Le Bateau de sauvetage « La Marie »

(Ouest-Eclair du samedi 5 décembre 1903)
La Société Centrale de Sauvetage des Naufragés a doté le port d’Erquy d’un bateau de sauvetage, la ‘Marie’. C’est une baleinière de 10 mètres de long.
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La bénédiction a eu lieu dimanche, 29 novembre [1903], en présence de M. Granjon de Lépiney, président de la société. M. et Mme Vianelli étaient les parrain et marraine.
Le comité local est ainsi composé : M. Le Mordan de Langourian, maire, président ; M. Pincemin, garde-maritime, secrétaire-trésorier ; MM. de Kerjégu, armateur, Le Couturier, receveur des douanes, Henry, maître de port, membres.
L’équipage est composé comme suit :
Patron : Jean Rollier.
Sous-patron : Pierre Nevot.
Matelots : Jean Lefebvre ; Julien Lefebvre ; Ernest Lequelennec ; Julien Rault ; Jean Peignon ; Louis Coallan ; Louis Besrest ; Constant Rollier ; Auguste Lamothe ; Mathurin Macé ; Jean Rault ; Léonore Lequelennec ; Louis Jaffrelot ; Jules Pays ; Jean Corniet ; Marie-Ange Duclos ; Emile Rollier ; Joseph Corniet. »
marie_2wLa SCSN était une association créée en 1865, dont la mission était d’assurer le sauvetage des personnes en difficultés en mer. Elle était sous la protection de l’impératrice Eugénie qui offrit le premier canot. Ses ressources consistaient en dons et legs. Dès 1866, 20 stations étaient en service, pour atteindre 70 stations en 1883.
La ‘Marie’ était un canot à rames et à voiles (une grande voile et une misaine) construit en 1903 par le chantier Augustin-Normand du Havre. L’embarcation mesurait 10,10 mètres de long, 2,27 mètres de large au maître-bau ; son tirant d’eau était de 0,47 mètre. Disposant d’un arrière pointu et d’une étrave très haute, ses deux extrémités comportaient un caisson en cuivre rempli d’air ; elle était équipée d’une lourde quille de fer. Ainsi cette baleinière était insubmersible et à redressement après chavirement.
Cette opération devait être impressionnante comme le démontre le texte que nous avons retrouvé : « En cas de chavirage, ces dispositifs (caissons et quille) obligeaient le canot à se redresser (en 4 secondes d’après les essais effectués). Les canotiers étaient entraînés pour faire le tour avec l’embarcation en restant cramponné à leur banc, munis de leur ceinture de sauvetage. L’eau embarquée était automatiquement évacuée (en 22 secondes) par 6 larges tubes de cuivre reliant le pont au fond du canot. »
Ce bateau fut donc affecté à la première station de sauvetage d’Erquy qui était installée sur la dune de la plage du Bourg au niveau de l’hôtel Beauregard.
marie_3wUne sortie d’exercice avait lieu chaque mois. Par force 3 à 4, l’équipage, aux avirons, rejoignait le rocher de l’Evette à 3 milles au large d’Erquy.
Au cours de sa carrière, la ‘Marie’ n’effectua que six sorties pour des sauvetages réels dont la dernière se produisit le 14 mars 1934 : le ‘Saint-Georges’ de Saint-Malo avait coulé sur Rohinet.
Il fut remplacé par un canot de sauvetage à moteurs dont le baptême eut lieu le 28 juillet 1935 à 15 heures. Le ‘Vice-Amiral-Courbet’ était stationné dans un nouveau bâtiment situé à l’anse de la pointe du Cap.
marie_4wLa ‘Marie’ fut vendu en 1937 à un particulier d’Erquy. Des avirons (4 mètres de long) sont actuellement conservés dans la chapelle des Marins.
L’abri de sauvetage de 1903 fut déclassé pour sa mission initiale et, après différentes affectations, finalement détruit en janvier 1981.
Contributeurs : Christian Frémont & Jean-Michel Mori

2 commentaires

  1. Très intéressant, comme toujours. Au fil de vos articles, se dessine la vie à Erquy, bien avant nos existences. Merci. Vos recherches sont passionnantes et instructives.

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  2. En complément
    En 1869 il fut envisagé de créer une station de sauvetage à Plérehel , le projet ne vit pas le jour,faute de financement d’autre part le comité estima qu’il n’y avait pas urgence, deux stations existant déjà une à Portrieux et l’autre à Bréhat.
    Il fallut attendre le début du 20ème (1902) pour que le comité décide pour 1903 la création de deux stations à grands canots, une au Cap Ferret et l’autre à Erquy, pour un coût de 60.000
    francs or
    La construction du canot fut rendue possible par un don de 30.000 francs or de Mr et Mme Vianelli de Paris. En contrepartie le canot devait porter le nom de Marie prénom de Mme Vianelli
    Ils reçurent un diplôme de bienfaiteur en 1904.
    Ce couple refit des dons de 10.000 francs en 1906 et 1918
    Qui pouvaient être ces riches personnes?

    La guerre de 1914 n’épargna pas les canotiers d’Erquy,trois d’entre eux trouvèrent la mort sur le champ de bataille.
    Mr Mehouas Jeant tué le 25 septembre dans le secteur de Servon le 17 mars 1915
    Mr Tanguy Charles Eugène François tué à Somme Py le 25 septembre 1915
    Mr Leborgne Jean tué devant Craonne le 2 mai 1917

    Puis après 1918 la vie repris son cours.
    Mr Erhel capitaine de la marine marchande fut nommé président du comité de sauvetage d’Erquy en 1929,et en 1930 fut élevé au grade d’officier du mérite maritime
    En 1932 décéda Mr Pierre Nénot ancien patron du canot de sauvetage, il en avait été le sous patron lors du lancement de La Marie en 1903.

    La SCSN,en 1934, décida de la construction d’une nouvelle station à Erquy. Elle estima le coût d’une station pou run canot de sauvetage à moteur au minimum à 685000 francs
    Canot à moteur ———–environ 500.000 francs
    Chariot de 25 à 40.000 francs
    Maison Abri de 60 à 100.000francs
    Cale de lancement (variable selon les lieux)
    Treuil à moteur de 30 à 45.000 francs
    Monsieur le ministre de l’intérieur pour les travaux de la nouvelle station fit un don de 20.000 francs prélevés sur le produit des jeux.
    En 1936 le ministre refit un don de 22.500 francs pour les travaux d’Erquy..

    Les travaux du nouvel abri ainsi que sa route d’accès furent confiés a Mr Jean Gagey, ingénieur, inspecteur de la société centrale de sauvetage,et membre du comité de sauvetage
    d’Erquy.
    Pour la construction de l’abri Mr Gagey utilisa des techniques nouvelles , notamment la voute
    en béton armé.
    Quant à la SCNS, elle avait opté pour la construction d’un canot de sauvetage à deux moteurs
    deuxième de ce type en France et dont la construction fut confiée à l’entreprise Jouet de Sartrouville.
    Le 28 Juillet 1935 fut lancé et baptisé le Vice Amiral Courbet dans un Erquy pavoisé et grouillant de monde . Dans la rade , à, l’ancre les torpilleurs Orage et Ouragan représentaient l’escadre.

    En 1913, le quotidien national Le Matin, avait Le Mémorial des marins sauveteurs de France ,
    afin d’ honorer les actes de bravoure de ces marins.Il était confié pour une période d’un an à la station ou aux groupes de station ayant accompli le plus héroïque sauvetage, sur décision de la Société Centrale dont les membres pour l’occasion étaient réunis dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne.
    Ce mémorial était un bronze d’environ 200 kgs réalisé par l’orfèvre Falize, de Paris représentant des naufragés réfugiés sur un rocher et appelant au secours..Ce bronze accompagné de son livre d’or fut confié pour la première fois en 1913 à la station de Penmarc’h.
    En Mai 1935 la SNCM avait décidé d’attribuer Le Mémorial aux stations , d’ Erquy, patron du
    canot Le Guen, ,de Brehat patron Le Cleuziat, et de Port-Aven patron Yves Caous
    Il fut amené en Juillet 1935 dans une camionnette toute pavoisée ,du journal Le Matin et déposé sur la place de l’église face au monument aux morts.
    Le 28 juillet 1935 ,à l’issue de la grande messe célébrée par le curé d Erquy, à la mémoire des
    marins et sauveteurs disparus ,ou l’on remarquait au premier rang l’amiral Le Vavasseur , représentant l’amiral Lacaze président de la société,un cercle se forme autour du Mémorial.
    Celui-ci est remis officiellement aux sauveteurs par Mr Michel rédacteur au Matin.Il fit avancer les patrons des canots de sauvetage ,et lit leurs citations proclamées dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne le 28 Mai  » les braves sauveteurs auxquels la capitale avait réservé de chaleureuses ovations sont glorifiés sur les lieux même de leurs exploits »
    Après quelques paroles de l’amiral les officiels escortés des pilotins de l’école des pilotins
    de St Jean de Béthune et des moussaillons d’Erquy se rendirent au monument aux morts pour y déposer les fleurs de la reconnaissance et du souvenir.
    Après un vin d’honneur à la mairie , un banquet réunit à l’hôtel de la Plage invités et sauveteurs.On reconnaissait Mr l’amiral Le Vavasseur, le capitaine de frégate Lefrançois ,représentant le Vice Amiral commandant la 2ème région, Mr Meunier sénateur ,président du Conseil Général,Mr Cornu député, le directeur de l’Inscription de St Servan, le directeur des douanes de St Malo,le capitaine de frégate Rey commandant la 2ème division des torpilleurs
    de la 2ème escadre et le torpilleur Orage, le capitaine de corvette Costet commandant l’Ouragan venu avec une délégation des officiers mariniers et des équipages,Mr le Maire d’Erquy et ses adjoints ,Mr le curé d’Erquy, le capitaine Erhel président du comité de sauvetage d’Erquy et les membres du Comité.
    Au début de l’après-midi, le sénateur Meunier,inaugure la nouvelle route touristique menant
    au canot,en coupant le ruban symbolique,tandis que se fait entendre l’Harmonie des chemins de fer de l’état,venue de Rennes et qui se fera entendre pendant toute la fête.
    Puis à 15 heures tous les invités sont réunis à la Station afin de recevoir Mgr Serrand évêque de Saint Brieuc venu bénir le nouveau canot.
    L’embarcation toute pavoisée est amenée sur son chariot à mi-cale le long d’une estrade sur
    laquelle ont pris place Mgr Serrand,, Mme Le Vavasseur, et Mr Gagey marraine et parrain du canot.Ceux-ci au lieu de briser la bouteille de champagne traditionelle jetèrent sur le pont
    une poignée de blé et de sel.
    Le V.A.Courbet file alors à la mer, tandis que l’harmonie entame la Marseillaise, et que les torpilleurs tirent des salves
    Les notabilités et les invités se rendent alors à l’intérieur de l’abri ou sur des tables les attendent des coupes de champagne.
    Dans la soirée un bal en plein air permet à la jeunesse et aux marins de l’escadre de clore
    cette journée de liesse populaire
    Une des premières intervention du V.A.Courbet fut le sauvetage , par une très grosse mer le 15 juillet 1936 du cotre Calculo II .Pour ce sauvetage le Patron Le Guen reçut la médaille d’or
    du baron de Joest,il avait déjà reçu en 1935 la médaille d’argent Paul Hamelin en tant que patron de la Marie,et le sous patron Lecan Jean, et le mécanicien Rault reçurent des médailles d’argent.
    Il est à noter que les gênes du sauvetage doivent être inscrite dans la famille Le Guen,son jeune fils Michel ,avait reçu des mains de l’amiral Lacaze,président de la SNCM, ministre de la marine en 1917,une médaille de bronze pour avoir à l’âge de 11 ans sauvé une jeune baigneuse en train de se noyer.
    Un des derniers incidents rapporté par l’Ouest Eclair fut le vol le 25 ou 26 décembre 1940
    dans l’abri d’une paire de jumelle et d’une bouteille de rhum

    Je tiens à votre disposition les photos trouvés dans la presse de l’événement
    Les renseignements proviennent du dépouillement des Annales Maritimes de1866 à 1939
    ainsi que de quelques journaux

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