Les Lavoirs d’Erquy

         Les lavoirs étaient des bassins publics municipaux, creusés dans le sol maçonnés ou cimentés, et alimentés par une source ou un ruisseau. Ils étaient utilisés par les femmes pour laver et rincer le linge qui demandait des quantités d’eau propre importantes.

         On peut voir dans les archives municipales et dans le livre de M. Le Gal La Salle qu’ il existait déjà des lavoirs sur la commune dans les années 1700:  ils connaîtront une période d’expansion à partir des années 1850 alors que les épidémies de choléra, variole, typhoïde faisaient de nombreuses victimes en France. Cette prise de conscience hygiéniste entraîna en 1851 le vote par l’assemblée législative d’un crédit spécial pour subventionner à la hauteur de 30% la construction de lavoirs. Dans les années 1900 la commune reconnaît leur utilité en votant des crédits pour l’entretien les lavoir existants et en créer de nouveaux.

Lavoir  alimenté par un ru (Photo Mémoire d’Erquy)
Lavoir  alimenté par une fontaine à l’aide d’un caniveau en grès d’Erquy (Photo Mémoire d’Erquy)

         Voici quelques délibérations du conseil municipal:

1900             :  on parle du lavoir public du bourg… le Pussoué et Guérinet

23 fév.1908   :  le conseil vote 1100 francs pour la construction d’un lavoir à Langourian et 250 francs pour un autre à la Couture

23 mai 1909 :  le conseil municipal vote 31,50 francs pour la construction du lavoir du Port (la chaussée)

25 nov.1917  : le conseil municipal vote pour la construction d’un lavoir à la Noé-Niheu et une subvention pour la réfection du lavoir du Bignon.

15 oct. 1922  : vote du conseil municipal 100 francs pour la réfection du lavoir de Saint-Carreuc.

13 juil. 1930 : le conseil municipal vote pour la construction d’un lavoir à la Vieuville

28 sept.1932 : demande d’autorisation de couvrir le lavoir du Doué Neuf (lavoir de la Bastille).

9 avril 1934 :  921 francs alloués par le conseil municipal pour la réfection du lavoir des Moutiers.

1 déc. 1935 : demande par le Conseil Municipal d’un devis à MM. Le Frost, Bussi,et Thomelier pour la construction de lavoir au Saint Sépulcre, à Saint Pabu et Saint Aubin. 

28 fév. 1937 : demande de création d’un lavoir au Vaubourdonnet par M. Marbaud.

         On peut voir que chaque hameau et groupe de maisons, ainsi que quelques fermes, avaient leurs propres lavoirs. La distance entre le lavoir et la maison devait être la plus courte possible pour permettre à la lavandière, souvent employée à la journée pour la lessive (la buée), de ne pas perdre trop de temps en allers et retours avec la brouette chargée de linge.

      Il fallait emporter, outre le battoir, la caisse en bois remplie de paille ou garnie de chiffons pour protéger les genoux : la lavandière pouvait rester agenouillée plusieurs heures pour mieux laver, frotter avec une brosse en chiendent si nécessaire, rincer, battre le tissu afin de l’essorer au maximum. Le métier de lavandière était très pénible. Les grosses pièces (draps) étaient bien souvent essorées à deux personnes en le tordant une dans un sens l’autre dans le sens inverse.  
    Quelques lavoirs qui étaient couverts, protégeaient ces femmes exposées aux intempéries et pour qui les journées d’hiver étaient très difficiles. La lessive était un moment important dans la vie des femmes : elle leur permettait de se retrouver, de discuter ; les lavoirs résonnaient souvent des discussions, c’était là que convergeaient les nouvelles et les rires de ces femmes. Comme chaque lavandière avait sa pierre attribuée, si par malheur l’une prenait la place de l’autre, le ton montait et pouvait en venir aux mains.

         Dans certaines maisons, on ne voulait ou on ne pouvait pas aller au lavoir communal; on faisait alors l’acquisition d’un lavoir en ciment à un ou deux bacs, auprès de l’entreprise Bussi, rue Foch à Erquy. La citerne ou le puits fournissait l’eau nécessaire au lavage et au rinçage de la lessive.

Modèle de lavoir de l’entreprise Bussi
Modèle de lavoirs de l’entreprise Bussi

         Le terme de lavandière désigne toute femme qui lavait autrefois le linge essentiellement avec des cendres et de l’eau chaude, puis à la main ou au battoir, dans un lavoir ou un cours d’eau. Cette profession était reconnue unanimement pour sa dureté. 

Une lavandière à la rivière de la Ville Ory (Crédit photo J.Fassier)
Lavandière à Saint-Cano  (Crédit photo B.Besnier)

      La grande buée était une opération d’envergure qui avait lieu une fois à l’automne et une fois au printemps, pour laver l’ensemble du linge d’une famille, notamment les draps et le gros linge qui étaient stockés dans un grenier. Les petites lessives avaient lieu une fois par semaine, généralement le lundi, pour de petites quantités de linge, essentiellement des vêtements

Le matériel indispensable à la lavandière était constitué de :

–    la brouette en bois devait être à claire voie afin d’être le plus léger   possible

      – la caisse à laver en bois garnie de paille ou vieux chiffons et le battoir en bois de hêtre ou peuplier (le chêne n’était pas utilisé à cause de son tanin qui risquait de tacher le linge).

      – le savon de Marseille qui était stocké à sécher au grenier pendant au moins un an afin qu’il ne s’use trop vite et la brosse en chiendent

      Jusqu’à la fin du 19ème siècle n’existaient ni le savon ni la lessive : la femme lavait à la cendre. Au début du 20 ème siècle, on voit apparaître les cristaux de soude, les premières poudres à laver les boules bleues, le savon et après 1918, la lessiveuse à champignon : cela devient plus facile de faire la lessive. En 1920, première machine à laver motorisée est présentée à la foire de Paris et en 1929, apparaît la première machine à laver française avec essorage intégré.   

        Du fait de ces progrès fait, on la fait plus souvent : une fois par mois, puis une fois par semaine. Les détergents de synthèse font leur apparition en 1952.

Une lessiveuse (ci-dessus et dessous)

Nous avons recensé quarante-trois lavoirs dont deux incertains (aucun document). Aujourd’hui sur notre commune il reste treize lavoirs qui ont échappé à la destruction : il serait bon de les signaler et de les nettoyer.

 (0)   Lavoir de Saint Cano; (1) Le Moulin aux moines (Saint Cano); (2) Rue du chemin de fer (chez monsieur Sabin Patrick); (3) La vallée Saint Pabu; (4) Le Dréneuf; (5) La Ville Denais; (6) Caroual village; (7) Doublet; (8) Rue de la Sourdiére  (Privé); (9) Le Vaubourdonnet; (10) Rue de Doué de la cuve; (11) Place de la Bastille(12) Rue des plages sauvages (Pussoué); (13) 33 Rue des Hôpitaux (Maison J.-J. Trepps, privé); (14) Rue des Hôpitaux, avenue Hamonet (Privé); (15) 11 bis rue du val (maison R. Balan, privé);  (16) Impasse de la source du Val; (17) Les Ruault(18); La ville Gour(19); La Mare-ès-loups; (20) La Ville Louis (maison Jan, privé); (21) Ruelle du Bignonnet;  (22)Les Montiers (Privé); (23) Rue du Lormet; (24) Ferme du Guen (Privé); (25)Ferme du Portuais (Privé); (26) Lourtouais; (27) Rue de la Basse rue (Sous les doués); (28)    Rue des Prés Biard; (29) Saint Aubin; (30); La Corderie (appelé le lavoir des Lépreux); (31) Le Guigoude; (32) Langourian; (33); La Ville Louis; (34) La Noë-Niheux; (35) Lislet; (36) L’Abbaye; (37) Bien Assis; (38) La Couture; (39) Saint Carreuc; (40)  rue de la marre des Noés; (41) la Chaussée  (sans certitude); (42) La Vallée Roussel (sans certitude).

Il faut encore ajouter à cette liste quelques lavoirs sommaires (simples trous d’eau sans aménagement):

La mare de la couture; le bois de Cavé (Famille Sive); le lac Bleu; la ville Bourse; la Ville-Ory plusieurs (le long de la rivière); Quélard; le Vauroual.

Le bois de Cavé vers 1908
Le lac Bleu

         Angèle aimait raconter les buées au lavoir de Lourtouais.  

       Angèle habitait dans une petite maison de grès rose construite par son père à son retour de nombreuses campagnes sur les goélettes au large de l’Islande.

         Cela se passe vers 1929 au début du printemps, lors de journées ensoleillées, tôt le matin, plusieurs femmes de pêcheurs, quittaient Tu-es-roc (qu’on prononçait Tieuro) en poussant des brouettes (bérouettes) chargées de linge sale, en direction de Lourtouais. 1,5 km environ avec une belle côte à gravir avant de plonger sur le chemin menant au lavoir. Les nombreux enfants qui suivaient, leurs mères,

C’était le début d’une journée merveilleuse, de l’espace, des terrains accidentés avec de nombreuses cachettes, la plage un peu plus bas,  « la liberté». Les femmes s’installaient autour du lavoir lavaient, brossaient, battaient, rinçaient, tordaient le linge avant de l’étendre sur les ajoncs, genets et la bruyère où il séchait.

       Les laveuses et les enfants réunis après ce dur labeur profitaient d’un pique-nique bien mérité ; c’était un moment de gaîté qui permettait d’oublier l’absence des pères ! Nostalgiques en regardant vers le nord une mer légèrement houleuse, certaines femmes pensaient aux jours lointains où elles viendraient au même endroit pour essayer de voir passer au large les goélettes de retour d’Islande. Angèle allait souvent avec sa mère surveiller l’arrivée des goélettes en haut de Lourtouais.

Le lavoir de Lourtouais et l’oratoire Notre-Dame des bruyères édifié par M. Barbes en 1972

                                                                                                                                                                                Christian Fremont et  Claude Spindler

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