à cidre expédiées vers l’Angleterre par bateaux), des charpentiers de marine, la pêche des praires, oursins, coquilles Saint-Jacques, les crustacés, etc … les chalutiers hauturiers, ses carrières et anciennes perrieres, etc …

La production de ‘Rousine’

Au détour d’une lecture, on découvre qu’en 1555 (le 11 décembre), les trésoriers de la paroisse d’Hénansal : Olivier d’Estirac et Guyon Robert dans leurs comptes, signalent que c’est à Montbran (foire) qu’on achetait chaque année la provision de cire pour faire les cierges et à Erquy qu’on allait prendre la « Rousine » qu’on y faisait entrer dans la proportion d’un tiers !!
Un peu d’histoire :
Le 27 juillet 1608, l’archidiacre défend de faire entrer la ‘Rousine’ dans la confection des cierges, ce qui entraîne une assez forte opposition, l’archidiacre reste ferme !! (En 2003, une morbihannaise de 75 ans se souvient d’entendre ses vieilles tantes déclarer « que l’électricité donnait une meilleure lumière que celle produite par les chandelles de ‘Rousine’. En 2003, les propriétaires rennais de la boutique « mille et une bougies » rappellent que la ‘Rousine’ est une matière végétale ou animale sous forme de graisse ou d’huile … Les cierges d’église emploient un mélange de composants de la paraffine (stéarine-cérésine) plus 30% de cire, la ‘Rousine’ étant interdite.
Erquy n’appréciait pas ces déclarations qui privaient les pêcheurs d’un débouché pour leurs huiles de poisson … (rappel : la morue est encore en nombre dans les eaux de la baie). Le congrès des rites a permis que dans les missions de l’Océanie on puisse employer, même pour la messe, des bougies faites avec la graisse ou l’huile de poisson … concession spéciale motivée par des circonstances particulières.

Bac à rousine en terre cuite (Musée d’Art Populaire – Lamballe)

 

Texte de 1864 de A. Bourbon :

Les lumières placées sur l’autel et les gradins de l’église doivent être produites par de la cire véritable, non point par de l’huile ni par toute autre substance quels qu’en soient d’ailleurs les avantages. On ne peut pas conclure que l’usage de pareilles bougies non formées de cire soit permis ailleurs. On ne peut étendre aux contrées pour lesquelles ils n’ont pas été accordés les induits donnés quelquefois aux missionnaires … La paroisse d’Erquy a-t-elle permis l’utilisation de la graisse de poisson ? Symbole de la chair et des instincts terrestres. Les lois liturgiques prescrivent l’emploi de cire, symbole de pureté. Les cierges sont de cire blanche, sauf dans des circonstances particulières spéciales où elle est jaune comme le jour du vendredi saint et lors des messes du requiem !!

Les Chandelles : durant des siècles, le jonc a été utilisé comme mèche pour fabriquer les chandelles. Celui-ci est fendu avec précaution pour ne pas abîmer la moelle. Il est ensuite trempé dans de la graisse végétale ou animale que l’on fait ensuite durcir. Le processus est ensuite le suivant : préparation de la mèche, trempage de celle-ci dans un bac de cire ou de graisse … On laisse durcir et on recommence autant de fois, jusqu’à la taille voulue. La chandelle de cire est plus efficace car la chandelle de suif donne une odeur et de la fumée. La chandelle de suif est faite de la façon suivante : moitié suif de mouton et brebis, moitié suif de bœuf et de vache fondus ensemble avec défense d’y mêler aucun autre suif de porc ou de poisson :

Les chandelles de ‘Rousine’ utilisées par les pauvres sont faites avec de la graisse de bœuf mélangée avec les graisses de poissons ou poix-résine mélangées avec du suif de mauvaise qualité.

Quelques dictons :

Dans ses mémoires, Miraulmont cite cette fameuse ordonnance royale qui obligeait le chancelier de France à rendre au trésorier les tronçons de la cire qui avait servi à son éclairage !! Ordonnance qui eut l’honneur de créer un proverbe devenu célèbre :

« Faire des économies de bouts de chandelles » qui ne portent que sur les petites choses.

« Le jeu n’en vaut pas la chandelle » cela ne vaut pas le peine des frais qu’on ferait.

« Brûler la chandelle par les deux bouts » se livrer à des dépenses ruineuses aux conséquences funestes.

« Il vous doit une belle chandelle » vous l’avez tiré d’affaire.

« Extinction des feux » extinction des bougies.

« En voir 36 chandelles » suite à une chute ou traumatisme, avoir un éblouissement des yeux.

« Tenir la chandelle » se prêter à de honteuses complaisances pour favoriser un commerce de galanterie.

A propos des chandelles éteintes (enchères à la chandelle) : en 1368 sous Charles V, les chandelles sont utilisées pour les adjudications qui cessent à l’extinction de la chandelle et en 1516 pour les enchères des ventes des forêts du roi. Ces enchères à la chandelle sont susceptibles de tricheries. En effet, les enchérisseurs affectent de faire languir les enchères jusqu’à ce que la chandelle soit beaucoup diminuée, les héritages étant ainsi jamais vendus ou affermés à leur juste valeur. Parfois la flamme vacillant, certains toussaient pour éteindre la chandelle !!

Contributeur : Claude Spindler

Le Journal de Régine – 1944

Nous publions ici quelques extraits du journal (fictif) tenu, de janvier à juin 1944, par une jeune mère de famille et commerçante d’Erquy. Ces quelques pages visent à présenter au lecteur ce que pouvait être alors la vie quotidienne dans notre commune occupée.

2 janvier 1944 – Nous nous sommes retrouvés aujourd’hui plusieurs familles à l’hôtel Vétier pour préparer les colis de nos prisonniers. La Croix-Rouge était là aussi pour nous aider et compléter nos envois. Le colis de Louis contenait du chocolat, du tabac, des haricots en conserve – les derniers qui me restaient que j’avais préparés l’été dernier, du lard et du pain, plus les photos que j’avais fait faire des enfants avec une lettre que lui avait écrite Anne et un dessin d’Yves. Moi aussi bien sûr, je lui ai mis un mot, mais je n’arrive pas vraiment à lui écrire une lettre, sachant qu’elle sera lue par les Allemands à l’arrivée au camp.

7 janvier – Gagné 1.500 francs à la Loterie Nationale avec un billet finissant par 00. J’aurais préféré le gros lot (six millions), mais c’est toujours bon à prendre.

9 janvier – Aujourd’hui dimanche, je suis allée en vélo voir Papa et Maman chez eux à Plurien. J’ai confié les enfants à Marie-Jeanne qui les a emmenés à la messe. Ca m’a fait du bien de me sentir un peu libre pour une fois. Enfin, libre, c’est façon de parler parce que, à la Chapelle, j’ai été arrêtée par deux Allemands qui m’ont demandé mes papiers ; tout s’est bien passé et ils m’ont laissée repartir mais je n’ai pas aimé la façon insistante dont m’a regardée l’un d’entre eux.

J’ai mangé du bourguignon avec mes parents (quel bonheur !) et ils m’ont donné un rosbif pour régaler les petits, m’ont-ils dit, plus deux bouteilles de cidre, un chou et des pommes. Je suis rentrée en milieu d’après-midi, et, après nous être bien emmitouflés, nous sommes sortis faire un tour sur le Boulevard de la Grève, Anne, Yves et moi : ils ont joué un moment dans les sables de la dune pendant que je relisais la lettre de Louis à l’abri d’une cabine de bain. J’ai pensé en pleurant à toutes ces années perdues sans Louis, aux enfants qui ne connaissent plus leur papa, et que leur papa ne connaît pas non plus (ou si peu en tout cas) …

10 janvier – Pendant que j’étais à l’épicerie ce matin, Mme Legal, la couturière, est passée à la maison pour refaire la garde-robe d‘Anne : elle a astucieusement rallongé ses jupes avec des bandes de tissu qu’elle avait apportées. Esthétiquement, le résultat est un peu moyen, mais enfin c’est toujours ça… Et puis elle a repris plusieurs draps qui commençaient à faiblir en les coupant par la longueur pour remettre au milieu les bords moins usagés. Je ne l’ai pas payée en argent, mais en tickets de rationnement et en nature : elle m’avait dit qu’elle voulait de l’ersatz de café et du beurre que j’ai apportés du magasin.

11 janvier – Rien de spécial aujourd’hui. J’ai dû refuser de vendre aujourd’hui à plusieurs personnes qui n’avaient plus de tickets. Ca me fait mal au cœur, mais si je commence à faire des exceptions, je sais bien que je ne m’en sortirai pas. Une dame (que je ne connaissais pas) m’a insultée et m’a même traitée à voix basse de collabo.
Le soldat allemand, le même qu’avant-hier, est venu seul au café à un moment où il n’y avait personne (c’était en début d’après-midi). Il avait l’air de très bien savoir que c’est moi qui le tiens (m’a-t-il suivie ?). Il a commencé à me faire du gringue avec ses gros sabots. Je feignais de ne pas l’entendre, mais c’était difficile, vu que nous étions seuls lui et moi, et je ne pouvais pas non plus être grossière pour ne pas m’attirer d’ennuis. Alors je l’ai servi et je suis passée côté épicerie faire un peu de rangement. Il a voulu me suivre, mais heureusement la mère Jacques est entrée à ce moment-là. Du coup il est parti en me laissant son dû sur le comptoir. J’espère qu’il va m’oublier…

12 janvier – M. Zeller, de la villa le Goulet, est venu faire quelques courses à l’épicerie : je ne sais pas s’il faut croire tout ce qu’on raconte sur lui et les expéditions qu’il mène pour le compte de la Gestapo ; si oui, ça fait froid dans le dos. (suite…)

Les danseuses et danseurs de l’Opéra à Erquy

Une féerie de ballets sous la présidence de M. André Cornu
Source : Ouest-France de juillet 1955 (estimation)

La soirée de gala organisée avec le concours des artistes et musiciens de l’Opéra marquera une date mémorable dans les annales de la ville d’Erquy et de sa région. Cette expression de la beauté qu’est la chorégraphie fut une révélation pour certains et un régal pour les initiés. On doit rendre grâce à M. André Cornu, secrétaire d’Etat aux Beaux-Arts, d’avoir fait bénéficier Erquy d’un spectacle aussi prestigieux et reconnaître les mérites de tous ceux qui ont eu la lourde tâche de mettre sur pied une pareille manifestation. C’était en effet une gageure que de vouloir organiser un tel gala en plein air au milieu d’une période pluvieuse comme celle que nous connaissons. Mais la fortune sourit aux audacieux, dit-on, et les dieux aidant, le temps fut exceptionnellement beau, condition indispensable du succès.

L’organisation matérielle se révéla parfaite ; sur le terrain des sports un vaste podium de 100 m² couvert, artistement décoré et parfaitement éclairé par de nombreux projecteurs, était dressé face à d’innombrables rangées de fauteuils et de chaises. Des poteaux, supportant des oriflammes et des guirlandes lumineuses, délimitaient l’enceinte réservée aux spectateurs. Disons tout de suite que le succès a récompensé les organisateurs puisque c’est à 1.500 environ qu’on peut évaluer le nombre des assistants venus de tous les coins du département. Une telle affluence nécessitait évidemment la présence d’un service d’ordre renforcé. Ce dernier mis en place à 19h30 était assuré par 50 gendarmes en grande tenue sous le commandement du capitaine Brizout de Barneville, commandant la section de Saint-Brieuc et l’adjudant Bideau, commandant la brigade de Pléneuf. A l’intérieur du parc des sports, les pompiers d’Erquy, commandés par l’adjudant Paupardin, étaient prêts à parer à toute éventualité.

Arrivé de bonne heure, M. André Cornu, maire d’Erquy, accueillait ses invités. Parmi les (suite…)

Les Quadras de 1971 n’étaient pas des rigolos

« Au printemps 1971, lors de l’entraînement d’une bande
de copains d’Erquy et quelques uns de Plurien (Gouédard étant un ancien maire),
flirtant avec la quarantaine et surtout pas entraînés …
« Cet entraînement s’est fait sur Erquy et la côte de la Mission citée est à ce jour
la rue du Bois de Cavé : il aurait fallu en avoir sous la pédale !…
Jo Haguet, né en 1926, était chef d’orchestre et participait à toutes les fêtes.
Il nous a quitté en 1995.

Texte de Jo Haguet

Hier matin, ne sachant comment passer le temps
Je cherchais vainement quelque divertissement.
L’idée me vint soudain sur le coup de dix heures
De partir en bagnole au devant des coureurs.
On m’avait dit la veille : « toi qui aime le vélo,
Paraît qu’il va passer un p’loton d’rigolos. »
C’est tout ce que je savais, pour en connaître plus
Une seule solution : constater de visu !
Contact, démarreur et me voilà parti !
Ils devaient arriver par la route d’Erquy.
J’eus à peine le temps de chauffer le moteur
Quant, tout à coup surgit le troupeau pédaleur
Je restais sidéré devant un tel spectacle
Un p’loton essoufflé ? Que dis-je une débâcle !
L’exode de 40 et la Bérézina
Sont de la rigolade auprès d’ce machin là.
On dit qu’au Cap Fréhel les jours de grand vent
Ça fait un tintamarre, Eh bien mes ptits enfants
Le coup du Pakistan la bombe d’Hiroshima

Comparés aux cyclos c’étaient du cinéma !
Ils se traînaient poussifs tout au long de la route
Soufflant, jurant, rageant, suant à grosses gouttes.
En passant près de moi l’un d’eux l’air éperdu,
Me lança un regard de pauvre chien battu.
Pour sauver la façade et rejoindre ses frères
Il me dit : « Mets en route j’m’accroche à la portière »
Mon bon cœur m’incitait bien sûr à l’écouter
Mais y’a le règlement, il faut le respecter.
Je passai la première laissant là le vaincu,

(suite…)