Historique des Commerces d’Erquy: 31, rue Foch

 

 

 

 

de 1933 à 1983
MAISON BAUDY
A L’ALLIANCE D’OR
Souvenirs bretons, Horlogerie- Bijouterie

 

C’est Madame BAUDY, originaire de l’Ile-et-Vilaine qui a acheté la maison. Son fils Raymond y a fondé la bijouterie. Il s’est marié en 1934 avec Germaine Renault; ils ont tenu la bijouterie jusqu’en 1983. Ils ont eu deux filles: Christiane et Marie-José.Henriette, ( Mme Rault) sœur de Mme Baudy  y a été vendeuse pendant toutes ces années. Elle a eu deux filles: Henriette et Odette. Elle est décédée accidentellement à 104 ans; elle s’est étouffée en avalant une dent couronnée.

Tous les rhoeginéens et les habitants des alentours ont eu  pour leur baptême , leur communion , leur mariage ,un cadeau acheté chez BAUDY. C’était un magasin ou nous trouvions de  tout. Des montres, Des livres de messe, des chapelets, des chaines, des médailles et des croix des couverts et les timbales en argent pour les bébés, des bagues de fiançailles et des alliances. Pour les mariages un très grand choix de vaisselle et d’accessoires en porcelaine de Quimper. La maison a été inoccupée de 1983 à 2003, puis vendue  à la famille Clérivet.

 

 

Collectrices: S. Moret, J. Fassier, B. Maurer

 

 

 

 

 

Chez Baudy

                                                                                             par Liliane Lemaître

 

   Noël, la fête des mères et bien sûr celle des pères… Des jours sacrés où il fallait absolument combler ceux que j’aimais et leur offrir un magnifique présent ! J’étais bien jeune et ma tirelire, une cloche jaune en plastique transparent ne regorgeait pas de « gros sous ». Je les comptais fiévreusement… Allais-je demander à papa de m’aider ou de m’accompagner ? « Non, pensais-je fièrement, je suis une grande fille et je vais me débrouiller toute seule ! »  Je trouverai bien quelque chose chez Baudy.

   Cette boutique, en principe, une bijouterie, était pour moi la caverne d’Ali Baba débordant de trésors. Lorsque je revenais de l’école ou que j’allais consciencieusement faire quelque petite course dans l’une des épiceries, je m’arrêtais naturellement devant le magasin magique. Ses trois grandes vitrines étaient richement garnies et ravissaient le regard :

  Celle de gauche présentait les bijoux les plus précieux : bagues de fiançailles sur leur présentoir, bracelets, montres, colliers dont l’or luisait sous les lumières. Sur les étagères supérieures trônaient d’autres objets. Suivant les circonstances, il s’agissait parfois de beaux chapelets de nacre blanche montée sur des chaînettes en argent ou en métal doré. Ceux-là me plaisaient bien et je pensais que dans quelques années, j’aurai plaisir à en tenir un dans mes mains jointes et gantées d’organdi…On voyait aussi tout auprès, de jolis missels couverts de cuir fin incrusté d’un liseré doré… Puis c’était de beaux crucifix de bois vernis orné de fins Christs en bronze, de petits bénitiers ouvragés que l’on pouvait fixer aux murs de sa chambre… Objets pieux qui feraient le bonheur des enfants de la communion solennelle et que famille et amis allaient choisir et offrir aux communiants avant de s’attabler au festin préparé avec grand soin par les mamans… Naturellement, surplombant l’équipement du communiant, trônaient les bijoux de circonstance : Médailles de la Vierge ou du Sacré Cœur et croix en or ou en « bon plaqué, Fixe, le meilleur, Murat, Oria… » Bon investissement ! d’après la bijoutière. Ces médailles pouvaient aussi être vendues pour les baptêmes et étaient plus ou moins grandes. Au verso, on ferait graver le prénom de l’enfant, la date et la circonstance solennelle qui le sanctifiait pour la vie… Naturellement, il ne fallait pas oublier la chaîne pour les suspendre au cou des petits. A côté, serpentaient  de petites gourmettes que l’on graverait elles aussi au nom du nourrisson qui s’empresserait malencontreusement de perdre sa jolie chaînette en promenant au gré du hasard ses menottes aventureuses… Puis on voyait luire de courtes timbales en métal argenté que maman placerait dans un buffet, bébé goûtant fort peu le métal à la dureté froide et à l’odeur discutable… Quelques écrins ouverts présentaient sur leur satin blanc  artistiquement plissé comme des objets sacrés, de beaux couverts argentés que l’on pourrait faire graver au nom de leur heureux destinataire…

    Dans La vitrine de droite, d’autres bijoux en argent, ornés de symboles bretons et de pierres d’améthyste, bagues, croix, bracelets faisaient aussi rêver.  Des vases, de la faïence de Quimper, des lampes décoratives et tant d’autres objets … Une grande variété régnait dans la troisième vitrine qui remontait dans l’impasse Foch. Des poupées de collection, joliment costumées voisinaient avec de beaux foulards folkloriques et toujours des faïences, des cuivres, des coffrets à bijoux en bois travaillé avec des motifs celtiques, ou incrustés de coquillages et des bateaux décoratifs agrémentaient l’ensemble… Des baromètres et tant d’autres choses rappelaient à l’œil étonné du passant leur caractère utile voire indispensable.

    Je montais donc les marches de pierre insérées entre les deux vitrines et pénétrais dans le « sanctuaire ». Alertée par la sonnette musicale de la porte vitrée, l’hôtesse se tenait derrière son comptoir. Là encore des vitrines captaient mon regard. Avec celles du dehors, elles conféraient à  l’endroit  une fantastique atmosphère d’aquarium où se côtoyaient de rares espèces que je ne me lassais pas de contempler.

     La dame connaissait mes habitudes, mes attentes et aussi mes modestes moyens.

    – Je cherche un cadeau pour la Fête des Mères…

    Elle acquiesçait et sortait aussitôt.

    – Je vais chercher le coffre. Je reviens tout de suite.

    Deux secondes plus tard, elle déposait sur la transparence du comptoir, le plus merveilleux des coffres à trésor. Elle en rabattait le couvercle.

    – Je te laisse faire ton choix. Tous les prix sont notés sur les articles.

    Elle repartait vers des lieux mystérieux me laissant en tête à tête avec les bijoux : Aventurière, éblouie par le butin de ses rêves, je puisais la main dans le coffre de bois et étalais colliers de léger cristal aux riches couleurs. Certains brillaient de l’éclat de leurs perles factices, d’autres, plus modernes jouaient sur des compositions insolites et très harmonieuses. Il y avait aussi des bracelets mais ils me semblaient clinquants, des bagues… jolies mais la taille des doigts était difficile à apprécier, des broches… Hum… J’hésitais.

   Enfin, je trouvais le cadeau idéal et je repartais, ravie, avec un joli paquet. Avec un beau dessin et un joli poème de ma composition, maman allait être comblée.

   Sans doute était-ce un peu puéril mais ce lieu était vraiment pour moi mythique et je le retrouvais parfois dans mes rêves.

   Tant de trésors exposés à la convoitise des passants devaient forcément se voiler au passage du Bon Dieu. Aussi, les dimanches de Fête-Dieu, alors que nous défilions sur les routes décorées de pétales de fleurs et de frises de marc de café somptueusement dessinées et colorées en brandissant nos bannières chamarrées, alors que le prêtre brandissait solennellement l’ostensoir et que la clique célébrait les moments de recueillement devant les majestueux reposoirs, je m’étonnais que la vitrine de Baudy soit modestement masquée par de grands draps blancs immaculés parsemés de roses rouges. Ainsi avait-on réservé le seul hommage au créateur !   

 

 

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