La sirène d’Erquy.

 par Liliane Lemaître

Mythe et Histoire

Depuis quelques années, Erquy a volontairement représenté son blason sous la forme d’une sirène. Souvent peinte de profil, plongée dans le vert de l’élément marin, la belle joue sur les trois branches du E qu’elle évoque avec originalité en déployant sa blonde chevelure, ses bras et sa capricieuse queue de poisson, de la gauche vers la droite.  De sinople à la sirène, les cheveux flottants et la queue vers senestre…  D’autres lieux, jouant sur leur vocation maritime et leurs légendes ont également représenté des sirènes. Celle d’Erquy mérite cependant tout notre intérêt car elle puise sa source dans nos grands mythes celtes, leur histoire passionnante et souvent tragique.  

 Faut-il rappeler l’origine des sirènes ? Sans doute, répondrez-vous qu’il y a deux sortes de sirènes, bien différentes les unes des autres ! Celles des grecs, n’avaient rien de commun  semble-t-il, avec les femmes-poissons qui nous font toujours rêver ! Ces créatures étranges ont toujours été assimilées à des monstres, usant de leurs charmes pour détruire les hommes.

 Dans l’Odyssée, Homère nous raconte comment Circé, la magicienne, met en garde le bel Ulysse : Nul ne peut résister aux charmes de ces « oiseaux de malheur » qui attirent les marins pour mieux les dévorer. Le subtil aventurier fait couler de la cire dans les oreilles de ses hommes et se fait enchaîner au mât de son navire pour pouvoir apprécier la beauté de ces chants divins… Ainsi, il a vaincu les « goules » ou les harpies. Celles-ci n’ont pas d’écailles mais des plumes de rapaces. Le symbole reste intact. Ces créatures sont dangereuses, démones mi-femmes, mi serpents, leur perfidie s’adresse à l’être masculin !

 La sirène à la monstrueuse queue animale,  viendra provoquer de mystérieux naufrages tandis que les navires impuissants se fracasseront sur les rochers.

  Le mythe fondateur : La ville et la femme englouties

La ville engloutie, c’est bien sûr, la fabuleuse ville d’Ys, cité celte qui se serait située suivant les légendes de notre pays aux côtes déchirées et ensevelies par les flots, dans plusieurs lieux possibles, Pointe du Raz ou bien baie d’Audierne mais aussi chez les Coriosolites, d’après l’Histoire, à Fanum Martis (Temple de Mars) qui deviendra plus tard Corseul. Les voies romaines menaient au port d’Erquy, lieu d’échanges et de civilisation réputés. Les restes de nombreux objets gallo-romains dispersés aux cours des recherches archéologiques, témoignent de l’existence d’une ancienne cité ensevelie dans les sables de la baie. Qu’elle se nomme Réginéa ou Nazado, car les avis sont partagés sur son nom, ( Réginéa ou Réginca se serait située sur la Rance, non loin d’Aleth ou de Corseul, justement ) cette ville était sûrement l’une des reines des mers comme ses compagnes de la fameuse cité d’Ys.

Pourquoi cette diabolisation de la princesse Dahut-Ahès, assimilée à une démone, comme ses belles compagnes ? Pour comprendre ce mythe, il nous faut remonter à ses origines et  au conflit qui déchira le monde celte et celui de l’envahisseur romain. Dahut est représentée par les celtes comme « la bonne déesse » mais le christianisme en a fait un suppôt de Satan qui vend son âme au Diable et lui livre les clés (la clef est le symbole du mystère caché) de sa mystérieuse ville. Elle trahit ainsi son père le roi Graalon et plonge ys dans le chaos. Rejetée dans les ténèbres par saint Guénolé. Transformée à jamais en sirène maudite, elle s’enfonce dans l’océan. Que de symboles dans ce mythe ! L’image de la femme celte, déjà insoumise et libérée y croise celle de la religion officielle, devenue religion d’état, imposant l’ordre romain à ses envahisseurs. Inutile de préciser que tout cela n’était pas en faveur de notre Dahut réginéenne !

Elles étaient bien belles, les filles d’Erquy. On dit qu’elles n’étaient pas farouches et qu’elles séduisaient tous ces balourds de Romains qui tenaient garnison prés de là, sur l’oppidum rocailleux de la falaise, derrière la ville, abandonnant volontiers leurs postes pour se livrer aux plaisirs de l’amour avec ces ensorceleuses. Leurs lèvres parfumées et leur peau fine et transparente laissaient transparaître le vin dans leurs gorges enchanteresses… L’austère vertu romaine était oubliée et les chefs des légions sonnaient l’alarme en maudissant ces dangereuses sorcières…

Alors l’envahisseur demanda l’aide des saints austères qui arrivèrent dans « leurs auges de pierre » pour catéchiser la Bretagne et venir à la rescousse des malheureux légionnaires… Soyons vigilants ! Ces austères prédicateurs n’étaient pas des saints mais tout simplement des moines zélés et le paysan naïf a confondu « les auges de pierre » avec le lest de leurs navires… tout est miracle pour l’ignorance et la collaboration avec l’occupant n’a rien d’étonnant ! Ermites et évêques dénonçaient la turpitude de ces filles de Satan qui révéraient les dieux païens. Elles honoraient Brigid, déesse de la fécondité et lors de la grande fête d’Imbole, elles se livraient aux accouplements rituels.  Plus tard, on célèbrera l’abbesse sainte Brigitte, qui avec saint Patrick étaient révérés en Irlande puis en Bretagne.

 Tout cela arrangeait bien l’occupant, brutal et conformiste, modelé par les lois d’un état monolithique. Pour lui, la femme n’était qu’un objet de plaisir ou une reproductrice soumise au diktat du chef de famille. Il se méfiait des druides et de leur ordre moral librement consenti, de leur conception collectiviste de la propriété et se leur philosophie mystérieuse et orale dont on ne possédait aucun texte. Ce peuple dangereux conférait de grands pouvoirs aux femmes qui jouissaient d’une indépendance considérable. Jusqu’alors, les Romains avaient tout fait pour éradiquer le druidisme et imposer leurs lois et leur culture. Ils n’hésitèrent pas à commettre le grand massacre de l’île de Môn au nord ouest du Pays de Galles en l’an 60, détruisant toute la population, hommes, femmes enfants, accusée de druidisme et donc de trahison à l’état souverain.

Peu à peu, les patriarches persécutés se réfugièrent en forêts. Leurs adeptes entretenaient et propageaient les anciens cultes et célébraient secrètement les solstices et les fêtes de Beltaine en allumant des brasiers en l’honneur de Bélénos, le dieu solaire. Le premier août, on fêtait Lugh, dieu de la guerre et l’on pratiquait des sacrifices humains ou animaux. Au 1er novembre, la fête de Samain était sombre  et les morts circulaient librement parmi les vivants, ouvrant tout grand les portes de l’autre monde et révélant les catastrophes à venir avant la fin des temps.  Nous conservons encore curieusement le souvenir de cette fête de Samain, revenue chez nous par les pays anglo-saxons et rebaptisée Halloween avec tout son folklore de carnaval funèbre et magique… Nous, Bretons de petite Bretagne, avons toujours voué un culte sacré à nos morts. La nuit sacrée de Samain leur était consacrée et la porte de la maison leur était ouverte. Ils pouvaient se restaurer à la table et côtoyer les vivants qui leur ménageaient un accueil respectueux.

Fille de la mer et épouse de l’océan, comme ses sœurs les sirènes, la belle Dahut  savait bien que de siècle en siècle, les flots réclamaient leur tribut aux peuples de la côte. Déjà bien échancrée, la baie avait englouti de vastes forêts et certains îlots fantômes dressaient sinistrement leurs formes noires, masquant les écueils  aux malheureux navires.

Comme saint Guénolé l’avait fait pour Dahut et la ville d’Ys, les évêques condamnaient la prospère Nazado et sa princesse aux cheveux cuivrés. A n’en pas douter, elle était fille de Satan, fruit des accouplements avec Lilith, la maudite qui avait oser se rebeller contre «  l’ordre du père » ou « du roi » comme Adam, le premier homme, son créateur. Elle n’avait pas été tirée de la côte de ce dernier comme son autre épouse, Eve l’étourdie. Elle ne devait rien à personne et refusait de se soumettre à l’homme et à Dieu qui l’avaient rejetée pour la punir, avec l’ange de lumière, l’ange rebelle dans les gouffres infernaux. (Kabbale)

Depuis, Lilith avait trouvé refuge au fond des mers (lieu neutre) et ses filles, les sirènes poursuivaient implacablement les hommes dont elles attiraient les navires sur les brisants pour venger leur mère. Soutenus par les Romains, les prêtres et les ermites, prêchaient un nouvel ordre : la soumission à l’état et au chef de famille, la monogamie et la vertu. Les anciennes coutumes et les fêtes lubriques s’éteignaient à l’ombre de la croix et le culte des saints commençaient à se substituer à celui des dieux dont ils empruntaient les attributs et les pouvoirs.  L’enseignement des vénérables sombrait dans l’oubli et leurs préceptes sacrés étaient emportés par le vent avec les dernières feuilles mortes des vieux chênes.

Maudite par les évêques, Réginéa était à présent livrée à la malédiction, avec ses druides expirants. Quelques années plus tard, la colère des dieux rameuta tous les vents. Bélénos réveilla le feu de la terre et conspira avec l’océan pour venger sa fille. Un terrible raz de marée s’abattit sur la ville renégate, noyant la cité et ses environs jusqu’au Cotentin, engloutissant la forêt de Scissy désertée par les druides. Seuls quelques îlots comme celui du Mont- Saint –Michel et les îles anglo-normandes, attestèrent l’existence de cette partie de l’ancien continent. La mer s’enfonça encore davantage dans la terre, y creusant d’immenses baies et les déchirures de profonds estuaires…

Quels trésors à jamais engloutis, dorment au fond de ces mystérieuses grèves ?

  J’ai rêvé dans la grotte où nage la sirène…

      Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron,

 Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée

     Les soupirs de la sainte et les cris de la fée 

     Gérard de Nerval. El Desdichado ( les Chimères)

AU 34 RUE CLEMENCEAU

Actuellement : Maison d’habitation

HISTORIQUE

Au 16ème siècle déjà , du 26 au 34 rue Clémenceau, c’était « Maison du Pont Chesnard » qui abritait une auberge et deux boucheries; elle englobait les dépendances situées à l’arrière.

Cette tête sculptée, ou mascaron, au-dessus de la porte chassait le diable. Une autre légende dit qu’elle représentait l’arrivée inespérée d’un joyeux évènement (mariage, naissance, fortune etc…).

Dans les années 30    :        PATISSERIE-BAR ANGER

Sur le sol de la pâtisserie, l’inscription Anger faite à l’entrée avec des petits carreaux de mosaïques existe toujours.

Sur cette carte( à droite de la photo) la petite fille assise sur les marches de la pâtisserie est Melle Anger qui est devenue Mme Hourdin.

Jusqu’en 1950     :   Mme KUHNS

Mme Kuhns a tenu la Pâtisserie et le Bar de la Mairie (nom du bistrot) quelques années et a ensuite tenu le Bar du Martray à Lamballe.

De 1950 à 1954  :     PATISSERIE- BAR SIMON

Christiane Rouinvy et Hélène Gouranton étaient les vendeuses. M. et Mme Simon ont eu deux fils. En 1954, ils décident de repartir à Pontivy, leur région d’origine où M Simon exercera son métier de cuisinier.

De 1955 à 2009   :  Aux Délices, Pâtisserie, confiserie, salon de thé, établissement enu par M. et Mme Camard.

Jacqueline, Antoine, et le chat

C’est à cette époque que le bar de la Mairie est devenu le bar de la Marine.

En 1968 le commerce qui était constitué seulement de la pâtisserie, du bar et d’un petit appartement au-dessus, a été agrandi pour avoir plus de confort. M. et Mme Camard, ont gardé les deux vendeuses. Christiane au bar et Hélène à la pâtisserie. Au début Christiane ne travaillait que le samedi et dimanche. Ensuite, se sont succédé des saisonnières. En 1958, Mme Déguen était employée lorsque son mari a disparu en mer. Régine, (la fille de Christiane), Martine Saes, (sa belle-fille), épouse de son fils Yannick et Mme Charlot ont fait plusieurs saisons chez M et Mme Camard. Régine a été leur dernière vendeuse.

Antoine a formé plusieurs pâtissiers dont Laurent Emery (Les sucettes du Val-André), Laurent Selvert et le fils Collier. Antoine a démarré avec un four à bois. Souvent M. Nicol (le boulanger d’en face) lui proposait de cuire ses gâteaux quand son four était disponible. Il y avait une très bonne entente entre voisins.

Les enfants adoraient les gâteaux ayant la forme d’une grenouille de couleur verte, ou les souris blanche aux yeux rouges. Même Francette, la nièce de la concurrence (Doudou) allait en douce en acheter. C’étaient les spécialités de la maison.

Jacqueline et Antoine ont eu 3 enfants, Marilyne, Isabelle et Antoine. Leur père était très investi dans la vie associative. (Nous en reparlerons dans les fêtes de la St-Jean).

Au bar de la Marine, beaucoup d’habitués se retrouvaient pour discuter et jouer aux cartes. Le samedi, jour de marché, le bar était pour certains un passage obligé. Les fermières, surtout de la Bouillie, y déposaient les commandes de beurre au café et les clientes, principalement des Hôpitaux, les y récupéraient.

La pâtisserie a fermé en 1996 tandis que le bar est resté ouvert jusqu’en 2009.

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AU 32 RUE CLEMENCEAU

Actuellement : Maison d’habitation

Jusqu’en 1950          Mme Simon : Bar tabac – confiserie

Tous les enfants connaissaient Mme Simon, qu’ils appelaient familièrement Fifine ; elle acceptait de vendre des bonbons au détail. Colette Martin se souvient que sa tante lui donnait le dimanche deux petites pièces pour mettre à la quête. Avant d’assister à la messe, elle se rendait à la boutique où avec l’une des pièces elle s’achetait des bonbons.

Mme Simon cèdera son commerce quelques années à M Guillot avant de le reprendre en 1959.

De1950 à 1959               Monsieur Louis GUILLOT : Bar- tabac

M. Guillot a eu l’autorisation d’ouvrir un bureau de tabac (c’était très réglementé).

A la Foire exposition de Saint-Brieuc, 1955.
De dte à gche: Louis Guillot et ses amis Ange et Maria Lemaitre ainsi que leur petite fille Liliane.

Le bureau de tabac Louis Guillot

Avant de porter le nom solennel de Jubilé, la recette buraliste, petite et sombre ne me semblait pas d’un grand intérêt. Les messieurs enfouissaient leur bien dans leurs vastes poches et repartaient avec leur précieux étui cartonné de gitanes bleues ou leur paquet de gris pour nourrir leur pipe culottée ou tout simplement « s’en rouler une ».

 Jamais je n’aurais remarqué la vitrine si elle n’avait contenu en son mitant un énorme – enfin, je le voyais ainsi – distributeur vitré de boules multicolores de chewing-gum. Une merveille, une fontaine de jouvence d’où s’écoulaient d’interminables chapelets de délicieuses, odorantes et fondantes friandises.

  Louis était un grand ami de la famille et il n’hésitait pas pour me faire plaisir à m’offrir l’une ou l’autre de ces billes savoureuses dont j’étais très friande et qu’il désignait précieusement par l’appellation : « chewing-goum ».

 Quelques clientes fréquentaient aussi la recette mais, à l’époque, c’était surtout pour dépanner leur mari et lui éviter un insupportable sevrage qui l’aurait fait enrager. Ainsi, la cigarette au coin de la lèvre, pouvait-il vaquer tranquillement à ses occupations, relever ses filets ou réparer la mécanique défectueuse…

 Mon père était naturellement un grand client de Louis et lorsque je voulais lui offrir un petit cadeau, je savais qu’il apprécierait ses cigarettes favorites. Je lui avais offert plusieurs pipes et même une magnifique blague à tabac, caoutchoutée dont les plis se refermaient joliment en forme de corolle.

  Pourtant, Louis n’avait pas toujours le cœur gai. Il s’ennuyait ferme et vivait difficilement sa vie de célibataire. C’était un ami précieux, au grand cœur qui ne savait quoi inventer pour nous faire plaisir. Presque tous les soirs, il venait pousser visite à la famille pour égayer ses moments de solitude. On entendait la porte d’entrée, doucement s’ouvrir, puis celle de la cuisine laissait passer une tête un peu embarrassée qu’il excusait de sa voix traînante, par son petit compliment habituel :

« Ah ! J’étais venu vous dire bonsoir… je ne vais pas rester longtemps… Je ne voudrais pas vous déranger… »

  Deux heures plus tard, Louis était toujours là, dans la bonne humeur et tous étaient heureux de le voir. Il partageait secrets et confidences avec mes parents.  On emmenait Louis au cirque, au cinéma et même à la foire exposition de Saint Brieuc.

   A la foire, il avait tenu à faire un petit cadeau à la plus jeune et il était revenu avec un baigneur noir en celluloïd, dans les bras. Tu l’appelleras Bamboula, c’est un nom bien de là-bas ! C’était effectivement le plus beau bébé noir que je serrais contre moi et naturellement, je demandai à ma mère de lui faire un habit… le jaune serait du plus bel effet !

  Un soir, Louis nous invita à souper. On entendait chanter les couvercles des casseroles sur la gazinière.

« Ah ! Vous allez vous régaler s’exclama le chef cuistot, la mine réjouie. Je vous ai préparé… des tripes ! »

 Je me sentis alors défaillir. Ma mine horrifiée ne trompa pas Louis qui comprit tout de suite la disgrâce jetée sur son plat par la gamine !

  Bon enfant, comme de coutume, il me consola rapidement :

 « Ce n’est pas grave si elle n’aime pas ça ! Elle va manger du chewing-goum » !

Liliane Lemaître

A partir de 1959     :    Bar-Confiserie repris par Mme Simon

Ensuite,  M. et Mme Hellequin : Tapissier, Réfection de matelas

La Croix Rouge

Ce lieu-dit est situé au croisement de la route départementale reliant les grèves d’Hillion au Vieux-Bourg et de la voie communale reliant Erquy à St Aaron. Après avoir traversé La Couture, il faut prendre la direction Le Vieux Bourg. En 1910, on pouvait voir, à partir du lieu-dit Point du jour  et de chaque côté, des prairies humides, des landes recouvertes d’ajoncs et de genêts, jusqu’à la ferme des Landes, qui ne porte donc pas ce nom par hasard.

Auparavant, le carrefour reliant la route d’Erquy à St Aaron est appelé La Croix Rouge.  En 1910, il n’y a aucune habitation. A gauche, derrière des chênes certainement déjà centenaires, on aperçoit des toits de tuiles rouges : c’est la ferme du Pusset, propriété de la famille Pasturel .

C’est en 1910 que mon grand-père, Jean-Baptiste Le Mounier, né en 1866 et marié à Jeanne Marie Michel, achète à la famille Pasturel une première parcelle de terre afin d’y faire construire leur habitation. Celle-ci fut achevée en 1912, et ils y emménagèrent cette même année. Mon grand-père avait, comme beaucoup de jeunes de nos villages, commencé sa carrière de marin à Terre-Neuve dès l’âge de 14 ans. Il s’était ensuite engagé dans la marine nationale vers l’âge de 17 ans. Mes grands-parents se sont mariés en 1897 et ont vécu à Toulon quelques années, avant de rejoindre la commune de la Bouillie. Il fit valoir ses droits à la retraite en février 1912 mais fut mobilisé le 16 août 1914 jusqu’en janvier 1917.

Cette maison a été construite sur deux niveaux, en grès d’Erquy pour les lintaux, et avec un mélange de moellons de grès et de granit local pour la maçonnerie des murs. Un cellier avec un appenti  terminaiet cette construction. Les montants de la porte du cellier ainsi que la voûte ont été réalisés avec des pierres de granit beige. Ces pierres provenaient de la démolition de la première église d’Hénanbihen.

Pendant la première guerre mondiale, ma grand-mère Jeanne-Marie créa un petit commerce : épicerie et débit de boisson. A cette époque, la voie communale n°7 reliant St Aaron à Erquy était très fréquentée par la population rurale et les cultivateurs qui allaient livrer leur production de pommes de terre et autres produits au port d’Erquy. Ces marchandises étaient expédiées par bateau vers d’autres destinations ou commercialisées sur place au marché ou chez les commerçants. A leur retour d’Erquy, les charrettes des paysans étaient chargées, soit de goémon qui servait d’engrais, soit de déchets de pierre de grès rose destinés à renforcer chemins et cours de ferme. Donc, il n’était pas rare que les charretiers stoppent leur attelage afin de se désaltérer d’une ou deux bolées de cidre. A l’époque c’était le « Café du p’tit chalet » et ma grand-mère était surnommée  la Frisée  !  Elle vendait même des cirés aux marins qui partaient pour la pêche à la morue.

     C’est après son apprentissage de maréchal ferrant, forgeron, mécanicien, tourneur que mon oncle Emile, leur fils, né en 1902, construisit à La Croix Rouge, sa propre forge en 1924. Ce bâtiment, toujours visible, se distingue des autres parties de la maison par son toit en tuiles rouges. Un peu plus tard, il édifia sa propre maison sur la gauche, tout près de cette forge en direction de La Couture.

 Face à l’actuel Garage AD Pro, on peut découvrir des blokhaus construits vers 1943. A cette époque, un casernement d’une centaine de soldats allemands était installé dans le bois des petites Landes. Ces soldats devaient assurer la défense de la baie de St Brieuc en cas de débarquement. Une ligne de chemin de fer avec des wagonnets sans doute tirés par des chevaux, avait été construite à partir de Saint-Pabu afin d’approvisionner le chantier en matériaux. C’est au croisement de cette voie de chemin de fer et de la Route départementale qu’un checkpoint avait été positionné afin de contrôler le passage. Une anecdote : ce fut dans la forge de mon oncle Emile, qui avait été en partie réquisitionnée pour des travaux de maintenance de l’occupant, qu’au printemps 1943, lors de son inspection du mur de l’Atlantique, le Maréchal Romel rencontra le Maréchal Ferrant Le Mounier !

En 1952, mes parents ont fait appel à l’entreprise locale pour une extension réalisée cette fois en grès de Fréhel. On distingue parfaitement la différence de couleur des matériaux utilisés, le grès de Fréhel étant rose plus foncé que celui d’Erquy.

La forge de mon oncle Emile.
Mon oncle Emile vers 1943 et mon cousin ….Emile !!

     Après avoir appris son métier de charron-charpentier chez M. Lucas à La Couture puis chez M. Thoreux à Fréhel, mon père, Jean Le Mounier, fit construire son propre atelier en 1928. Celui-ci fut complété en 1929 par l’installation d’une scie à grumes ! Il travaillait essentiellement pour le monde agricole à la construction de charrettes et plus tard de remorques avec des pneumatiques.

Remorque construite par Jean-Baptiste Le Mounier vers 1954

Les frères Emile et Jean Le Mounier créèrent chacun leur entreprise de battage au cours des années 30. Plus tard, dans les années 50, mon oncle développa l’activité sur tous les travaux agricoles. Quant à mon père Jean, il entreprit l’activité de défrichage des landes et des friches, nombreuses à cette époque. Ce fut vers 1963 qu’il ajouta l’activité de terrassement et intervint sur les différents chantiers de construction. A cette époque, nombreuses étaient les entreprises artisanales.

Le trafic routier devenant de plus en plus important sur la RD 34, le tracé de la voie fut modifié et la route élargie en 1967- 1968.

  Ainsi est né le lieu-dit La Croix Rouge. Plusieurs constructions, maisons et ateliers ont été édifiés par la suite, à la fin des années 70, tout au long de cet axe très fréquenté et ont remplacé les landes d’ajoncs et de genêts.

Michel Le Mounier ( collaboration avec Jean et Annick ses frère et sœur, ainsi qu’Emile son cousin).

AU 24 RUE CLÉMENCEAU

Actuellement : Maison d’habitation

Des années 30 à 1955  :    LES MERVEILLEUSES, Pâtisserie – Salon de Thé

Tenu par Marie Douriez et Doudou (qui s’installeront en 1955 au 9 rue Clémenceau), dont les spécialités étaient les Merveilleuses (choux garnis de praline et enrobés de chocolat) et les esquimaux fourrés à la crème chantilly glacée.

Doudou, Marie Douriez et Mme Bago
Mme Douriez
M. Douriez

La saison chez Doudou et Marie était très dure et fatigante mais aussi très agréable pour les jeunes saisonniers. La nourriture était de qualité pour le personnel. Une belle ambiance et beaucoup de parties de rigolade. Les serveuses étaient souvent chahutées par les pâtissiers.

Les élèves du CEG (collège THALASSA aujourd’hui) étaient des clients assidus. En fin de journée Marie faisait des prix avantageux sur les gâteaux. Souvent elle offrait une friandise à des enfants sans argent. Doudou avait une Juva 4 : comme il n’était pas très grand, la voiture donnait l’impression de rouler sans chauffeur.

Ils avaient créé une annexe aux Sables-d’Or dans le même style breton que leur salon de thé. Cet établissement existe toujours et n’a pas changé.

De 1955 aux années 2000 se sont succédé :

CHAUSSURES TREVILLY

Marcel Trévilly fabriquait des sabots de bois et ce qui était plus rare, des chaussures sur mesure. Pendant qu’Yvette tenait le magasin, Marcel sillonnait les marchés des alentours.

CREPERIE AURILLARD : AU BON VIEUX TEMPS

KEBAB TURCO-GREC

AU 28 RUE CLEMENCEAU

Actuellement: Magasin de souvenirs Lou Bohème

Depuis les années 50 jusqu’aux années 90 : Charcuterie Brajeul : charcuterie, comestibles, rôtisserie

M. & Mme Brajeul ont eu deux fils, Patrick et Yvon. Pour les fêtes de fin d’année, M. Brajeul décorait sa vitrine avec de belles sculptures en saindoux. La réalisation du viaduc du Bois Cavé était magnifique.

La charcuterie Brajeul avait une succursale aux Hôpitaux, à gauche au haut de la côte, photo ci-dessous.

Des années 1990 à 1992        CHARCUTERIE CARRE

L’une de leurs spécialités : le lard grillé croustillant. Une bonne ambiance régnait dans le magasin.

Joël Termet, Gérard Carré, Jacqueline Sévénnec, Marc Oisel, (boulanger rue Foch), Christine Carré.

Joël Termet, Gérard Carré, Jacqueline Sévénnec, Marc Oisel, (boulanger rue Foch), Christine Carré.

Christine et Gérard ont un fils, Emeric

Des années 92 à 94        CHARCUTERIE GILLES TROCME

De 1994 à 2015   :       CHARCUTERIE BODIN, traiteur.

Grâce à ses buffets, elle a accompagné beaucoup de familles dans l’organisation d’événements festifs.

En 2020: Ouverture de Lou Bohème.

Le Professeur Lucien Daniel (1848-1940)

        Une petite chapelle néo-gothique, située à l’angle sud-ouest du cimetière d’Erquy, abrite les restes du Professeur Lucien Daniel. Mayennais par ses origines, Rennais par sa profession, il était depuis plus de quarante ans devenu Réginéen de coeur.

        Issu d’une famille d’agriculteurs de la Dorée, en Mayenne, Lucien Daniel suit une longue et sinueuse carrière d’instituteur, de répétiteur, de professeur de sciences physiques, en même temps qu’il gravit les échelons universitaires jusqu’au doctorat ès-sciences naturelles. Il occupera pour finir la chaire de Botanique appliquée à la Faculté des Sciences de Rennes. Les travaux qu’il poursuit parallèlement sur la greffe de la vigne et les différents procédés pour la mettre en oeuvre sans dénaturer le vin, le placent au centre d’une ardente polémique lors de la grave crise viticole du début du 20ème siècle.

        S’il mène l’essentiel de ses expériences dans les jardins de la Faculté, il en conduit aussi à Erquy, où il passe les beaux jours dans sa villa Les Tamaris, située au Rond-Point (actuel carrefour des rues Foch et de Gaulle).

        Dans le Pré à Lucas [1], qui s’étend alors sous ses fenêtres, il se livre, avec plus ou moins de bonheur, à de multiples expériences, dont il tirera un recueil intitulé La Flore d’Erquy (1912).  Mais l’une des nécrologies [2] qui lui sont consacrées rapporte, non sans une certaine cruauté, l’expérience ratée par laquelle, en transportant des plants d’asphodèles de Rennes à Erquy, il prétendait montrer l’influence du climat marin sur l’évolution d’une plante; mais la hâte et un certain défaut de rigueur dans l’expérimentation l’avaient conduit à des conclusions erronées qui sont aussitôt vivement contestées par la communauté scientifique.

         Il s’attache aussi à acclimater des plants de vigne (de l’espèce Baco) sur certaines pièces de terre d’Erquy, à la Brèche des Rues [3]  et à la Ville-Bourse. François Ruellan, dans son ouvrage, Erquy, se rappelle non seulement avoir vu ces vignes, mais avoir goûté l’excellent vin qu’en avait tiré M. Guinard. Et le peintre Lucien Callé (1909-1988), familier d’Erquy, a gardé, le souvenir de la vigne de la Ville-Bourse dans une huile de jolie facture.

          Nul doute, donc, que le professeur Daniel se serait réjoui de lire le très récent article d’Ouest-France [4]consacré à la filière viticole bretonne dont, voici un siècle, Erquy hébergeait les premiers balbutiements !…

Le Professeur Daniel devant Les Tamaris

Christian Frémont & Bernard Besnier


[1] Le Pré Lucas se trouvait là où se sont par la suite élevés le cinéma L’Eden et le Garage Clérivet, remplacés depuis par la Villa Marine.

[2] Dans le Journal d’Agriculture et de Botanique appliquée, 1941.

[3] C’est dans ce secteur d’Erquy sur les coteaux de Tu-ès-Roc que fut baptisée une « rue du Professeur Daniel ».

[4] 0uest-France, 20-21 novembre 2021.

29 rue Clémenceau

Actuellement : Pharmacie Villa Pasteur Erquy

De 1900 à 1950 Pharmacie Pasturel

Photo de 1934;
avant cette date, la pharmacie e était rue des Patriotes, n° 2

D’après Jean-François Pasturel à Erquy, le 11 juin 2018 : La famille PASTUREL, un ancrage très ancien à Erquy :

Selon la monographie de la généalogie de la famille Pasturel établie par mon beau-frère, M. Patrick Violle (« Une histoire de familles »), la présence du nom Pasturel à Erquy remonte au 17ème siècle. L’histoire familiale a sans doute commencé le 21 mai 1632 lorsque naquit à Erquy Jan Pasturel, fils de Jan Pasturel et de Jacqueline Denis. Les archives attestent d’un Jean Pasturel (1659-1720), capitaine de paroisse à Erquy, d’un Jean Pasturel (1700-1795), maître de barque à Erquy, d’un Mathurin Jean Charles Pasturel (1749-1826), négociant-armateur à Erquy.

Mon grand-père, Joseph Pasturel (1880-1948), qui fut pharmacien à Erquy, est le fils de Joseph Marie Mathurin Pasturel et de Léonie Angélina Marie Gaspaillart, fille de Jean-François Gaspaillart, notaire à Hénanbihen. Joseph Pasturel épousa une parisienne, Georgette Messager (1884-1969). Ils eurent trois fils : Henri, Jacques (mon père) et Georges.

On trouve le nom de Pasturel sur un vitrail de l’Eglise d’Erquy (« Famille Pasturel ») ainsi qu’incrusté dans la pierre au-dessus d’une petite porte latérale de l’Eglise accessible par la ruelle à gauche du parvis de l’entrée. Le 23 novembre 1908, fut créé le syndicat d’initiative d’Erquy-les-Bains. Parmi les cinquante-trois premiers adhérents figure mon grand-père.

La pharmacie Pasturel à Erquy ouvrit au début du 20ème siècle. La toute première officine se trouvait rue des Patriotes dans la petite maison attenante à la villa Nazado. La large fenêtre (ancienne vitrine !) de cette maisonnette donne sur l’entrée du collège. Dans les années 1930, Joseph Pasturel déménagea son officine dans la maison appelée villa Pasteur qui abrite toujours la pharmacie, 29 rue Clémenceau, mais continua d’habiter la villa Nazado.

Mon père, Jacques Pasturel, se souvenait du caractère très artisanal du métier de pharmacien dans les années 1930. Sur un large fourneau on pouvait installer un alambic, des bassines et des bains-marie de tailles diverses ; lixiviateurs, ballons de verre, éprouvettes sur une longue table carrelée dont les placards recelaient des mortiers et des tamis. Le pharmacien à l’époque avait une activité manuelle importante. Les substances médicales sèches étaient renfermées dans des tiroirs, s’ajustant les uns au-dessous des autres dans une boiserie qui faisait le tour de la partie du local non réservé au public. L’étage supérieur de cette boiserie était destiné aux potiches et autres vases en porcelaine ou en verre, dans lesquels étaient renfermés les conserves, les électuaires, ainsi que les poudres pharmaceutiques.

Les renseignements collectés sur l’exercice de la pharmacie à l’époque confirment ce que me disait mon père sur la pratique professionnelle de son père : un livre d’ingrédients (liste) et de recettes médicinales (savoir-faire) constituait le référentiel du pharmacien. Beaucoup de médicaments faisaient l’objet d’une préparation officinale. Le pharmacien disposait d’une certaine marge de créativité pour les fameux « remèdes ». Des études ont montré qu’en dehors des alcaloïdes et des antiseptiques, il existait un nombre réduit de produits efficaces, reflet de la persistance de l’impuissance thérapeutique (jusqu’aux années 1930). A noter que Joseph Pasturel, pharmacien, n’a jamais exercé sous le régime de la sécurité sociale créée après 1945.

La réclame (comme on disait à l’époque) jointe à cet article met en valeur les compétences de chimiste de Joseph Pasturel, ce qui atteste du savoir-faire artisanal lié à l’exercice du métier de pharmacien.

De 1951 à 1962 : PHARMACIE PERRITAZ

M. Perritaz avait installé dans le sous-sol un laboratoire pour la sous-traitance de la fabrication de la ‘TONITRINE’ (à base de quinine) à diluer dans un litre de vin, fortifiant pour petits et grands.

Extrait de OUEST-ECLAIR du 20 juin 1924 : un flacon de Tonitrine , apéritive, digestive, tonique et reconstituante que vous mélangez avec un litre de vin naturel, blanc, rouge ou vin de liqueur malaga, muscat, banyuls, grenache de bonne qualité et vous obtenez instantanément ,au prix le plus réduit , un litre de vin reconstituant.

Nous pouvions également acheter des petites bouteilles de ‘NOIROT’ (noires avec étiquette jaune)

Extrait de plantes de différents gouts, rappelant le martini, le cinzano, etc… aussi à diluer dans du vin.

De 1962 à 19xx : PHARMACIE CUTE

De 19xx à 19xx : PHARMACIE MODERNE J COQUELIN

Dans les années 1972 : PHARMACE LEHAGRE

(Sur journal Erquy 1972)

De 19xx à 19xx : PHARMACIE JAMET

De 19xx à 2021 : PHARMACIE DE GALLON

27 rue Clémenceau

Actuellement : Collège THALASSA

Depuis les années 30 se sont succédé (photo ci-dessous) :

  • La boutique (papeterie) de Mme Jagueu née Blouin.
Les jumelles Jagueux sont accompagnées de leur mère.
  • PARISIANA : Fournitures scolaires – bijoux fantaisies, magasin tenu par la famille Verdier-du Fretay,
  • puis Maison de l’Enfance

L’ensemble de ces bâtiments comprenait plusieurs activités mais ils appartenaient tous à la famille du Fretay (photo ci-dessous) : la papeterie Jagueu était située à la place de la Maison de l’Enfance.

Jusqu’en 1950 : LA BOULE D’OR, magasin de tissus tenu par la famille Lucas et situé sur la droite de la maison du Fretay, (photo ci-dessus).  Marie se souvient des filles Réjane et Yvette qui allaient en même temps qu’elle à l’école Notre-Dame.

la Maison de l’Enfance, le Monument aux Morts avant l’ouverture de la rue du 19 Mars 1944.

On aperçoit le CEG ouvert le 1er octobre 1950 rebaptisé aujourd’hui collège Thalassa.

A la place de la maison du Fretay, on trouve actuellement les bureaux et logements du collège.