Histoire de « pots de vin »

 

    Un  pot de vin  est traditionnellement interprété comme un acte de corruption. Il s’agit généralement d’une transaction malhonnête entre deux personnes. L’une d’elle offrant de l’argent ou tout autre bien à la seconde dans le but de commettre un acte immoral. 

 Au XVIIIème siècle, dans le secteur de la marine et plus précisément de la pêche, il s’agit d’un geste tout à fait légal, pratiqué devant notaire.  C’est en quelque sorte une bonification ou une espèce de prime à l’engagement stimulante pour le recrutement, dans ces campagnes difficiles. Ce pot de vin ne remet pas en cause la part revenant à l’engagé sur le produit de la pêche. 

  Cet acte concerne par exemple, tout l’équipage du morutier qui se prépare à la grande campagne de Terre-Neuve : Les officiers-majors, mariniers, matelots pêcheurs, novices et autres, volontairement engagés sur le navire La Belle Françoise , d’environ 50 tonneaux dont sera capitaine François Pasturel. Le navire se prépare à sortir du port d’Erquy pour aller pêcher la morue sur le grand banc de Terre-neuve et autres bancs. Il devra tâcher de veiller à l’entier chargement du dit navire  et ensuite en faire décharge dans le port des côtes de Bretagne, Normandie et autres provinces de France.  

 

 

      Avant leur départ, le sieur Pasturel de la Réauté, armateur, s’engage à leur payer les sommes convenues pour leur « pot de vin » et qui seront portées dans l’article d’engagement particulier de chacun d’eux  Pour salaire, ils recevront au retour,     1 /5ème du produit de la vente de la pêche du poisson et de l’huile. Voici, pour exemple, le montant des pots de vin de quelques engagés  – tels qu’on peut les retrouver dans un  acte signé le 4 mars 1786 sous le seing du dit sieur Pasturel de la Réauté, armateur et les nôtres après lecture. 

    Le  25 02 1786, après midi, Jean Hamoniaux, demeurant aux Hôpitaux, en cette paroisse d’Erquy, en qualité de « matelot pêcheur », a reçu pour son pot de vin, la somme de 210 livres dont la quittance, aura en outre un lot au cinquième de la pêche. 

Jean Raux, demeurant au bourg d’Erquy, « matelot pêcheur » a reçu son pot de vin de 210 livres et aura de plus, un lot au cinquième de la pêche. Guillaume Dutertre, également « matelot pêcheur » demeurant à Erquy, a reçu 210 livres. 

Etienne Henry, s’est engagé en qualité de « novice » et a reçu pour son pot de vin, la somme de 87 livres. Il aura en outre, un demi lot au cinquième de la pêche. 

Antoine Dagorne, âgé de 14 ans, demeurant au village des Hôpitaux de cette paroisse d’Erquy, s’est engagé en qualité de mousse et a reçu son pot de vin de 50 livres. Aura en outre, 1 /4 du lot au cinquième de la pêche. 

Jacques Lorie, demeurant au bourg d’Erquy, s’est engagé en qualité de « maître d’équipage » et pêcheur et a reçu pour son pot de vin, la somme de 274 livres et aura un lot au cinquième de la pêche. 

Le sieur Nicolas François Le Roux de la paroisse de Tourville, évêché de Coutances, en qualité de « second capitaine », saleur à pratique a reçu son pot de vin de 300 livres et aura en outre un lot au ¾ de pratique au cinquième de la pêche tierçons de morue et un tierçon de Nos ? et langues. 

François Pasturel, sieur de la Ville Rogon, en qualité de « capitaine en chef » du dit navire, a reçu pour son pot de vin, 300 livres, et aura un lot ¾ au cinquième de la pêche, un tierçon d’huile, une barrique de morues et un tierçon de nos (1) et langues. 

(1): les nos sont les joues de morue (encore appelées jottereaux)

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