Les Bâtiments du Stade

Les Bâtiments du Stade

Dès le début de la deuxième guerre mondiale les allemands réquisitionnent le stade de foot, ils édifieront deux bâtiments de trente mètres de long (chacun) en briques, enduits au ciment et couverts en fibro-ciment. A l’intérieur, au sol, du parquet, les murs et les plafonds étaient recouverts de lambris. Ces baraquements étaient destinés à héberger des ouvriers (volontaires ou pas) venus du nord de la France, afin de participer à la construction des blockhaus (surtout au niveau du ferraillage de ces derniers.)

Quand l’occupant libère ces locaux, la résistance forme ses hommes pour aller combattre sur le front de Lorient .

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Laissés libres à la fin du conflit, ces deux baraquements seront mis en vente par adjudication par les domaines. Le 2 décembre 1946, la municipalité se porte acquéreur de cet ensemble, afin de créer le groupe scolaire primaire des garçons.

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Le bâtiment Est : Sera réservé dans sa plus grande partie à l’école primaire des garçons ; CP en 1, CE en 2, CM en 3 et, une petite partie, au milieu, sera réservée aux vestiaires du club de foot U.S.E. en 4, ainsi que dans le hall à l’extrémité comme vestiaires des arbitres, également occupé quelques fois par le Dr Dayot Paul, Mme Leménère et Melle Virot, pour des séances de vaccinations obligatoires pour tous les enfants en 5.

Le bâtiment Ouest : Une grande salle avec une estrade en 10, en travers du fond était à la disposition des écoles pour leurs animations, mais également pour les répétitions du groupe folklorique d’Erquy, très important à cette période en 6, également vestiaires des visiteurs en 6. Dans l’extrémité ouest, la cuisine de la cantine était installée (cuisinières Mme Lucas et Mme Rouinvy) en 7, le réfectoire des garçons occupait une partie de la grande salle en 6.

Les toilettes extérieurs étaient à l’entrée côté rue du parc des sports en 9, pour l’eau, un seul robinet d’eau froide à l’extérieur, sans eau en périodes de gel, qui étaient longues et nombreuses à l’époque, en 8.

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Dans les années 1962, les bâtiments seront détruits par le feu au cours d’une manœuvre par les sapeurs pompiers car les boiseries intérieures étaient infectées de termites et devaient êtres brûlées afin d’empêcher la prolifération de ses dernières.

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Les sapeurs pompiers au cours de la destruction par le feu des bâtiments

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1965 : construction des tribunes par l’entreprise Bravin frères.

 

Contributeurs : Ernest Brouard & Christian Frémont

 

Erquy, station balnéaire bretonne

Les pratiques balnéaires ont plus de deux siècles en Bretagne.

Dans les années 1820 – 1830, une société mondaine pratique une thérapeutique de l’eau, eau de source au départ puis eau de mer. Certaines communes du littoral combinent même sources minérales et bains de mer : la région malouine et Pornic en sont des exemples. La plage de Pornic est d’abord fréquentée pour son eau douce. L’historien Léon Maître précise que « les premiers baigneurs furent des buveurs d’eau simplement et non des amateurs de natation ou des partisans de l’eau froide ». Il ajoute : « L’habitude des bains de mer ne s’est pas répandue tout à coup dans les mœurs, elle s’est produite par contact et par entraînement comme beaucoup de coutumes ». Ce n’est donc pas la pratique de la baignade qui crée la station balnéaire (certains autochtones se baignent déjà) mais les demandeurs, généralement peu nombreux et issus de classes aisées, voire aristocratiques qui forment des noyaux balnéaires. Des stations comme Saint-Malo, Dinard ou Le Croisic furent développées par les anglais dans les années 1850. L’Angleterre connaît déjà les bains de mer avec les fameuses Bath et Brighton…

Certaines des « stations de la deuxième génération » sont fondées par des personnalités réputées comme l’ingénieur Cotard au Val-André, Alix à Saint-Cast, Brouard à Sables-d’Or-les-Pins. D’autres stations comme Erquy ne sont pas créées par des leaders mais suivent les mêmes principes.

               L’attrait du port breton

Très prisé pour les activités de la pêche, le pittoresque des bateaux et des gens de mer, c’est par excellence, le lieu de la flânerie et du spectacle.

Un port est un séjour charmant pour une âme fatiguée des luttes de la vie. L’ampleur du ciel, l’architecture mobile des nuages, les colorations changeantes de la mer, le scintillement des phares, sont un prisme merveilleusement propre à amuser les yeux sans jamais les lasser. Les formes élancées des navires […] servent à entretenir dans l’âme le goût du rythme et de la beauté.

Ecrivait Baudelaire dans ses « petits poèmes en prose » et Victor Hugo en 1836 affirme sa préférence pour les petits ports : Il déteste toutes ces maçonneries dont on caparaçonne la mer […] Plus le port est petit, plus la mer est grande.

Peu à peu, la plaisance s’installe progressivement dans le port et les plus petits vont être recyclés en port de plaisance dont la popularité s’accroît après les années 1950.

Il est non seulement un pôle touristique mais aussi un site instructif propice aux leçons de choses de la mer. Aujourd’hui, on envoie les écoliers en classes de mer comme on les fait séjourner, l’hiver en classes de neige.

              Un retour à la nature et l’illusion de la vie sauvage

Bien souvent, le séjour à la mer se double d’un séjour à la campagne, toute proche. Les enfants, émerveillés découvrent les bêtes de la ferme, le bon lait et les œufs frais…

Lors de son séjour en Bretagne en 1894, Colette s’enivre du charme de la vie sauvage : « Pour la première fois de ma vie, je goûtais, je touchais le sel, le sable, l’algue, le lit odorant et mouillé de la mer qui se retire, le poisson ruisselant. » Lorsqu’elle séjourne un peu plus tard dans sa propriété de Rozven, à Saint-Coulomb, sur la côte cancalaise, elle retrouve cette vie paradisiaque où l’on « marche sans souliers, tout le temps dans l’eau, dans le sable.» Elle s’enivre du crachin du vent d’ouest, « cette pluie fine vannée par la tempête, la douce pluie marine, un peu salée, qui voyage dans l’air comme une fumée » (Le Blé en Herbe). C’est là qu’elle écrit Le Blé en Herbe (1923) et Claude Autant-Lara tournera l’adaptation cinématographique à Erquy en janvier 1954. Sans doute fut-il ému par la beauté des paysages… On y découvre les cabines et les tentes de plages sur la plage du centre prés de la villa Meryem où séjournent les deux héros Vinca et Phil durant les vacances, l’îlot de la chapelle Saint Michel où ils vont pêcher la crevette et où le jeune homme rencontre « la dame blanche » et la petite crique du Goulet où le jeune homme s’échoue après le naufrage de sa périssoire.

 

             « Un petit trou pas cher et reposant »

Le touriste parisien, de classe moyenne, recherche une plage familiale, accessible, bien fréquentée et surtout sécurisante pour les enfants. Naturellement, le séjour bon marché est un atout majeur.

La station d’Erquy correspond tout à fait à ce profil et compte nombre d’hôtels et surtout de pensions de famille aux tarifs très accessibles. Le séjour chez l’habitant facilite les séjours de longue durée et sont très prisés par ceux que l’on nomme à l’époque « les baigneurs ».

Au début du XXème siècle, les nombreuses pensions de famille (« Chanteclerc », « Brise Marine », « Angélique », « Bellatrix », « Les Falaises », « Emeraude », « Montcalm ») et les petits hôtels (« Beauregard », « La Chaumière », « l’Hôtel de la Plage ») sont recommandés par le syndicat d’initiative pour leurs « prix modérés » et leur « cuisine bourgeoise et soignée ». On offre, la plupart du temps « des arrangements aux familles ». On bénéficie de « l’eau chaude et l’eau froide » et le cidre est inclus dans les tarifs. Du 1er juin au 14 juillet et en septembre, le tarif est de 30 francs par jour et du 14 juillet au 31 août de 35 à 40 francs. La plupart se situent à proximité de la mer, du port et des plages, sources de loisirs appréciables.

Un pensionnaire de la pension Angélique fait ainsi l’éloge de son séjour :

«  Nous sommes bien nourris, cuisine saine et variée, portions suffisantes : Hors d’œuvre, poisson, plats de viande, légumes, salade ou fromage, dessert et cidre compris. » Au sujet de l’habitat, il précise : « Nous avons notre chambre en dehors de la pension car il y a trop de clients. Le pays est charmant, très accidenté, belles promenades au long de la mer, dans la campagne et bois de pins. Hier, beau temps, aujourd’hui, pluie. La plage est grande, celle de Caroual est magnifique. Pêche de crevettes, crabes, lançons ; pêche au port de tous les poissons. Excursions variées. »

De nombreux touristes séjournent chez l’habitant. Les locations estivales sont nombreuses et apportent des profits appréciables aux propriétaires et aux agences. Souvent trop limitées en chambres, les pensions de famille ont recours à des locations chez les particuliers. On prépare attentivement l’arrivée des touristes, les femmes s’adonnent aux soins du ménage et les adolescents eux-mêmes « font leur saison ». Dès l’âge de quatorze ans, les jeunes filles proposent aux familles aisées de garder leurs enfants et les garçons se font livreurs en se chargeant des courses dans les commerces…

Quelques jours avant leur arrivée, on a parfois reçu une malle. Puis c’est l’arrivée par le car de la CAT. Le ou la propriétaire accueille la famille la plupart du temps, dans son propre logis. Il faut dire qu’on a tout prévu : le garage ou une ou deux pièces sont aménagés et servent souvent de refuge aux propriétaires durant la saison estivale.

Le confort est plutôt sommaire dans la maison : rares salles de bains et lavabos dans les chambres. Les WC se trouvent au fond du jardin et chaque matin, les baigneurs, trimbalant leur seau de toilette, descendent l’allée du potager et contemplent avec attendrissement les lapins dans leur clapier, avant de pénétrer dans la petite guérite où l’on a empilé journaux et magazines au près du siège de bois. Un broc rempli d’eau de pluie puisée au lavoir remplace la bruyante chasse des toilettes de luxe…

Comme les jours sont longs et les soirées d’été chaleureuses, tout le monde descend dans la cour. On raconte des histoires, on décrit la vie parisienne ou le travail dans la mine. On plaisante. Durant les grandes marées, on initie le visiteur à la pêche dans les rochers, on excursionne et l’on devient ami. Le temps passe vite, trop vite…

Satisfaits de leur séjour, beaucoup reviennent d’année en année et durant l’hiver, on est parfois accueilli par les parisiens et l’on visite ensemble la capitale. Beaucoup ne la connaissent guère et profitent de la visite des bretons pour la découvrir !

A Tu-ès-Roc, grand père a fait construire un bâtiment neuf dont il a lui-même dessiné les plans. La grande demeure jouxte sa petite maison. Dotée d’une terrasse et d’une vue imprenable sur la mer, elle attend les visiteurs. Pour la meubler, il a écumé toutes les ventes aux enchères du contenu des grandes maisons de familles. Ses baigneurs jouissent d’un mobilier de style et mangent dans une vaisselle de faïence de Gien ou de Quimper… Il prend soin de ses hôtes et pour les inviter au respect du repos du voisin, il leur écrit de jolis poèmes qu’il affiche sur les murs :

« Chut ! Le voisin dort ! Il est si gentil ! » Attention charmante dont je souriais…

Cet ancien militaire, n’écoutant que sa bravoure, n’hésita pas un jour à braver les flammes qui embrasaient les vêtements d’une jeune locataire sortie sur la terrasse en hurlant de terreur. Heureux d’avoir sauvé l’adolescente, il ne prit pas garde à lui et se brûla gravement les mains… Il reçut quelque temps plus tard, la médaille du mérite.

Jolie époque où l’on sympathisait aisément avec l’étranger. La méfiance s’effaçait très vite, la nouveauté pointait son nez et ravissait tout le monde. L’heure du départ était bien souvent teintée de mélancolie… On se reverrait l’année prochaine. Une petite carte au nouvel an et puis les beaux jours amenaient les vacances ! Les vacanciers allaient arriver !

 

Contributrice : Liliane Lemaître

1906 – Erquy dans Le Journal de Pléneuf et ses Environs

(source : Archives Départementales des Côtes d’Armor)

N° 4 – dimanche 28 janvier 1906

Un magasin dévalisé

Dans la nuit de lundi à mardi dernier, le magasin tenu au bourg d’Erquy par Mme Vétier a été cambriolé. Plusieurs pièces d’étoffes ont été volées. La caisse a été fracturée et son contenu enlevé.

Les voleurs ont eu l’audace pour perpétrer ce vol, d’enlever un carreau avec un diamant.

On suit une piste sérieuse qui permettra peut-être de retrouver les voleurs.

N° 7 – dimanche 18 février 1906

Mort d’une pauvre chercheuse de pain

Une pauvre vieille mendiante, paraissant beaucoup souffrir, demandait depuis quelques jours l’hospitalité au village de Langourian ; samedi elle demanda l’aumône à Mme Brouard, aubergiste, qui la voyant couverte de haillons, lui donna des vêtements pour se couvrir ; la malheureuse dévorée par la vermine, ne semblait plus jouir de toutes ses facultés.

Vendredi dernier, Mme Andrieux la fit se coucher dans une petite maison près de la sienne et lui prodigua des soins ; le lendemain elle l’engagea à chercher un gîte meilleur. Après l’avoir soignée de son mieux et réconfortée, Mme Andrieux vit la pauvre mendiante s’éloigner mais à peine avait-elle fait 100 mètres sur la route, qu’elle s’affaissa pour ne plus se relever.

  1. Loncle, adjoint, qui passait au même moment, aida à la transporter chez Mme Andrieux ; on ne put la rappeler à la vie : elle avait succombé, d’après le docteur Dayot qui a visité le cadavre, à une congestion pulmonaire causée par le froid.

Cette mendiante, victime de la misère, aurait déclaré se nommer Angélique Monnieux et être originaire de Janzé.

Un vol audacieux

Des malfaiteurs ont eu l’audace, après avoir brisé un carreau de la fenêtre, de pénétrer en pleine nuit, dans le bureau de M. Renaut, négociant à Erquy.

A deux heures du matin, M. Renaut qui était couché dans un appartement situé au-dessus de ce bureau, ayant entendu du bruit, ouvrit sa fenêtre pour se rendre compte de ce qui se passait. Au même moment, il aperçut deux individus qu’il ne put malheureusement reconnaître, qui prenaient la fuite.

  1. Renaut ayant réveillé ses fils, descendit aussitôt dans son bureau et constata que la fenêtre était grande ouverte. Une somme de 20 francs, laissée sur un meuble, avait disparu.

Le coffre-fort n’avait pas été touché, c’était évidemment l’objectif des voleurs, mais le temps leur avait manqué.

Si on rapproche ce fait du vol récemment commis chez Mme Vetier, il y a tout lieu de croire qu’une bande de malfaiteurs exploitent en ce moment la région.

La gendarmerie a procédé à une enquête et ces recherches seront continuées.

Il y a tout lieu de croire que les voleurs qui ont opéré chez M. Renaut, n’en sont pas à leur coup d’essai.

N° 8 – dimanche 25 février 1906

A propos de bolées

Le sieur Casimir Michel, cultivateur au Gouin, en Erquy, se trouvait attablé dans une auberge dans la soirée de jeudi, lorsqu’il fut rejoint par trois individus qui le mirent en demeure de leur payer des bolées. Michel s’y refusa. A sa sortie de l’auberge, il fut rejoint et maltraité par ces mêmes individus qui le frappèrent à coups de pied et eurent l’audace de lui enlever son couteau de sa poche et de l’en menacer.

N° 10 – dimanche 11 mars 1906

Tentative d’inventaire de l’église

La tentative d’inventaire eut lieu lundi. Le tocsin sonna et la population toute entière accourut.

  1. le percepteur de Pléneuf se présente à 7 heures, avec deux gendarmes. M. le recteur, revêtu de ses ornements sacerdotaux, lut une énergique protestation.

« Montrons à ceux qui nous persécutent, dit-il, que la foi n’est pas morte dans notre pays et qu’à l’occasion nous serions prêt à la défendre contre les sectes impies … Mieux vaut la souffrance et les privations que la trahison. »

Plus de 1.000 personnes étaient présentes.

L’agent du fisc, voyant l’église fermée, se retira ; et un salut solennel fut donné à la population.

Depuis, l’église est fermée et gardée. On attend les crocheteurs. (suite…)

  L’Odyssée de Santa et Rosa.

 

   Certes, il ne s’agit pas de l’odyssée d’Ulysse, qui le mena sur mer avant de rejoindre Ithaque, mais de celle de deux marins, à Erquy, qui, du Cap Fréhel au Verdelet, poursuivirent leur graal, à savoir des bouteilles de vins de marque Santa et Rosa pendant une journée.

   Il ne s’agit pas non plus de la guerre de Troie, mais de celle, commerciale, que se livrèrent des années 1945 aux années 1980 deux grands négociants de « pinzed » du Nord Bretagne : Les Ets Le Fur, basés à Landerneau, qui distribuaient entre autres les vins Santa et Rosa et les Ets Guével-Rio, basés à Pleyber-Christ dont Grappe Fleurie et Dom Grégoire sont les marques les plus connues avec Père Benoit (les Ets Guével-Rio ferment en 1988).

    Issus de vins rouges d’Algérie, souvent coupés avec du Rosé d’Oran, ces « nectars » vont développer des stratégies assez agressives (le marketing d’aujourd’hui). Ainsi, les commerciaux de Guével n’hésitaient pas à poser des bouteilles de leur vin sur les sièges passagers des routiers pendant leur repas. Les Ets Le Fur tentèrent alors une opération commerciale originale en jetant, et le faisant savoir par voie de presse et auprès de leurs revendeurs, des centaines de bouteilles à la mer, sur la côte nord de la Bretagne. Ces bouteilles étaient vides (mais bouchées) et offraient à l’intérieur un bon d’échange contre une bouteille pleine.

     Sans doute, Georges S. et Yannick L, deux copains de Tu es Roc eurent vent de cette opération, ou tout simplement, se sont-ils retrouvés par hasard sur le trajet des lâchers ! Ils suivirent le bateau et à l’aide d’une simple épuisette, ils récupérèrent une grande quantité de ces bouteilles.

       L’affaire s’ébruita mais on loua, dans Erquy, plus leur opportunisme débrouillard que leur vénalité. Cependant, pendant plusieurs mois, ils furent appelés Santa et Rosa dans tous les cafés du port et de la remontée vers Tu es Roc!…

 

Jean-Michel Dauvilliers

Les exploits d’Alcide durant la deuxième guerre mondiale

  ( Mémoires d’Alcide Méheut )

   Réformé de la gendarmerie pour tuberculose, alors qu’il était un fringant brigadier chef, le vaillant militaire n’a jamais pu aller au front (Trop jeune pour 14, trop âgé pour 39-45 !). Il avait pourtant, suivant son expression, « déterré la hache de guerre ! »

      » Tout aurait été pour le mieux sans la présence allemande. Au lieu de remettre mon fusil aux autorités, je m’étais empressé de l’enterrer dans ma cave, ce qui aurait pu me coûter cher si j’avais été dénoncé. En revanche, je déterrai la hache de guerre ! L’ennemi l’avait sans doute deviné car je fus pris pour cible à trois reprises.

    Un jour, au début de l’occupation,  alors que j’étais bien occupé à pêcher le maquereau, à la ligne sur les rochers du Cap d’Erquy, vers la crique de Port Blanc, ce qui était naturellement interdit, j’entendis un sifflement à ras de mon oreille, suivi d’un petit « couic » qui s’étouffa dans une légère gerbe d’écume. Me retournant, j’aperçus alors deux compères, qui m’ajustaient avec leurs fusils. Je me jetai aussitôt à l’abri, derrière un rocher, tandis que les deux soldats me faisaient signe d’approcher.

        Je fis semblant d’obéir, mais arrivé près de l’abri du bateau de sauvetage, je me mis à courir contre l’assise de la falaise du haut de laquelle mes deux lascars étaient  alors incapables de m’apercevoir. Je battis sans doute tous mes records de vitesse car je détalai comme un lapin poursuivi par une meute de chiens. J’étais habitué dès mon plus jeune âge à escalader les falaises ; je retrouvai donc mes vieux réflexes et je me mis à grimper par l’endroit le plus abrupt et le plus dissimulé. Parvenu environ à la moitié de la pente, je me redressai légèrement afin d’examiner la situation, à travers de hautes fougères. Je vis alors mes deux gaillards qui dévalaient quatre à quatre la rampe conduisant à la crique. J’achevai alors mon ascension et je rentrai tranquillement à la maison, heureux du bon tour que je leur avais joué !!

     La deuxième fois que je fus pris pour cible, ce fut au cours de l’été 1942. L’accès aux  plages du nord d’Erquy était interdit à la population par les allemands. C’était avant la construction du Mur de l’Atlantique et le minage de tout le littoral. Il y avait eu, soi disant, un parachutage les jours précédents et ils étaient plus enragés que jamais dans leur surveillance.

Numériser                                              Alcide, retour de pêche, à Lourtouais

      Je connaissais bien le terrain et je me faisais un plaisir de braver leurs interdits. J’étais donc descendu sur la plage de Lourtouais, sans être remarqué et je progressais parmi les rochers pour aller pêcher dans un de mes coins favoris quand je remarquai, rejeté par les flots, les débris du fuselage d’un avion Mosquito, anglais. Il s’agissait sans doute de l’avion qui était tombé en mer et dont le pilote devait être le fameux parachutiste préoccupant l’ennemi. Je me suis donc mis en devoir de détruire les traces de la présence de l’appareil pour éviter les recherches et la capture du pilote. J’ai arraché, roulé et enfoui dans le sable et les galets, toutes les parties entoilées, les fils de commande et tout ce qui pouvait facilement être dissimulé. Il restait un grand morceau de bois léger et percé de grands trous, pour l’alléger le plus possible, sans doute, et quelques morceaux de bois en contre plaqué. Le tout n’était pas bien lourd mais très encombrant. Je me décidai donc à le ramener à la maison

    J’étais bien ennuyé car il me fallait escalader une rampe rocheuse conduisant directement sur le plateau mais pleinement visible du sémaphore, alors occupé par les soldats allemands. Si je n’avais pas été encombré, ils n’auraient pu déceler ma présence mais mon trophée dépassait largement la cime de l’écran formé par les jeunes sapins qui me dissimulaient habituellement. Je n’en avais pas conscience, lorsque le crépitement d’une mitraillette me rappela à la réalité et les balles sifflèrent autour et au dessus de ma tête.  Je me jetai alors  dans le fossé qui longeait le chemin où elles ne purent m’atteindre. Encore une fois, je rentrai chez moi, sain et sauf !!

     Il y eut une troisième et dernière fois. C’était quelque temps avant la débâcle allemande et deux jours avant le combat de La Couture.  (1)

     Chaque soir, j’allais chercher à manger à mes nombreux lapins et je passais à proximité d’un radar et d’un poste de défense anti- aérienne, installé sur un tertre et gardé par cinq  S.S.  Ils me connaissaient pourtant bien et me demandaient fréquemment du feu pour allumer leurs cigarettes. Me voilà donc, comme de coutume, en train de ramasser dans un terrain inculte, mes ajoncs dont la tendre cime devait nourrir mes lapins. A peine étais-je à pied d’œuvre que la grosse mitrailleuse entra en action, faisant tourbillonner autour de moi les branches d’ajoncs fauchées. Je ramassai à la hâte ma récolte et me précipitai dans la coupe de carrière la plus proche où je découvris une voisine qui s’y était réfugiée, complètement affolée. Ceux qui ont connu la Gouriotte (2), n’auront aucun mal à imaginer le chapelet d’injures qu’elle se mit à débiter contre nos agresseurs qui ne pouvaient, hélas, l’entendre !! »

1Combat de La Couture : Combat de la résistance locale au moment de la Libération, au cours du quel périrent huit résistants et plusieurs civils qui furent fusillés par les allemands. Ce combat  prélude à celui du Cap Fréhel qui mit fin le 15 août à l’occupation ennemie dans la région.

2- La Gouriotte : Surnom donné, suivant la coutume locale, à une marchande de poissons nommée Gouriot. Elle était bien connue pour sa forte personnalité et son franc-parler.

 

Contributrice: Liliane Lemaître

 

 

 

 

Du pétrole à Erquy – 25 août 1969

(source Le Marin, journal du 29 août et Jours de France du 27 août)

Triste jour que ce mardi 19 août 1969, le pétrolier « Gironde » de la Compagnie Européenne d’Armement était abordé par le navire israélien « Harbashan ». Par l’importante brèche située à tribord s’écoulait à la mer un filet d’hydrocarbures estimé à 1.500 tonnes. Le lieu de la collision se trouvant à environ 20 milles dans le nord de l’île de Bréhat.

De toute évidence, tout au moins pour ceux qui ont quelques connaissances des choses de la mer, la nappe devrait venir s’échouer sur les côtes bretonnes. En effet, dans cette région les vents dominants sont du secteur ouest et nord ouest et engendrent des courants de surface appréciables.

Le lundi 25 août, à la marée du soir, la plage de Caroual était souillée puis les jours suivants toute la région d’Erquy était touchée.

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Les mesures prises ? Un avion a pu « escorter » la nappe permettant de mieux la situer et dès le cinquième jour, deux unités de la Marine Nationale sont intervenues.

Mais un dragueur et un remorqueur qui déversent de la craie sur une pellicule d’hydrocarbures de dix kilomètres de long sur un de large peuvent-ils avoir des résultats appréciables ?

Il restait à faire appel aux bonne volontés. Lundi, des pêcheurs du port d’Erquy ont appareillé pour verser de la sciure de bois apportée en hâte (chargé sur les chalutiers par les pompiers d’Erquy sous les ordres du Commandant Morel, directeur départemental des services d’incendie et de secours des Côtes-du-Nord et de l’Adjudant C. Lefaucheur, chef de corps du centre de secours d’Erquy).

0-1                                       Chalutier Brin d’amour patron Pierre Le Duc

(suite…)

« Pattes Blanches » – avril 1949

source Hebdo Cinéphile (informations des Cinémas de France)

Un petit port breton, dans la baie de Saint-Brieuc, prête son décor au film : Erquy.

Sur une mise en scène de Jean Grémillon, avec des dialogues de Jean Anouilh, les acteurs qui interprètent les personnages sont :

– Suzy Delair …………   Odette

– Fernand Ledoux ……    Le patron Jack, propriétaire de la plus grande auberge du pays,

– Paul Bernard ……….    M. Julien de Kériadec,

– Arlette Thomas …….    Mimi, la petite servante de l’auberge,

– Sylvie ………………   La mère de Maurice

– Maurice Bouquet …..    Maurice, frère bâtard de Julien

Le scénario du film est le suivant :

Le mareyeur Jack Le Guen est lentement devenu le maître du pays : c’est au prix qu’il fixe que les pêcheurs lui vendent leur poisson, et c’est encore dans son auberge qu’ils dépensent l’argent qu’il vient de leur donner. Il est ainsi curieusement le véritable successeur des seigneurs dont le dernier descendant légitime Julien de Kériadec, ruiné mais obstiné, vit seul dans son château, sur la lande.

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Avec le phare au second plan

Les gamins du pays ne s’y trompent pas, c’est bien Kériadec qu’ils poursuivent à coups de pierre, et qu’ils ont surnommé « Pattes Blanches », à cause des guêtres qu’il ne quitte jamais, et qui sont, pour lui, la dernière façon de tenir son rang.

Maurice n’est pas sensible à ce ridicule, et pas davantage aux sentiments qui empêchent son frère de vendre pour vivre les inestimables trésors qui emplissent encore le château ; la haine la plus violente, le plus cruel désir de vengeance l’occupent beaucoup. Et si Mimi, la petite servante bossue de l’auberge de Jack n’avait pour Kériadec l’amour tenace et secret qu’elle essaye de dissimuler, c’est dans l’hostilité la plus complète qu’il devrait vivre.

L’arrivée d’Odette, jeune femme que Jack ramène un jour de Saint-Brieuc, va brutalement cristalliser les possibilités tragiques, exaspérer les contradictions que chaque personnage portait en lui, avec lesquelles il vivait, et dont il pensait s’accommoder.

De tout le jour, Odette n’a rien à faire, et l’odeur du poisson qui n’abandonne jamais le mareyeur lui rappelle assez cruellement que la facilité de sa vie n’est pas d’une parfaite gratuité.

Curiosité, ennui, flatterie secrète, aucun de ces sentiments seul, mais bien tous à la fois, expliquent qu’elle ait pu devenir la maîtresse de Kériadec.

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Maurice, sur le quai

C’est Maurice pourtant, avec sa méchanceté et sa maîtrise de soi, qui inspirera à Odette cette passion violente, sans aucune commune mesure avec ce qu’elle a jusqu’à maintenant appelé l’amour.

Elle acceptera même de devenir, entre les mains de Maurice, l’instrument de la revanche sur Kériadec qu’il cherche depuis sa plus petite enfance et qu’il n’a encore jamais su comment exercer.

Pour conserver Odette, Kériadec vendra les meubles, les souvenirs, les richesses accumulées par sa famille, et le jour du mariage d’Odette et de Jack, sous l’œil sarcastique de Maurice qui pense tirer les ficelles de ces marionnettes, riche comme il ne l’a jamais été, il lui proposera de s’enfuir avec lui.

Mais quand Maurice lui montrera les ficelles d’une comédie destiné à le couvrir de ridicule et de honte, une violence contenue, qu’il a toujours maîtrisée à grand’peine, s’empare de lui.

Débarrassé d’un Maurice qu’un coup suffit à abattre, c’est la mariée elle-même qu’il poursuit et étrangle, pendant que continuent les danses de la noce.

Les Kériadec rendaient eux-mêmes leur justice.

Il lui est intolérable que Mimi d’abord, se dénonçant pour lui éviter d’être soupçonné, ou que le suicide de Jack ensuite, qu’on croira coupable, permettent à la justice d’évaluer, avec des mesures qu’il refuse, la responsabilité de ses actes. Il ira donc se livrer, et Mimi, fidèle et impuissante spectatrice d’un drame nécessaire, l’attendra.

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Fernand Ledoux, avec  la Houssaye au second plan

Mme Maino Renault-Dayot se rappelle : Michel Bouquet était hébergé chez Mme Germaine Dayot, modiste, à l’angle de la rue Foch et de la rue de Gaulle. Cette maison a été construite en 1938 par l’entreprise de bâtiment de M. Dayot, elle possédait pour l’époque toutes les commodités, salle d’eau et toilettes à l’étage, et la chambre occupée par l’artiste avait un balcon. Elle garde le souvenir d’un homme très courtois. Suzy Delair logeait à l’Hôtel de la Plage.

Le collège Thalassa

C’est lors d’une séance du conseil municipal le 23 juin 1949 que tout a commencé… Le Docteur VELLY, Adjoint au Maire, pose le principe de la création d’une classe mixte de cours complémentaire à ERQUY. Il précisait : « Cette création permettrait aux parents ne pouvant envoyer leurs enfants dans les lycées et les collèges de leur faire donner néanmoins un certain degré d’instruction ». Et les choses n’allaient pas traîner…

Le 23.10.1949  Après exposé du Docteur VELLY, l’assemblée décide d’inscrire au budget primitif de 1950, une somme de 150 000 F en vue de l’ouverture éventuelle d’un cours complémentaire à ERQUY. Et l’éventualité se transforma en certitude… La décision officielle de la création d’un cours complémentaire à ERQUY est prise le 18 novembre 1950 et pour concrétiser cette décision, le conseil prévoit même la construction de l’école sur l’emplacement de l’ancienne gare à Balino. L’on sait que ce premier plan fut remplacé par l’acquisition de la propriété Du FRETAY en 1952 et le 15 mars 1953, le conseil municipal approuve la construction du groupe scolaire sur ce terrain et confie l’étude de sa construction à M. LEGEAY, architecte aux Sables d’Or.

Mais revenons à cette année 1950 et plus précisément à la rentrée scolaire du 2 octobre…  Un matin exceptionnel après de nombreuses années passées à l’école primaire : une entrée en 6ème, une PREMIERE dans l’histoire d’ERQUY. Les élèves… Pardon, les ETUDIANTS arrivent de toute part, d’écoles publiques et privées, du Centre bourg, bien sûr, mais aussi des villages de Tu Es Roc, des Hôpitaux, de la Couture et aussi de Pléneuf et encore de Plurien, Pléhérel, de La Bouillie… Piétons, cyclistes se saluent en se donnant le tour : « Impasse du Paradis » pour entrer une première fois dans la cour de ce qu’on appelle « le cours complémentaire ».

Autre surprise, c’est le regroupement dans une même classe des filles et des garçons. Mais attention ! Les petites tables de deux places étaient occupées soit par deux filles soit par deux garçons. Pas de mélange « des genres » non plus à la récré. Une cour pour les filles, une cour pour les garçons. C’est seulement le soir sur le chemin du retour que l’on pouvait vraiment se rapprocher… et se laisser conduire par de compréhensibles affinités.

Enfin, il faut souligner que cette création d’un cycle secondaire était une opportunité pour les élèves en préparation du traditionnel certificat d’études. Cette soudaine bifurcation regroupait ainsi des élèves qui avaient entre 11 et 14 ans.

La première classe du cours complémentaire – année scolaire 1950 – 1951

Numériser 2

 De haut en bas et de gauche à droite

  • Louis BALAN, Roger LEMOINE, Jean-Yves CROISSANT, Marc OLÉRON, Jean-Paul NICOL, Pierre HUCHET, Joseph ALLAIN, Aimé ALLAIN, Paul DIVEU, Joseph LUCAS, Francisque DÉGUEN, Joseph DÉGUEN.
  • Solange BLANCHET, Joëlle LE DOLÉDEC, Arlette RAULT, Monique EVEILLARD, Colette BESLAY, Colette CORNILLET, Jeannine L’HOTELLIER, Gilberte TREVILY, Josette POILPRÉ, Jacqueline GOUÉLY, Josiane DAGORNE, Jocelyne PELAN.
  • Emile LEMONNIER, Jean CORNILLET, Bernard HAMON, Françoise BRIEND, Yvette LEJART, Anne Yvonne HERVÉ, Annick YVON, Elise GUÉGUEN, Bertrand GUYOMARD, Gérard HINGANT, Michel LÉPINE.
  • Jean-Claude BROUARD, Gérard ROUMIEUX.

Debout, le directeur et notre professeur : Jacques LE MAGOUROUX.

(suite…)

Pension de Famille « BRISE MARINE »

L’établissement se situait au 4 rue Clémenceau. Les propriétaires étaient  la famille Renaut – Brouard.

Brise-1 (2)

Nous trouvons dans la publication des adhérents à l’ «ESSI» (Syndicat d’Initiative) de 1934 :

Pension à 50 mètres de la plage du centre, téléphone : 74, dispose de l’eau courante

Prix de la pension du 1er juin au 14 juillet et en septembre 30 francs, cidre compris

15 juillet au 31 août 35 à 40 francs

Cuisine soignée, service par petites tables, jardin ombragé

Prix spéciaux pour familles – Arrangements pour séjours.

 

En 1937, la revue illustrée Bretagne indique dans sa rubrique ‘Répertoire des Hôtels et Restaurants de Bretagne’ une unique adresse pour Erquy-Les-Bains :

Brise-2

A la fermeture de l’établissement, ce dernier sera transformé en appartements dans les étages.

Le rez-de-chaussée a été pendant de nombreuse années le siège de la société ALLEZ, transformé en agence, et aujourd’hui un cabinet médical.

 

Contributeur : Christian Frémont