Vie et souvenirs de Rhoeginéens pendant les saisons d’été

Suite aux congés payés (1936), les parisiens campeurs envahissaient nos côtes sans subsides pour la commune. Le 7 juin 1938, un arrêté de la Mairie d’Erquy interdisait le camping sauvage sur tout le territoire de la commune, exception faite du terrain mis à la disposition des campeurs en bordure du chemin rural de Tu-Es-Roc au bateau de sauvetage (archives départementales des Côtes d’Armor).
Les années suivantes, les hôtels et les pensions de familles se sont développées. Le recensement démontre bien que jusqu’aux années 1960, ceux-ci étaient en pleine expansion. La capacité d’hébergement n’était même pas suffisante, car souvent, les hôteliers louaient des chambres chez l’habitant pour leurs clients.
A cette époque beaucoup de rhoeginéens, en voyant les vacanciers arriver, ont vu le moyen de gagner un peu d’argent en louant leur propre maison pour la saison et, eux habitaient dans leur sous-sol ou garage ou bâtiments annexes. Les sanitaires étaient réduits au minimum : un évier faisait en plus office de lavabo et de douche pour les petits et un baquet avec un arrosoir comme pomme de douche pour les plus grands. Les commodités, c’était la cabane au fond du jardin. Toute la famille dormait dans la même chambre, un rideau séparait le coin parents. Dans la journée, la vie était à l’extérieur, au grand air et tous étaient heureux. !!
Toutes les personnes, en âge de travailler, faisaient la saison (4 mois) en qualité :
– dans les hôtels : de femmes de chambre, de filles de salle, …
Laurence a fait plusieurs saisons de 1962 à 1973 à l’Hôtel BEAUSEJOUR, (créé par Mr & Mme Thomas),
saison_1pension de famille tenue par Mme Thomas. Elle se souvient qu’il y avait beaucoup d’annexes : Villa Thalassa (maison Audrouin, appartenant actuellement à Mme J.P. Allain), Ker-Lu, chez les Demoiselles Gorvel (maison de Mr Pelle), Les Flots (Hôtel-restaurant tenu précédemment par les parents de Mme Thomas, dont la cuisinière était Mme Bagot, actuellement maison de P. Thomas), chez Mr et Mme Thuault, à l’Hôtel de France, au Café de la Poste (chez Mme Bondarine) .
Il fallait en trimballer des baluchons de linge !!!!
C’était dur mais l’ambiance était bonne, les cuisiniers successifs : Mme Bagot, Christian Coudrais, Mr Mahé, Jean-Jacques Thomas, Dédée Toublanc faisaient la cuisine au beurre, spécialité qui faisait la renommée du restaurant
Souvent Mr Erhel (ancien Maire d’Erquy) et son beau-frère venaient en extras donner un coup de main pour ouvrir les huîtres.
Quand il pleuvait et que le ciel était bien noir : Mme Thomas disait « ne vous inquiétez pas c’est seulement un grain et cela va se relever ». C’était devenu une boutade et tout le monde rigolait.
Germaine Termet a fait plusieurs saisons dans les années 1950 – 1955 à l’Hôtel BON ACCUEIL tenu par les parents Mahé et leur fille Solange. Le Capitaine Mahé était agréable avec le personnel. Le travail était dur : levée à 6 heures pour préparer les petits déjeuners, ensuite faire les chambres, servir à table midi et soir, laver à l’office les couverts et les verres, puis faire tout le ménage. La journée se terminait à 23 heures, 7 jours sur 7 pendant les mois de juillet et août. Les mois de juin et septembre étaient plus calmes.
Mr Hingant (qui a donné son nom au stade Lamballais) et son épouse née Mahé Raymonde (qui a tenu ensuite le café LES TRITONS sur le port) venaient déjeuner le dimanche.
Germaine Termet, comme sa mère Marie, ont fait des saisons à l’Hôtel de la PLAGE tenu par Mme Ropers, qui passait l’hiver sur la Côte d’Azur. «Ses récits m’ont fait connaître la Côte sans y aller» dit Germaine !!!!
Laurence a aussi travaillé dans les années 1962 – 1973 à l’Hôtel BON ACCUEILsaison_2
tenu par Geneviève et Alain Berthaux, (enfants de Mr et Mme Thomas) successeurs de Mme Mahé (photographiés devant LES MERVEILLEUSES)

Geneviève et Alain Berthaux

Geneviève et Alain Berthaux

Il y avait peu de chambres mais un restaurant important.

L’ouverture se faisait le jour de la communion solennelle. Certaines familles aisées y faisaient leur repas de famille. Le personnel avait été embauché une semaine avant pour saison_4faire un grand nettoyage avant la mise en route. A cette époque, beaucoup de pensionnaires étaient Anglais ou Hollandais. C’est pourquoi Geneviève recrutait des étudiantes parlant anglais pour le service en salle.
Les employés de Mr et Mme Berthaux (Alain & Geneviève Berthaux, Mme Carfantan (mère de Lucien) Mme Olivier et son fils, deux jeunes filles de la commune de Saint-Germain.saison_5
Jeannette se souvient d’avoir fait la saison en 1946 à L’Hôtel-Restaurant L’ABRI DES FLOTS tenu par Mme Kremer. A marée haute, l’eau arrivait dans le resto, les clients paniquaient, ils voulaient s’en aller !!
Autre rumeur :, il paraît que les restaurants et les riverains du bord de mer jetaient l’eau de vaisselle et autres détritus directement dans le port, quelques personnes ont ainsi pu se faire une ménagère avec les couverts récupérés dans la vase !
– dans les commerces : des vendeurs, des manutentionnaires, …
Les pâtisseries Camard anciennement Kuntz et LES MERVEILLEUSES (rue Clémenceau et ensuite à l’angle de la rue Clémenceau et de la rue Foch) ont employé de nombreux jeunes gens.
LES MERVEILLEUSES, stores jaunes à l’angle (anciennement Hôtel de France, actuellement Agence Vétier).saison_6
Chez DOUDOU, et MARIE

Doudou

Doudou

Marie

Marie

Jeanine Lemaître et Yvonne Saez ont initié « Joëlle, Marguerite, Jeanine Ch. et sa soeur Claudine, Marie-Hélène » à faire des paquets de gâteaux en forme de pyramide..Certains noms de pâtisseries ont disparus « lampions, langues de femmes, conversations, allumettes. » Qui se souvient de la spécialité : « les merveilleuses » (pâte à choux enrobée de paillettes de chocolat, fourrée de crème au beurre pralinée parfumée avec un cocktail d’alcool à la composition tenue secrète), des esquimaux à la crème chantilly glacée et du « bidule » (grande plaque de chocolat aux noisettes à casser à l’aide d’un petit marteau) et voici la recette de la mousse au chocolat :saison_9
Une anecdote de Jeanine CH. : « quelques jours avant Noël, les commandes de glace (les boules de Neige) étaient prêtes. Le soir, Jeanine CH. repasse son tablier en débranchant pour quelques minutes le congélateur mais elle oublie de le rebrancher !!!!
Le lendemain matin, toutes les commandes étaient à refaire !!!! Imaginez la tension dans la boutique !! DOUDOU n’était pas doux.
Il y a eu des saisonniers célèbres, : :Edmond Hervé, futur Maire de Rennes : il occupait la fonction de barman et était très pointilleux sur la propreté : les verres devaient être impeccables !!
DOUDOU et Marie étaient très conviviaux. Toutes les occasions étaient bonnes pour rigoler. Ils avaient organisé une fête mémorable pour les 20 ans de Joëlle !!
A partir de 14 ans tous les ados étaient employés en qualité de saisonnier dans les divers commerces, il y avait du travail pour tous, et à la fin de la saison, ils s’achetaient un vélo ou une mobylette, les jeux électroniques n’existaient pas.saison_10
– dans les maisons de famille en bordure de mer : de femme de ménage, de cuisinières, …
Beaucoup de femmes commençaient.la saison (4 mois) bien avant, elles étaient souvent employées par les agences, il fallait préparer les villas qui avaient été fermées tout l’hiver :
– nettoyage en grand (vaisselle, vitres, literie au soleil). Les mois de saison, elles travaillaient dans les familles pour faire les courses, les repas, le ménage.
Les baigneurs venaient pour la durée de leurs congés (trois semaines) : les femmes et les enfants restaient toute la saison, principalement ceux qui avaient une maison de famille.
Souvent en partant, ils relouaient pour l’ année suivante. La sympathie s’installait entre les vacanciers et les gens d’ici.
Pendant l’été , les connaissances se faisaient lors des distractions en commun (cinéma, dancing (à l’Eden, rue Foch). Certaines se sont terminées par un mariage.
Au magasin « Au Progrès », place de l’église. Les baigneurs pouvaient louer leurs caleçons de bain.
saison_11Pendant que les parents travaillaient pour la saison, les enfants et les ados étaient sous la surveillance très « permissive » des anciens. Les journées s’écoulaient à compter les voitures par couleur, à garder les vaches avec les copains, à gléner (glaner) les épis de blé restant dans les champs après la récolte (le glésu – chaume – écorchait les chevilles). Obligation était faite d’érusser (faire glisser les feuilles le long de la tige) une pouchée de feuilles d’eurmes (ormes) pour la patée du cochon !!! Ceux qui habitaient près de la mer ramassaient du teney, (sorte de petit goémon) bon aussi pour les cochons (beaucoup de familles élevaient leur cochon) et aussi ramasser les laitrons (herbe à cinq côtes) dont les lapins étaient friands !!!
Heureusement que trois ou quatre fois pendant l’été, les parents permettaient d’aller à la mer à marée basse. C’était l’occasion d’enfiler les maillots de bains tricotés en laine par nos mères ou grand-mères (laine de nos brebis filée très artisanalement). Certains « débordaient » de leur maillot, d’autres s’évertuaient à retrousser un petit bout de jambe qu’une grand-mère avait cru bien de faire.
Certains allaient sur la plage du bourg dans la petite mare (Renault) à gauche. Elle existe toujours et a vu s’y « tremper » beaucoup de générations d’enfants. D’autres aimaient aller à la Roche du Marais, là ou l’Islet rejoint la mer. Il y avait des mares et un cours d’eau : c’était très ennuyeux quand ceux de Plurien avaient envahi le rocher !!! C’était de courte durée et au bout d’un moment, tout le monde pataugeait, faisait des barrages, s’amusait bien.
A la sortie de l’eau, le fond des maillots en laine arrivait aux genoux et chez les filles il n’y avait que la bretelle qui cachait la poitrine naissante et tous se tortillaient, tellement la laine rugueuse et humide grattait. Une grand-mère astucieuse pour éviter les démangeaisons à ses jumelles avait fait des brides au bas, à l’arrière d’un maillot de corps en coton, et à l’avant avait cousu des boutons. Le confort y était mais pas forcément l’esthétique !!!
Anecdote de Jeanette qui n’avait pas de maillot : «elle a pris un pull, elle a coupé les manches, cousu l’encolure, passé un cordon dans le bas du pull qui devenait ainsi le haut du slip, et de ce fait à pu aller se baigner, le retour à la maison a été houleux !!!!! »
Tout ce petit monde avait passé une bonne journée, même s’il fallait attendre le bain du dimanche matin dans la lessiveuse pour enlever la gratouille et le sel.
saison_12 (1)Quand le temps n’était pas favorable, beaucoup de gamins se retrouvaient au Bois de Cavé pour faire des cabanes, des jeux divers.
Fin septembre, les baigneurs étaient partis, le calme était revenu, et c’était le mois des grandes marées. Même les hommes sur les chantiers prenaient leur journée. Chaque famille avait son rocher de prédilection pour les pêches miraculeuses. Ceux qui allaient à Saint-Michel partaient à vélo, les enfants sur le cadre ou sur le porte-bagages. Les hommes portaient une hotte remplie, à l’aller de pain et de beurre, et de quelques bouteilles de cidre dont on avait pris soin de mettre une paille dans le sens de la hauteur du bouchon pour éviter que celui-ci ne saute, et la « guignette » (espèce de crochet), outil indispensable !!!
En arrivant sur le rocher, il fallait décrocher les « bernicles », et pêcher quelques oursins. Ensuite s’installer confortablement pour casser la croûte ; après seulement c’était la pêche : des minards, ( auxquels il fallait tout de suite retourner la poche sinon ils ne restaient pas dans le panier), des ormeaux, des gragnelles (étrilles), des moules.
Au retour récupération des vélos laissés à La Moinerie, restauration au café chez FIFINE, les femmes prenaient un café (qui avait bien « rotonné » sur le fourneau) limite bouilli … Les hommes buvaient une bière, et les enfants une grenadine. C’ était une bonne journée !!
(Contribution Jeanine Fassier, Christian Frémont, Patrick Thomas)

7 commentaires

  1. Magnifique article. Tout y est. Bravo au rédacteur. Vivement l’été que je retourne dans cette Bretagne que j’aime tant. Surtout Erquy.

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  2. Que de souvenirs! Je suis trop jeune pour avoir connu tout le monde, mais cela me rappelle quand même ma jeunesse!! Félicitation et bonne continuation!

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  3. Nous qui ne sommes pas Regineens d’origine mais qui vivons maintenant à Erquy, nous apprécions de connaître les détails de la vie à Erquy il y a quelques années.
    Bravo au rédacteur ou à la rédactrice de l’article. Continuez…..

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  4. Bravo pour l’article, j’ai cru revivre ma jeunesse car je passais pratiquement toutes mes vacances au Vau Bourdonnet. Ca me fait penser qu’à l’entrée d’Erquy, en venant du pont de Caroual, se trouvait un panneau sur lequel était inscrit « silence, prudence, courtoidie ». Je pense que ce panneau n’aurait jamais du être retiré, il faudrait le remettre car d’actualité.
    Continuez à publier vos textes…

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  5. Bravo pour ce travail de mémoire! Quelque soit l’époque à laquelle on a connu Erquy, c’est toujours un plaisir de savoir ce qui s’y passait avant. Et les témoignages anciens sont un bien précieux pour les générations nouvelles!

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