Les Lavoirs d’Erquy

         Les lavoirs étaient des bassins publics municipaux, creusés dans le sol maçonnés ou cimentés, et alimentés par une source ou un ruisseau. Ils étaient utilisés par les femmes pour laver et rincer le linge qui demandait des quantités d’eau propre importantes.

         On peut voir dans les archives municipales et dans le livre de M. Le Gal La Salle qu’ il existait déjà des lavoirs sur la commune dans les années 1700:  ils connaîtront une période d’expansion à partir des années 1850 alors que les épidémies de choléra, variole, typhoïde faisaient de nombreuses victimes en France. Cette prise de conscience hygiéniste entraîna en 1851 le vote par l’assemblée législative d’un crédit spécial pour subventionner à la hauteur de 30% la construction de lavoirs. Dans les années 1900 la commune reconnaît leur utilité en votant des crédits pour l’entretien les lavoir existants et en créer de nouveaux.

Lavoir  alimenté par un ru (Photo Mémoire d’Erquy)
Lavoir  alimenté par une fontaine à l’aide d’un caniveau en grès d’Erquy (Photo Mémoire d’Erquy)

         Voici quelques délibérations du conseil municipal:

1900             :  on parle du lavoir public du bourg… le Pussoué et Guérinet

23 fév.1908   :  le conseil vote 1100 francs pour la construction d’un lavoir à Langourian et 250 francs pour un autre à la Couture

23 mai 1909 :  le conseil municipal vote 31,50 francs pour la construction du lavoir du Port (la chaussée)

25 nov.1917  : le conseil municipal vote pour la construction d’un lavoir à la Noé-Niheu et une subvention pour la réfection du lavoir du Bignon.

15 oct. 1922  : vote du conseil municipal 100 francs pour la réfection du lavoir de Saint-Carreuc.

13 juil. 1930 : le conseil municipal vote pour la construction d’un lavoir à la Vieuville

28 sept.1932 : demande d’autorisation de couvrir le lavoir du Doué Neuf (lavoir de la Bastille).

9 avril 1934 :  921 francs alloués par le conseil municipal pour la réfection du lavoir des Moutiers.

1 déc. 1935 : demande par le Conseil Municipal d’un devis à MM. Le Frost, Bussi,et Thomelier pour la construction de lavoir au Saint Sépulcre, à Saint Pabu et Saint Aubin. 

28 fév. 1937 : demande de création d’un lavoir au Vaubourdonnet par M. Marbaud.

         On peut voir que chaque hameau et groupe de maisons, ainsi que quelques fermes, avaient leurs propres lavoirs. La distance entre le lavoir et la maison devait être la plus courte possible pour permettre à la lavandière, souvent employée à la journée pour la lessive (la buée), de ne pas perdre trop de temps en allers et retours avec la brouette chargée de linge.

      Il fallait emporter, outre le battoir, la caisse en bois remplie de paille ou garnie de chiffons pour protéger les genoux : la lavandière pouvait rester agenouillée plusieurs heures pour mieux laver, frotter avec une brosse en chiendent si nécessaire, rincer, battre le tissu afin de l’essorer au maximum. Le métier de lavandière était très pénible. Les grosses pièces (draps) étaient bien souvent essorées à deux personnes en le tordant une dans un sens l’autre dans le sens inverse.  
    Quelques lavoirs qui étaient couverts, protégeaient ces femmes exposées aux intempéries et pour qui les journées d’hiver étaient très difficiles. La lessive était un moment important dans la vie des femmes : elle leur permettait de se retrouver, de discuter ; les lavoirs résonnaient souvent des discussions, c’était là que convergeaient les nouvelles et les rires de ces femmes. Comme chaque lavandière avait sa pierre attribuée, si par malheur l’une prenait la place de l’autre, le ton montait et pouvait en venir aux mains.

         Dans certaines maisons, on ne voulait ou on ne pouvait pas aller au lavoir communal; on faisait alors l’acquisition d’un lavoir en ciment à un ou deux bacs, auprès de l’entreprise Bussi, rue Foch à Erquy. La citerne ou le puits fournissait l’eau nécessaire au lavage et au rinçage de la lessive.

Modèle de lavoir de l’entreprise Bussi
Modèle de lavoirs de l’entreprise Bussi

         Le terme de lavandière désigne toute femme qui lavait autrefois le linge essentiellement avec des cendres et de l’eau chaude, puis à la main ou au battoir, dans un lavoir ou un cours d’eau. Cette profession était reconnue unanimement pour sa dureté. 

Une lavandière à la rivière de la Ville Ory (Crédit photo J.Fassier)
Lavandière à Saint-Cano  (Crédit photo B.Besnier)

      La grande buée était une opération d’envergure qui avait lieu une fois à l’automne et une fois au printemps, pour laver l’ensemble du linge d’une famille, notamment les draps et le gros linge qui étaient stockés dans un grenier. Les petites lessives avaient lieu une fois par semaine, généralement le lundi, pour de petites quantités de linge, essentiellement des vêtements

Le matériel indispensable à la lavandière était constitué de :

–    la brouette en bois devait être à claire voie afin d’être le plus léger   possible

      – la caisse à laver en bois garnie de paille ou vieux chiffons et le battoir en bois de hêtre ou peuplier (le chêne n’était pas utilisé à cause de son tanin qui risquait de tacher le linge).

      – le savon de Marseille qui était stocké à sécher au grenier pendant au moins un an afin qu’il ne s’use trop vite et la brosse en chiendent

      Jusqu’à la fin du 19ème siècle n’existaient ni le savon ni la lessive : la femme lavait à la cendre. Au début du 20 ème siècle, on voit apparaître les cristaux de soude, les premières poudres à laver les boules bleues, le savon et après 1918, la lessiveuse à champignon : cela devient plus facile de faire la lessive. En 1920, première machine à laver motorisée est présentée à la foire de Paris et en 1929, apparaît la première machine à laver française avec essorage intégré.   

        Du fait de ces progrès fait, on la fait plus souvent : une fois par mois, puis une fois par semaine. Les détergents de synthèse font leur apparition en 1952.

Une lessiveuse (ci-dessus et dessous)

Nous avons recensé quarante-trois lavoirs dont deux incertains (aucun document). Aujourd’hui sur notre commune il reste treize lavoirs qui ont échappé à la destruction : il serait bon de les signaler et de les nettoyer.

 (0)   Lavoir de Saint Cano; (1) Le Moulin aux moines (Saint Cano); (2) Rue du chemin de fer (chez monsieur Sabin Patrick); (3) La vallée Saint Pabu; (4) Le Dréneuf; (5) La Ville Denais; (6) Caroual village; (7) Doublet; (8) Rue de la Sourdiére  (Privé); (9) Le Vaubourdonnet; (10) Rue de Doué de la cuve; (11) Place de la Bastille(12) Rue des plages sauvages (Pussoué); (13) 33 Rue des Hôpitaux (Maison J.-J. Trepps, privé); (14) Rue des Hôpitaux, avenue Hamonet (Privé); (15) 11 bis rue du val (maison R. Balan, privé);  (16) Impasse de la source du Val; (17) Les Ruault(18); La ville Gour(19); La Mare-ès-loups; (20) La Ville Louis (maison Jan, privé); (21) Ruelle du Bignonnet;  (22)Les Montiers (Privé); (23) Rue du Lormet; (24) Ferme du Guen (Privé); (25)Ferme du Portuais (Privé); (26) Lourtouais; (27) Rue de la Basse rue (Sous les doués); (28)    Rue des Prés Biard; (29) Saint Aubin; (30); La Corderie (appelé le lavoir des Lépreux); (31) Le Guigoude; (32) Langourian; (33); La Ville Louis; (34) La Noë-Niheux; (35) Lislet; (36) L’Abbaye; (37) Bien Assis; (38) La Couture; (39) Saint Carreuc; (40)  rue de la marre des Noés; (41) la Chaussée  (sans certitude); (42) La Vallée Roussel (sans certitude).

Il faut encore ajouter à cette liste quelques lavoirs sommaires (simples trous d’eau sans aménagement):

La mare de la couture; le bois de Cavé (Famille Sive); le lac Bleu; la ville Bourse; la Ville-Ory plusieurs (le long de la rivière); Quélard; le Vauroual.

Le bois de Cavé vers 1908
Le lac Bleu

         Angèle aimait raconter les buées au lavoir de Lourtouais.  

       Angèle habitait dans une petite maison de grès rose construite par son père à son retour de nombreuses campagnes sur les goélettes au large de l’Islande.

         Cela se passe vers 1929 au début du printemps, lors de journées ensoleillées, tôt le matin, plusieurs femmes de pêcheurs, quittaient Tu-es-roc (qu’on prononçait Tieuro) en poussant des brouettes (bérouettes) chargées de linge sale, en direction de Lourtouais. 1,5 km environ avec une belle côte à gravir avant de plonger sur le chemin menant au lavoir. Les nombreux enfants qui suivaient, leurs mères,

C’était le début d’une journée merveilleuse, de l’espace, des terrains accidentés avec de nombreuses cachettes, la plage un peu plus bas,  « la liberté». Les femmes s’installaient autour du lavoir lavaient, brossaient, battaient, rinçaient, tordaient le linge avant de l’étendre sur les ajoncs, genets et la bruyère où il séchait.

       Les laveuses et les enfants réunis après ce dur labeur profitaient d’un pique-nique bien mérité ; c’était un moment de gaîté qui permettait d’oublier l’absence des pères ! Nostalgiques en regardant vers le nord une mer légèrement houleuse, certaines femmes pensaient aux jours lointains où elles viendraient au même endroit pour essayer de voir passer au large les goélettes de retour d’Islande. Angèle allait souvent avec sa mère surveiller l’arrivée des goélettes en haut de Lourtouais.

Le lavoir de Lourtouais et l’oratoire Notre-Dame des bruyères édifié par M. Barbes en 1972

                                                                                                                                                                                Christian Fremont et  Claude Spindler

La « commune libre » du Portuais

A Erquy comme ailleurs en France, les années post 1968 ont modifié moeurs et mentalités.

Notre commune, déjà fréquentée par des touristes durant la saison estivale, vit s’installer plus durablement des jeunes de banlieues de grandes villes. La période des années 1970 étant très florissante dans le domaine de la pêche, les patrons-pêcheurs de l’époque ont bien accueilli cette main-d’œuvre jeune et courageuse.

C’est durant ces années fastes qu’on fit la connaissance de « la bande du Portuais ». Plusieurs Rhoeginéennes  et Rhoeginéens ont sympathisé avec ces jeunes fêtards et ont formé une équipe joyeuse et parfois provocatrice. L’époque était à la fête et nous nous souvenons que les bars de l’époque comme les Salines, le Fréhel, la Chaumière ou le bar du Centre, ne désemplissaient pas en fin de semaine. Il fallait jouer des coudes pour arriver jusqu’au bar et se faire servir un verre.

Les jeunes, installés à la ferme du Portuais, aimaient faire la fête et ils étaient très inventifs. Ils ont ainsi instauré « la commune libre du Portuais », ont « élu » un maire et leur slogan était « Pouères* de tous les pays, unissez-vous ! ». Evidemment, rien de politique dans tout cela, tout était prétexte à faire la fête et à boire « sans modération » dirait-on de nos jours !

Numériser 5

    Violette et Julot, chienne et chien de leur état, étaient aussi des « citoyens » à part entière de cette petite société de la ferme du Portuais.  Joël s’adressait à sa chienne en l’appelant « ma mie ». « S’il vous plaît ma mie, asseyez-vous ! » Et Violette s’exécutait ! Il n’était pas rare non plus de voir Violette et son maître, chacun une serviette de table autour du cou, attablés face à face dans un de leur établissement favori, déguster tranquillement leur repas, le maître conversant avec sa chienne aucunement troublée par cette situation. Et personne ne trouvait rien d’anormal à la scène !

    Un jour on organisa le « mariage » des deux animaux. Encore une occasion de faire une fête ! On put lire aussi l’annonce de la naissance des « enfants » de Violette et de Julot dans le Petit Canard, feuille de chou bien connue de l’époque !

img20211010_17572293 (2)

Un moment mémorable de cette époque fut sans doute la fête organisée lors du 1er mai 1973 : une kermesse avec des jeux inventés là aussi par ces « néo ruraux » des années 70, tels qu’un véritable casse-tête : les volontaires, à genoux, plaçaient la tête sur une planchette et recevaient des projectiles de tous ordres de la part de participants à la kermesse.

Numériser 4

Le clou de l’après-midi fut sans conteste un combat de boxe entre deux Rhoeginéens bien connus à l’époque. Le gagnant ne fut, bien entendu, pas celui que le public pressentait, Pierre-André surnommé « L’Eventreur du Grand Léjon » cela aurait été trop « normal »!

     Numériser 1  Numériser 2

Un méchoui avait été prévu pour clore la fête mais personne n’eut jamais le cœur de tuer Alexandre qui continua tranquillement sa vie de mouton au milieu des champs autour du Portuais.

Un peu de provocation, souvent de la dérision pour se moquer du monde « d’avant », mais jamais de méchanceté chez ces jeunes. Ils avaient envie de s’amuser, c’est tout. Nombre de Rhoeginéens ont su, je crois, sourire et même rire franchement à toutes ces farces.

                                                                                                                        Maryvonne Chalvet

 

———————————–

* « un pouère » est un mot utilisé par nos anciens pour désigner un cochon.

 

Le Château de Noirmont

           par Brigitte Maurer et Christian Frémont

         C’est un château moderne de belle allure, magnifiquement situé au-dessus de la Chaussée, bâti en 1845 en moellons d’Erquy cachés par un enduit. Seules les pierres d’angle ainsi que l’encadrement des portes et fenêtres sont en granit de l’Ile-Grande. Il domine tout Erquy. Il est adossé aux falaises de grès couvertes de pins maritimes qui le protègent des vents du nord et nord-ouest.

C’est Adolphe Le Mordan de Langourian, né au lieu-dit Langourian le 27 mai 1818, qui construisit le château du Noirmont sur une partie de la lande d’Erquy en face de la vieille « échaussée ». On lui doit aussi le boisement de la propriété. Il épouse en 1848 Virginie Herpin à Dinan. Il décède en 1887 au Noirmont laissant le château à son fils Alfred.

Alfred Le Mordan de Langourian, né en 1851, épouse en 1879 Louise Guilhe la Combe de Villers née également en 1851. Il fut maire d’Erquy de 1888 à1911.

Alfred Le Mordan de Langourian 

     

Louise de Guilhe la Combe de Villers,
épouse d’Alfred Le Mordan de Langourian

      Leur fille Germaine épousa Alain du Breil de Pontbriand.

Alain du Breil de Pontbriand

L’entrée principale se situe rue de Tu-es-Roc ; on y accède par un portail en fer forgé.  Un petit panonceau nous indique « fondation du patrimoine ». Une allée tracée dans une étendue d’herbe mène à la demeure et fait découvrir une superbe vue d’Erquy.

La plus grande partie du parc est planté de pins maritimes et de quelques feuillus. Au détour des sentiers nous découvrons des grottes. La grotte principale, St-Gilles, était aménagée en lieu de recueillement. La statue de Saint-Gilles avec son loup était entourée de deux anges monumentaux, surmontée d’une statue de la Vierge dans une petite niche en pierre. Une seconde grotte abritait une statue de Sainte Marguerite écrasant le dragon. Ces statues ont malheureusement disparu aujourd’hui.

Au-dessus de la chaussée à flanc de falaise se trouvait un belvédère entouré d’un petit muret, le Petit Fort, qui permettait de passer des après-midis et de recevoir des amis tout en admirant le va-et-vient des bateaux de pêches ainsi que la superbe plage du centre. Aujourd’hui, le belvédère a disparu. Un autre point de vue, le Môle, avait été aménagé plus à l’Ouest.

A l’est du domaine se situaient les communs, appelée la Maisonneuve. On y trouvait les écuries, une mare appelée mare aux chevaux, ainsi qu’une basse-cour (poules pintades etc…). Un couple de paons signalait la présence d’un visiteur par leurs cris « Léon Léon !» Evelyne et Michel habitaient près du parc. Ils se souviennent qu’ils attendaient avec impatience la période de mue afin de ramasser les superbes plumes de ces volatiles. Jean Anouilh (1910 – 1987), qui possédait une maison à la Chaussée, aimait se promener dans le domaine. Les paons l’accueillaient de leurs cris. Inspiré par ce cri, le dramaturge donna le nom de Léon à l’un des personnages principaux d’une de ces pièces, Le nombril écrite en 1981.

Un espace pour des tortues, le parc à tortues, avait été aménagé. Ces dernières suscitaient la curiosité des enfants.

Par ailleurs, le fameux peintre Léon Hamonet avait l’habitude de poser son chevalet dans le parc face à la mer.

M. et Mme de la Bourdonnaye ont eu huit enfants tous nés au Noirmont : Francoise, Hervé, Patrick, Brigitte, Olivier, Marie Madeleine, Aliette, Raoul. Françoise et Marie-Madeleine se marièrent au Noirmont.

Ils employaient sept salariés pour l’entretien du château et l’éducation des enfants : une cuisinière, une aide-cuisinière,deux femmes de ménage, un jardinier, un chauffeur et une « demoiselle » pour l’éducation des plus jeunes. Ensuite les garçons allaient à Saint-Pierre et les filles à Notre-Dame. Mme Hélène Guérin, était la lavandière du domaine. Elle passait une journée ou deux par semaine de bonne heure le matin à tard le soir à laver, rincer et essorer le linge de toute la famille. Elle était souvent aidée par la cuisinière quand celle-ci était disponible. Francois le jardinier entretenait le parc. Le potager, de toute beauté, possédait des serres.

Une employée et la lingère, Jeannette
(photos de M. Chadelas)

En juin 1940, les Allemands ont voulu occuper le château. M. de la Bourdonnaye a fait sortir ses huit enfants, ce qui a dissuadé l’officier. A cette époque les occupants coupaient des arbres dans le cadre de la construction du  Mur de l’Atlantique. Le parc n’échappa pas à la règle. Ces derniers étaient transportés sur la plage du Bourg et de Caroual pour la construction des « asperges » dites de Rommel (du nom du Maréchal Rommel qui avait conçu ce dispositif de défense), destinées au minage des plages.

En 1944, le jour de Pâques, la mère de Mme de la Bourdonnaye, de la fenêtre de sa chambre, prit des photos du va-et-vient des camions allemands chargés de troncs de sapin. Un Allemand l’aperçoit : elle est arrêtée aux vêpres et emmenée à la Kommandantur (à l’hôtel de la Plage). M. Raoul Dupas (photographe à Erquy) ouvrit son labo afin de développer la pellicule et ainsi prouver aux Allemands qu’il n’y avait rien de suspect. Ils la prenaient en effet pour une espionne.

Les garçons et leur père avaient construit dans le parc, un abri couvert avec quelques vivres et couvertures pour se replier dans l’hypothèse d’un débarquement sur les plages d’Erquy. Ils avaient été informés que le Noirmont, se trouvant sur la trajectoire sémaphore de Tu-es-Roc-plage du centre , n’aurait pas résisté aux bombardements.

M. et Mme de la Bourdonnaye aimaient ouvrir leur parc lors de diverses manifestations. En particulier les fêtes de Tu-es-roc, les kermesses paroissiales, les retraites de communions etc…

*

Souvenirs d’une employée durant les années 1944-1945.

par Liliane Lemaître

Cette brève période durant laquelle elle séjourna épisodiquement au château du Noirmont, fut pour ma mère une page heureuse dans l’album des souvenirs.

   La demeure paternelle était à deux pas du domaine et le comte avait accepté d’employer la jeune fille en tant que couturière dans la lingerie, une jolie chambre dont la fenêtre donnait sur le bois tout rempli de chants d’oiseaux et de grimpettes d’écureuils. Du côté de la ferme, on entendait se lamenter le paon, poussant sa plainte sempiternelle… C’était un havre de paix et l’on y oubliait les aigreurs et les contraintes familiales.

Jeanne Lemaitre

A peine franchi, le premier muret d’entrée, Jeanne ne prenait pas la peine d’ouvrir la grille et sautait prestement dans le domaine enchanté. Pas de maisons à l’horizon, juste le babillage des bêtes de la ferme…  Pressés les uns contre les autres, les grands arbres se déhanchaient pour regarder l’intruse. Ils étaient tous là, alignés derrière leur clôture de pierre et dans les allées et les sentiers, ils se côtoyaient jusqu’au Cap d’Erquy, tout près des lacs bleus . Face à la vaste demeure, un bois de pins sombres à la forme pyramidale s’ébouriffait joliment. Lorsqu’on parcourait le domaine, les allées ménageaient toujours quelques jolies surprises au visiteur, petites clairières, plantées d’un ou deux palmiers ou statues désuètes qui rappelaient peut-être les « fabriques » des grands parcs anciens…  Impossible de savoir leur date de création et d’épiloguer à leur sujet ! Simplement, on peut affirmer qu’elles étaient charmantes.

  Les châtelains, écoutaient eux aussi avec plaisir, la voix des oiseaux. M. de Pontbriand avait composé une chansonnette dédiée aux tourterelles au refrain plutôt répétitif.

   « Paies-tu un coup, Ponpon

Payes-tu un coup ? » 

  Quant à Madame, elle possédait un hibou, qu’elle se plaisait à nommer mon « Z’ibou »

  Le comte adorait ses arbres. Imaginez donc son désespoir lorsque l’occupant allemand, dépêcha des groupes de travailleurs réquisitionnés pour couper les fûts des plus beaux spécimens et les planter comme moyen de défense, sur les plages.

C’était la guerre… Les soldats ennemis, se promenaient donc l’arme au poing et hantaient les bois… Il n’était pas rare que l’un d’eux se plante devant la fenêtre de la lingerie et pousse la chansonnette pour charmer la jeune lingère !  La fenêtre se fermait alors brutalement et le ténor en était pour ses frais !

    Le père de la jeune fille n’était pas tendre avec l’ennemi qu’il exécrait. Un jour maladroitement, elle remarqua admirativement la prestance de ces régiments à l’allure martiale et arrogante. Jeanne reçut aussitôt une cuisante taloche qui la mortifia pour longtemps car elle avait ces régiments en aversion.

Oui, c’était la guerre. Les garçons avaient quitté leur collège, le collège St-Francois-Xavier à Vannes et avaient été confiés aux bons soins d’un précepteur doté de son bachot. Ce jeune homme n’était autre qu’un ancien prisonnier de guerre évadé et recueilli dans le domaine pour la bonne cause.

  De leur côté, les garnements faisaient la guerre à leur vêtement qu’on retrouvait toujours en piètre état… Jeannette travaillait donc également sur ce front et le faisait au mieux pour réparer l’irréparable !

Le précepteur éduquait les jeunes gens mais il était également sensible au charme de la lingère et lui débitait force poèmes et extraits d’œuvres choisies.  Jeanne y prêtait une oreille complaisante car elle adorait les Lettres et avait été contrainte d’abandonner ses études à la suite d’une longue maladie. Lorsque le précepteur demanda la main de la jeune fille qui avait à peine vingt ans, elle se trouva bien ennuyée d’autant plus que ses parents souhaitaient fort ce mariage…  Mais comme on le sait, « l’amour est enfant de bohême et n’a jamais connu de lois. »

Hervé de La Bourdonnaye et son précepteur.

Jeannette rêvait de partir faire les vendanges avec la famille du comte qui possédait des vignobles mais… ce fut peine perdue !

 Il y avait tout de même de bons moments. Parfois, la cuisinière Yvonne demandait à la petite lingère de l’aider dans le service de table, surtout lorsqu’il y avait du beau monde au château.  Ces jours-là, les dames gardaient leurs grands chapeaux par élégance sans doute mais surtout par souci de l’étiquette. Il fallait prendre soin de passer les plats du bon côté et ce n’était guère facile…. Le service se faisait au rez-de-chaussée et l’on accédait à la salle à manger par un étroit escalier où l’on devait par un jeu de contorsions, maintenir les vastes plats. Naturellement, l’entrée, solennelle, s’effectuait sur les notes convenues du traditionnel « madame est servie ».

Menu de « retour de noces  » au Noirmont en 1913.
On remarquer le design Art Nouveau de ce menu
ainsi que le nombre impressionnant des services : bouchées Montglas (garnies de salpicon ornées de petites escalopes de foie gras et de lames de truffes), pré-salé, poulet rôti et foie gras précédant les inévitables entremets et dessert.

Ce jour-là, madame ne fut pas servie, car le plat de légumes, mal équilibré, atterrit dans la place, dans le silence glacé des assistants figés par l’horreur du désastre. Il n’y eut pas de commentaires ! On faisait parfois des « chanciaux », plat plus simple du Berry.  Il s’agissait d’une crêpe épaisse fourrée aux pommes. Tous se régalaient alors autour de cette cuisine bon enfant.

   Ainsi allait la vie avec ses joies et ses peines.

Avant de quitter le pays, l’occupant avait mijoté une dernière destruction. Jeanne se trouvait au château ce jour-là, occupée à fignoler de petits travaux de couture dans la lingerie. Justement, elle venait d’achever une petite croix de Lorraine qu’elle avait brodée. Tout à coup, sa tête pensa exploser sous un fracas épouvantable. D’abord tétanisée par la peur, elle s’était précipitée à l’extérieur. Aliette, la petite dernière, « mademoiselle Pompadour », comme la surnommait sa maman qui admirait son teint délicat, la suivait en hurlant. Jeannette la prit dans ses bras. Yvonne secouait en pestant son tablier sali par les cendres que transportait le vent. C’était un dernier sale coup des « boches ».  Au nord, à l’arrière du domaine, le ciel noir roulait de grosses nuées d’incendie. Le sémaphore venait d’être détruit.

 – Ah ! Qu’ils aillent donc au diable ! Qu’ils nous fichent la paix ! Ils ont fait assez de mal comme ça !

C’était vrai que le pays avait payé son tribut de morts et de malheur à l’ennemi. Elle revoyait l’hommage de la population aux résistants et aux otages fusillés, autour des onze cercueils chargés de fleurs, sur la place de l’église, après les derniers combats. Pourtant, elle avait peu souffert de ces années d’occupation. 

   Lorsque la guerre fut finie, que la vie reprit tranquillement, Jeanne se rendait souvent dans les bois du Noirmont. Elle y était accompagnée par une petite fille qui lisait et passait son temps à s’émerveiller des grottes découvertes au détour d’un sentier, ou de la forme des feuilles qu’elle tressait en guirlandes.  Elle fit même sa retraite de communion dans ce bel endroit qui lui a toujours semblé un peu magique.

*

Nous remercions M. et Mme Patrick de la Bourdonnaye ainsi que leurs fils Arnaud et Éric pour leur accueil et leur participation.

AU 2 PLACE DU CENTRE

Actuellement : Magasin – MALICIA – Chantal TERMET

 Sur cette carte postale le magasin n’est pas encore construit (1920)

De 1930 (environ) à 1969 : AU PROGRES,   tenu par M. et Mme Leroy :

Confection pour hommes, femmes et enfants – Chemiserie, bonneterie, maillots de bains, robes, pantalons etc. Spécialisés dans la marque Veil. Ils vendaient également des cirés.

Le mannequin ROFA qu’on aperçoit dans la vitrine du magasin (ci-dessous) date des années trente. Pour 92 ans il est bien conservé, Chantal est quand même obligée de lui mettre un large bracelet pour cacher les méfaits du temps.

Avec M. Leroy tous les vêtements vous allaient comme un gant. C’était son slogan.

Dans la réserve derrière le magasin, un incendie a détruit dans les années 1955/1956 la majeure partie du stock, beaucoup de vêtements étaient tachés et avaient une forte odeur de fumée, M.et Mme Leroy avaient tout soldé à un prix dérisoire. Mme Lecan se souvient avoir acheté un manteau qui, malgré les nettoyages et le vent, a toujours gardé son odeur de fumée.

Sur cette publicité, on voit qu’il était possible de louer un caleçon de bains

1969 à 2001          Madame BOURDON et sa fille Monique SOULIER

                                                    Ensuite

                              Monsieur MILLET et Madame MILLET-SOULIER

  M. Millet avait également son bureau d’entrepreneur à cette adresse.

De 2001 à 2006 Le magasin a été repris par M. et Mme ALEXANDRE

Depuis 2006 Le magasin a été repris par Chantal Termet sous le nom de MALICIA. Elle a été vendeuse dans ce magasin depuis 1974.

1, place de l’Église

Actuellement : BISTROT DU CENTRE

  A L’origine c’était la maison des Magasins d’Erquy. Elle avait trois tourelles. Deux tourelles existent encore. Une se situe en haut de la place (voir ci-dessous) et la deuxième à l’angle du collège Thalassa côté rue du 19 mars.

Extrait de Histoire d’Erquy de Le Gal La Salle

La maison située face à la salle Pinel, au coin Est de la Motte et du chemin était dite « les magasins ». Selon un descriptif de 1784, elle consistait en un rez-de-chaussée composé de « trois en bas donnant l’un dans l’autre dont un servait de cave et deux de magasins ». A l’étage, trois salles de plein -pied et trois greniers au-dessus. Une tour située sur la façade Midi servait « de cage à un escalier à noyaux de pierre de garenne à la première volée puis de marche en bois ». Elle faisait communiquer les magasins aux salles et aux greniers. Au haut de la tour un petit cabinet. En 1785, elle est couverte d’ardoises.

Cette maison relevait du Vauclerc à devoir de chambellan. En 1556, elle appartient à un certain Mathurin Denis, dit Halna. En 1709 nous trouvons Marie Bourgault, veuve de Jacques Robinot de Saint Cyr, que nous avons maintes fois rencontré et qui était alors une des plus importantes propriétaires du bourg.

Vers 1760, elle fut vendue par les descendants Robinot de Saint-Cyr à la famille de la Villéon Ville gourio, propriétaire de la Vignette.

Le 29 Mai 1784, Jean Baptiste de la Villéon, Sgr de la Ville Gourio et ses deux frères, héritiers de la dite maison la vendent pour 1500 livres (avec jardin et le pavillon dont il est parlé ci-après) à Pierre Audren, marchand, époux (1769) de Pélagie Haguet , fils de Jean Audren, lui-même marchand et de Mathurine Denis, lequel en était locataire depuis plusieurs années avec son frère Jean Audren, époux de Gilette Clérivet qui y tenait échoppe de cordonnier.Le procès verbal de 1784 indique une maison en assez bon état, cheminée en pierre de taille à l’étage ainsi qu’armoires d’attache. Seule la tour servant de cage d’escalier est « lézardée des deux côtés dans toute sa hauteur,…il est nécessaire de la démolir… afin d’éviter « la chute du petit cabinet ». « Le pavillon étant au bout du jardin planté de quelques poiriers «à toit à croupe en ardoises et qui est encore debout de nos jours, comportait « un caveau »au rez- de -chaussée et deux appartements au-dessus. Les planchers étaient faits d sapin ce qui indique une construction relativement récente. »

Deux épis de faîtage intrigants près de la venelle de la sacristie

Ces drôles de petits bonhommes étonnent aujourd’hui…Encore faut-il les remarquer ! Petits et singuliers, ils suscitent parfois des questions … Que représentent-ils ? Qui sont-ils et pourquoi sont-ils là ? Il est vrai qu’ils sont rares dans nos villages où le modernisme fait loi parmi les habitations. Pourtant aujourd’hui encore, ils subsistent et redeviennent à la mode.

 Il ne faut guère s’éloigner pour trouver leur nid : Au village de potiers de La Poterie, près de Lamballe, certaines figurines persistent sur certains toits, et font la fierté de leurs propriétaires.

   Ces deux petits personnages en terre cuite vernissée peuvent certainement passer pour des « Frédéric », spécialité du hameau en question qui leur donna leur nom. On reconnaissait les Frédéric à leur chapeau : Le tricorne, au XVIIIème siècle, noble ancêtre du roi Frédéric II de Prusse, qui chevauchait splendidement un cheval. Le nôtre est un parent pauvre et n’a pas droit à sa noble monture… Il est vrai que le petit cavalier était un symbole de prestige et une manifestation de commandement. Les nobles et grands propriétaires en ornaient volontiers leurs colombiers, témoignant ainsi de leurs richesses. Certains étaient également coiffés de bicornes et de coiffure à la Napoléon. A chacun son époque !

 La figurine portait souvent des anses qui pouvaient être assimilées à des bras. Notre premier bonhomme est pourvu d’un grand bras semi circulaire, tandis que le second, toujours dans le dénuement, n’en a pas…Scellé ou vissé sur le poinçon de la charpente, l’épi servait de décoration mais la poterie, émaillée et étanchéifiée, isolait la pointe de l’extrémité des tourelles.La figurine était, comme ici, ancrée sur une série de rouelles, réalisées au tour de potier. Celles-ci étaient hérissées de « sifflets », c’est-à-dire de trous dans les boutons à la base du socle, de diamètres différents ce qui faisait que, différemment orientées, elles permettaient au vent de souffler avec des sons variés.  Il s’agissait en quelque sorte de girouettes immobiles.  

Liliane Lemaitre

C’est entre 1850 et 1900 que la famille Louis Briend est devenue propriétaire de la Tourelle (photo ci-dessus) et de la partie de la maison y attenant ou il a ouvert un débit de boisson

Depuis les années 1900, le CAFE DU CENTRE, tenu par Louis Briend         

Vers 1930, il est tenu par le fils, Georges, aidé de son frère Louis

De gauche à droite Céline Brosso (la fidèle serveuse) Suzanne et Georges, Marcel et Yvette Trévilly et Louis.

Puis Georges se marie avec Suzanne. Ils auront deux enfants Guy et Claude. Quand Céline a pris sa retraite c’est Marie Frémont qui remplaçait Suzanne au bar quand celle-ci avait d’autres occupations. Ensuite, une employée, elle aussi prénommée  Suzanne, à été embauchée à plein temps.

Anecdotes de Christian Frémont

Je me souviens que les fûts de cidre étaient déchargés sur la place de l’Église. Ensuite, ils étaient acheminés dans la cave à l’aide de tains (rondins de bois) graissés avec du saindoux. Il fallait les faire glisser avec beaucoup d’adresse pour les mener à bon port.  Le cidre était distribué aux clients par une belle tireuse en cuivre qui trônait entre la porte de la cuisine et le bar.Je me souviens également qu’en rentrant du match de foot le dimanche avec mon père, nous rentrions au café voire les joueurs de belotte. Beaucoup d’habitués répartis sur plusieurs tables. Souvent ils fumaient des grosses cigarettes « BOYARD « roulées dans du papier maïs.

Sur cette photo prise devant le bistrot, on voit Georges et Suzanne le jour du baptême de leur nièce Yveline Toublanc

Suzanne à ouvert dans la tourelle un très beau magasin de Faïencerie de Quimper et de petits meubles Bretons qui ont eu beaucoup de succès pour les listes de mariage.

Claude (le fils) et Christian qui étaient adolescents déballaient les caisses de vaisselles avec précaution. Elles étaient déposées sous le porche dans la venelle de la sacristie. Suzanne leur faisait confiance.

 Dans le Café c’était aussi la gestion des colis (CAT et SNCF). Il y avait également la billetterie pour les trajets en cars et en trains.

Claude a hérité du caractère enjoué de son grand-père. Beaucoup de convivialité. Claude organisait les anniversaires de ses clients et amis, Il aimait faire plaisir. Il était plein d’humour. Voici sa publicité.

Une bande de joyeux lurons créait une ambiance sympathique et festive. Des figures locales qui ont marqué pendant plusieurs décennies la vie à Erquy. Des touristes belges venaient tous les ans et le jour de la fête nationale Belge le 21 Juillet, un feu d’artifice était organisé par le café sur la plage du centre et sponsorisé par les limonadiers. Des prospectus étaient distribués et donnaient droit à une bière Belge. Le jumelage « Oupeye Erquy « à certainement commencé au café du Centre.

Rencontre avec les amis Belges

Claude le fils et sa femme Monique ont assuré la continuité. Ils ont eu deux enfants, David et Cédric. Ils ont ouvert une crêperie dans la salle attenante au bar dans les années 70. L’appartement au-dessus du café a été transformé en restaurant en 1985. La toiture à été relevée et la charpente refaite. Claude a récupéré le bois de la charpente pour refaire à l’ancienne la rampe de l’escalier accédant au restaurant

En 1996, M. et Mme Le Francois sont devenus propriétaires du fonds de commerce et ont continué la restauration dans la salle attenante au bar.

Depuis 1980,   se sont succédé dans a tourelle

  • l’électricien Cornillet
  • un salon de thé
  • un tapissier Blaise
  • l’opticien Krys
  • l’orthophoniste  

En 2000 le Bar a été racheté par Cédric (le fils de Claude) et son épouse. Suite au décès de Claude, Cédric a hérité des murs.

Une bande de joyeux lurons créait une ambiance sympathique et festive. Des figures locales qui ont marqué pendant plusieurs années la vie à Erquy, par leurs blagues et la joie de vivre. Des touristes Belges venaient tous les ans. C’était la fête. « Le jumelage « OUPEYE -ERQUY » a sans doute commencé au Café du Centre. D’ailleurs tous les 21 juillet (fête Nationale Belge) un feu d’artifice organisé par le café du centre et sponsorisé par les limonadiers avait lieu sur la plage du bourg. Des prospectus étaient distribués et donnaient droit à tout porteur à une bière gratuite au café du centre.   

Claudine, la femme de Guy a repris le magasin de faïence au décès de son beau-père.

La faïencerie Briend

   Parmi les boutiques magiques d’Erquy, je me garderai d’oublier, la petite loge jouxtant le CAFE DU CENTRE. D’abord tenue par Suzanne Briend puis par sa belle-fille Claudine, je considérais encore cet endroit comme un cabinet des merveilles.

Dédiée aux faïences de Quimper, le lieu empilait un assortiment de vaisselles et d’articles à la fois traditionnels et insolites. Créé en 1690, Les articles alors fort à la mode, séduisaient par le raffinement de leur fabrication : coup de pinceau à la touche, fabrication à la main et décoration à main levée…le travail de poterie ne devait rien au hasard et s’effectuait par étapes : Création du moule, préparation de la terre, calibrage, pressage, coulage et finissage. Ensuite venait la première cuisson, l’émaillage et la décoration et enfin, la deuxième cuisson et le contrôle final.

  Tout le monde connaît le célèbre bol à oreilles qui gagna sa célébrité lors des premiers congés payés de 1936… identifié par un prénom familier, il plaît encore aujourd’hui.

  Mon grand-père et mon père étaient séduits par la faïence HB Henriot et lorsqu’ils voulaient offrir un beau présent, ils se rendaient chez Claudine. Là aucune erreur possible : La qualité et le bon goût étaient au rendez-vous !

 Les teintes célèbres des motifs à grandes fleurs mais aussi la multitude des personnages originaux et qui ne possédaient pas leurs jumeaux, les scènes de noces bretonnes et les compositions champêtres, voire le graphisme moderne, rien n’échappait aux pinceaux des créateurs qui signaient les pièces du célèbre HB, derrière l’objet ou à l’intérieur, pour les plus anciens.

  Conquis par la beauté des créations, grand-père avait commandé à Claudine, le plus beau des services pour inviter sa famille à déjeuner. Il avait choisi des plats anciens pour y disposer charcuterie et crustacés.  « Point d’étonnement, ma fille, tout ça doit servir… Et puis, ça plaît à mes invités ! »  

                                                                                                     Liliane Lemaitre

En 1996 M et Mme Le François sont devenus propriétaire du fonds de commerce du bar et ont continué la restauration dans la salle attenante au Bar.

 Depuis 1980, se sont succédé dans la tourelle:

  • l’électricien Cornillet
  • un salon de thé
  • un tapissier Blaise
  • l’opticien Krys
  • ’orthophoniste

En 2000 le Bar a été racheté par Cédric (le fils de Claude) et son épouse. Suite au décès de Claude Cédric a hérité des murs.

La sirène d’Erquy.

 par Liliane Lemaître

Mythe et Histoire

Depuis quelques années, Erquy a volontairement représenté son blason sous la forme d’une sirène. Souvent peinte de profil, plongée dans le vert de l’élément marin, la belle joue sur les trois branches du E qu’elle évoque avec originalité en déployant sa blonde chevelure, ses bras et sa capricieuse queue de poisson, de la gauche vers la droite.  De sinople à la sirène, les cheveux flottants et la queue vers senestre…  D’autres lieux, jouant sur leur vocation maritime et leurs légendes ont également représenté des sirènes. Celle d’Erquy mérite cependant tout notre intérêt car elle puise sa source dans nos grands mythes celtes, leur histoire passionnante et souvent tragique.  

 Faut-il rappeler l’origine des sirènes ? Sans doute, répondrez-vous qu’il y a deux sortes de sirènes, bien différentes les unes des autres ! Celles des grecs, n’avaient rien de commun  semble-t-il, avec les femmes-poissons qui nous font toujours rêver ! Ces créatures étranges ont toujours été assimilées à des monstres, usant de leurs charmes pour détruire les hommes.

 Dans l’Odyssée, Homère nous raconte comment Circé, la magicienne, met en garde le bel Ulysse : Nul ne peut résister aux charmes de ces « oiseaux de malheur » qui attirent les marins pour mieux les dévorer. Le subtil aventurier fait couler de la cire dans les oreilles de ses hommes et se fait enchaîner au mât de son navire pour pouvoir apprécier la beauté de ces chants divins… Ainsi, il a vaincu les « goules » ou les harpies. Celles-ci n’ont pas d’écailles mais des plumes de rapaces. Le symbole reste intact. Ces créatures sont dangereuses, démones mi-femmes, mi serpents, leur perfidie s’adresse à l’être masculin !

 La sirène à la monstrueuse queue animale,  viendra provoquer de mystérieux naufrages tandis que les navires impuissants se fracasseront sur les rochers.

  Le mythe fondateur : La ville et la femme englouties

La ville engloutie, c’est bien sûr, la fabuleuse ville d’Ys, cité celte qui se serait située suivant les légendes de notre pays aux côtes déchirées et ensevelies par les flots, dans plusieurs lieux possibles, Pointe du Raz ou bien baie d’Audierne mais aussi chez les Coriosolites, d’après l’Histoire, à Fanum Martis (Temple de Mars) qui deviendra plus tard Corseul. Les voies romaines menaient au port d’Erquy, lieu d’échanges et de civilisation réputés. Les restes de nombreux objets gallo-romains dispersés aux cours des recherches archéologiques, témoignent de l’existence d’une ancienne cité ensevelie dans les sables de la baie. Qu’elle se nomme Réginéa ou Nazado, car les avis sont partagés sur son nom, ( Réginéa ou Réginca se serait située sur la Rance, non loin d’Aleth ou de Corseul, justement ) cette ville était sûrement l’une des reines des mers comme ses compagnes de la fameuse cité d’Ys.

Pourquoi cette diabolisation de la princesse Dahut-Ahès, assimilée à une démone, comme ses belles compagnes ? Pour comprendre ce mythe, il nous faut remonter à ses origines et  au conflit qui déchira le monde celte et celui de l’envahisseur romain. Dahut est représentée par les celtes comme « la bonne déesse » mais le christianisme en a fait un suppôt de Satan qui vend son âme au Diable et lui livre les clés (la clef est le symbole du mystère caché) de sa mystérieuse ville. Elle trahit ainsi son père le roi Graalon et plonge ys dans le chaos. Rejetée dans les ténèbres par saint Guénolé. Transformée à jamais en sirène maudite, elle s’enfonce dans l’océan. Que de symboles dans ce mythe ! L’image de la femme celte, déjà insoumise et libérée y croise celle de la religion officielle, devenue religion d’état, imposant l’ordre romain à ses envahisseurs. Inutile de préciser que tout cela n’était pas en faveur de notre Dahut réginéenne !

Elles étaient bien belles, les filles d’Erquy. On dit qu’elles n’étaient pas farouches et qu’elles séduisaient tous ces balourds de Romains qui tenaient garnison prés de là, sur l’oppidum rocailleux de la falaise, derrière la ville, abandonnant volontiers leurs postes pour se livrer aux plaisirs de l’amour avec ces ensorceleuses. Leurs lèvres parfumées et leur peau fine et transparente laissaient transparaître le vin dans leurs gorges enchanteresses… L’austère vertu romaine était oubliée et les chefs des légions sonnaient l’alarme en maudissant ces dangereuses sorcières…

Alors l’envahisseur demanda l’aide des saints austères qui arrivèrent dans « leurs auges de pierre » pour catéchiser la Bretagne et venir à la rescousse des malheureux légionnaires… Soyons vigilants ! Ces austères prédicateurs n’étaient pas des saints mais tout simplement des moines zélés et le paysan naïf a confondu « les auges de pierre » avec le lest de leurs navires… tout est miracle pour l’ignorance et la collaboration avec l’occupant n’a rien d’étonnant ! Ermites et évêques dénonçaient la turpitude de ces filles de Satan qui révéraient les dieux païens. Elles honoraient Brigid, déesse de la fécondité et lors de la grande fête d’Imbole, elles se livraient aux accouplements rituels.  Plus tard, on célèbrera l’abbesse sainte Brigitte, qui avec saint Patrick étaient révérés en Irlande puis en Bretagne.

 Tout cela arrangeait bien l’occupant, brutal et conformiste, modelé par les lois d’un état monolithique. Pour lui, la femme n’était qu’un objet de plaisir ou une reproductrice soumise au diktat du chef de famille. Il se méfiait des druides et de leur ordre moral librement consenti, de leur conception collectiviste de la propriété et se leur philosophie mystérieuse et orale dont on ne possédait aucun texte. Ce peuple dangereux conférait de grands pouvoirs aux femmes qui jouissaient d’une indépendance considérable. Jusqu’alors, les Romains avaient tout fait pour éradiquer le druidisme et imposer leurs lois et leur culture. Ils n’hésitèrent pas à commettre le grand massacre de l’île de Môn au nord ouest du Pays de Galles en l’an 60, détruisant toute la population, hommes, femmes enfants, accusée de druidisme et donc de trahison à l’état souverain.

Peu à peu, les patriarches persécutés se réfugièrent en forêts. Leurs adeptes entretenaient et propageaient les anciens cultes et célébraient secrètement les solstices et les fêtes de Beltaine en allumant des brasiers en l’honneur de Bélénos, le dieu solaire. Le premier août, on fêtait Lugh, dieu de la guerre et l’on pratiquait des sacrifices humains ou animaux. Au 1er novembre, la fête de Samain était sombre  et les morts circulaient librement parmi les vivants, ouvrant tout grand les portes de l’autre monde et révélant les catastrophes à venir avant la fin des temps.  Nous conservons encore curieusement le souvenir de cette fête de Samain, revenue chez nous par les pays anglo-saxons et rebaptisée Halloween avec tout son folklore de carnaval funèbre et magique… Nous, Bretons de petite Bretagne, avons toujours voué un culte sacré à nos morts. La nuit sacrée de Samain leur était consacrée et la porte de la maison leur était ouverte. Ils pouvaient se restaurer à la table et côtoyer les vivants qui leur ménageaient un accueil respectueux.

Fille de la mer et épouse de l’océan, comme ses sœurs les sirènes, la belle Dahut  savait bien que de siècle en siècle, les flots réclamaient leur tribut aux peuples de la côte. Déjà bien échancrée, la baie avait englouti de vastes forêts et certains îlots fantômes dressaient sinistrement leurs formes noires, masquant les écueils  aux malheureux navires.

Comme saint Guénolé l’avait fait pour Dahut et la ville d’Ys, les évêques condamnaient la prospère Nazado et sa princesse aux cheveux cuivrés. A n’en pas douter, elle était fille de Satan, fruit des accouplements avec Lilith, la maudite qui avait oser se rebeller contre «  l’ordre du père » ou « du roi » comme Adam, le premier homme, son créateur. Elle n’avait pas été tirée de la côte de ce dernier comme son autre épouse, Eve l’étourdie. Elle ne devait rien à personne et refusait de se soumettre à l’homme et à Dieu qui l’avaient rejetée pour la punir, avec l’ange de lumière, l’ange rebelle dans les gouffres infernaux. (Kabbale)

Depuis, Lilith avait trouvé refuge au fond des mers (lieu neutre) et ses filles, les sirènes poursuivaient implacablement les hommes dont elles attiraient les navires sur les brisants pour venger leur mère. Soutenus par les Romains, les prêtres et les ermites, prêchaient un nouvel ordre : la soumission à l’état et au chef de famille, la monogamie et la vertu. Les anciennes coutumes et les fêtes lubriques s’éteignaient à l’ombre de la croix et le culte des saints commençaient à se substituer à celui des dieux dont ils empruntaient les attributs et les pouvoirs.  L’enseignement des vénérables sombrait dans l’oubli et leurs préceptes sacrés étaient emportés par le vent avec les dernières feuilles mortes des vieux chênes.

Maudite par les évêques, Réginéa était à présent livrée à la malédiction, avec ses druides expirants. Quelques années plus tard, la colère des dieux rameuta tous les vents. Bélénos réveilla le feu de la terre et conspira avec l’océan pour venger sa fille. Un terrible raz de marée s’abattit sur la ville renégate, noyant la cité et ses environs jusqu’au Cotentin, engloutissant la forêt de Scissy désertée par les druides. Seuls quelques îlots comme celui du Mont- Saint –Michel et les îles anglo-normandes, attestèrent l’existence de cette partie de l’ancien continent. La mer s’enfonça encore davantage dans la terre, y creusant d’immenses baies et les déchirures de profonds estuaires…

Quels trésors à jamais engloutis, dorment au fond de ces mystérieuses grèves ?

  J’ai rêvé dans la grotte où nage la sirène…

      Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron,

 Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée

     Les soupirs de la sainte et les cris de la fée 

     Gérard de Nerval. El Desdichado ( les Chimères)

AU 34 RUE CLEMENCEAU

Actuellement : Maison d’habitation

HISTORIQUE

Au 16ème siècle déjà , du 26 au 34 rue Clémenceau, c’était « Maison du Pont Chesnard » qui abritait une auberge et deux boucheries; elle englobait les dépendances situées à l’arrière.

Cette tête sculptée, ou mascaron, au-dessus de la porte chassait le diable. Une autre légende dit qu’elle représentait l’arrivée inespérée d’un joyeux évènement (mariage, naissance, fortune etc…).

Dans les années 30    :        PATISSERIE-BAR ANGER

Sur le sol de la pâtisserie, l’inscription Anger faite à l’entrée avec des petits carreaux de mosaïques existe toujours.

Sur cette carte( à droite de la photo) la petite fille assise sur les marches de la pâtisserie est Melle Anger qui est devenue Mme Hourdin.

Jusqu’en 1950     :   Mme KUHNS

Mme Kuhns a tenu la Pâtisserie et le Bar de la Mairie (nom du bistrot) quelques années et a ensuite tenu le Bar du Martray à Lamballe.

De 1950 à 1954  :     PATISSERIE- BAR SIMON

Christiane Rouinvy et Hélène Gouranton étaient les vendeuses. M. et Mme Simon ont eu deux fils. En 1954, ils décident de repartir à Pontivy, leur région d’origine où M Simon exercera son métier de cuisinier.

De 1955 à 2009   :  Aux Délices, Pâtisserie, confiserie, salon de thé, établissement enu par M. et Mme Camard.

Jacqueline, Antoine, et le chat

C’est à cette époque que le bar de la Mairie est devenu le bar de la Marine.

En 1968 le commerce qui était constitué seulement de la pâtisserie, du bar et d’un petit appartement au-dessus, a été agrandi pour avoir plus de confort. M. et Mme Camard, ont gardé les deux vendeuses. Christiane au bar et Hélène à la pâtisserie. Au début Christiane ne travaillait que le samedi et dimanche. Ensuite, se sont succédé des saisonnières. En 1958, Mme Déguen était employée lorsque son mari a disparu en mer. Régine, (la fille de Christiane), Martine Saes, (sa belle-fille), épouse de son fils Yannick et Mme Charlot ont fait plusieurs saisons chez M et Mme Camard. Régine a été leur dernière vendeuse.

Antoine a formé plusieurs pâtissiers dont Laurent Emery (Les sucettes du Val-André), Laurent Selvert et le fils Collier. Antoine a démarré avec un four à bois. Souvent M. Nicol (le boulanger d’en face) lui proposait de cuire ses gâteaux quand son four était disponible. Il y avait une très bonne entente entre voisins.

Les enfants adoraient les gâteaux ayant la forme d’une grenouille de couleur verte, ou les souris blanche aux yeux rouges. Même Francette, la nièce de la concurrence (Doudou) allait en douce en acheter. C’étaient les spécialités de la maison.

Jacqueline et Antoine ont eu 3 enfants, Marilyne, Isabelle et Antoine. Leur père était très investi dans la vie associative. (Nous en reparlerons dans les fêtes de la St-Jean).

Au bar de la Marine, beaucoup d’habitués se retrouvaient pour discuter et jouer aux cartes. Le samedi, jour de marché, le bar était pour certains un passage obligé. Les fermières, surtout de la Bouillie, y déposaient les commandes de beurre au café et les clientes, principalement des Hôpitaux, les y récupéraient.

La pâtisserie a fermé en 1996 tandis que le bar est resté ouvert jusqu’en 2009.

rbt

AU 32 RUE CLEMENCEAU

Actuellement : Maison d’habitation

Jusqu’en 1950          Mme Simon : Bar tabac – confiserie

Tous les enfants connaissaient Mme Simon, qu’ils appelaient familièrement Fifine ; elle acceptait de vendre des bonbons au détail. Colette Martin se souvient que sa tante lui donnait le dimanche deux petites pièces pour mettre à la quête. Avant d’assister à la messe, elle se rendait à la boutique où avec l’une des pièces elle s’achetait des bonbons.

Mme Simon cèdera son commerce quelques années à M Guillot avant de le reprendre en 1959.

De1950 à 1959               Monsieur Louis GUILLOT : Bar- tabac

M. Guillot a eu l’autorisation d’ouvrir un bureau de tabac (c’était très réglementé).

A la Foire exposition de Saint-Brieuc, 1955.
De dte à gche: Louis Guillot et ses amis Ange et Maria Lemaitre ainsi que leur petite fille Liliane.

Le bureau de tabac Louis Guillot

Avant de porter le nom solennel de Jubilé, la recette buraliste, petite et sombre ne me semblait pas d’un grand intérêt. Les messieurs enfouissaient leur bien dans leurs vastes poches et repartaient avec leur précieux étui cartonné de gitanes bleues ou leur paquet de gris pour nourrir leur pipe culottée ou tout simplement « s’en rouler une ».

 Jamais je n’aurais remarqué la vitrine si elle n’avait contenu en son mitant un énorme – enfin, je le voyais ainsi – distributeur vitré de boules multicolores de chewing-gum. Une merveille, une fontaine de jouvence d’où s’écoulaient d’interminables chapelets de délicieuses, odorantes et fondantes friandises.

  Louis était un grand ami de la famille et il n’hésitait pas pour me faire plaisir à m’offrir l’une ou l’autre de ces billes savoureuses dont j’étais très friande et qu’il désignait précieusement par l’appellation : « chewing-goum ».

 Quelques clientes fréquentaient aussi la recette mais, à l’époque, c’était surtout pour dépanner leur mari et lui éviter un insupportable sevrage qui l’aurait fait enrager. Ainsi, la cigarette au coin de la lèvre, pouvait-il vaquer tranquillement à ses occupations, relever ses filets ou réparer la mécanique défectueuse…

 Mon père était naturellement un grand client de Louis et lorsque je voulais lui offrir un petit cadeau, je savais qu’il apprécierait ses cigarettes favorites. Je lui avais offert plusieurs pipes et même une magnifique blague à tabac, caoutchoutée dont les plis se refermaient joliment en forme de corolle.

  Pourtant, Louis n’avait pas toujours le cœur gai. Il s’ennuyait ferme et vivait difficilement sa vie de célibataire. C’était un ami précieux, au grand cœur qui ne savait quoi inventer pour nous faire plaisir. Presque tous les soirs, il venait pousser visite à la famille pour égayer ses moments de solitude. On entendait la porte d’entrée, doucement s’ouvrir, puis celle de la cuisine laissait passer une tête un peu embarrassée qu’il excusait de sa voix traînante, par son petit compliment habituel :

« Ah ! J’étais venu vous dire bonsoir… je ne vais pas rester longtemps… Je ne voudrais pas vous déranger… »

  Deux heures plus tard, Louis était toujours là, dans la bonne humeur et tous étaient heureux de le voir. Il partageait secrets et confidences avec mes parents.  On emmenait Louis au cirque, au cinéma et même à la foire exposition de Saint Brieuc.

   A la foire, il avait tenu à faire un petit cadeau à la plus jeune et il était revenu avec un baigneur noir en celluloïd, dans les bras. Tu l’appelleras Bamboula, c’est un nom bien de là-bas ! C’était effectivement le plus beau bébé noir que je serrais contre moi et naturellement, je demandai à ma mère de lui faire un habit… le jaune serait du plus bel effet !

  Un soir, Louis nous invita à souper. On entendait chanter les couvercles des casseroles sur la gazinière.

« Ah ! Vous allez vous régaler s’exclama le chef cuistot, la mine réjouie. Je vous ai préparé… des tripes ! »

 Je me sentis alors défaillir. Ma mine horrifiée ne trompa pas Louis qui comprit tout de suite la disgrâce jetée sur son plat par la gamine !

  Bon enfant, comme de coutume, il me consola rapidement :

 « Ce n’est pas grave si elle n’aime pas ça ! Elle va manger du chewing-goum » !

Liliane Lemaître

A partir de 1959     :    Bar-Confiserie repris par Mme Simon

Ensuite,  M. et Mme Hellequin : Tapissier, Réfection de matelas