Erquy, station balnéaire bretonne

Les pratiques balnéaires ont plus de deux siècles en Bretagne.

Dans les années 1820 – 1830, une société mondaine pratique une thérapeutique de l’eau, eau de source au départ puis eau de mer. Certaines communes du littoral combinent même sources minérales et bains de mer : la région malouine et Pornic en sont des exemples. La plage de Pornic est d’abord fréquentée pour son eau douce. L’historien Léon Maître précise que « les premiers baigneurs furent des buveurs d’eau simplement et non des amateurs de natation ou des partisans de l’eau froide ». Il ajoute : « L’habitude des bains de mer ne s’est pas répandue tout à coup dans les mœurs, elle s’est produite par contact et par entraînement comme beaucoup de coutumes ». Ce n’est donc pas la pratique de la baignade qui crée la station balnéaire (certains autochtones se baignent déjà) mais les demandeurs, généralement peu nombreux et issus de classes aisées, voire aristocratiques qui forment des noyaux balnéaires. Des stations comme Saint-Malo, Dinard ou Le Croisic furent développées par les anglais dans les années 1850. L’Angleterre connaît déjà les bains de mer avec les fameuses Bath et Brighton…

Certaines des « stations de la deuxième génération » sont fondées par des personnalités réputées comme l’ingénieur Cotard au Val-André, Alix à Saint-Cast, Brouard à Sables-d’Or-les-Pins. D’autres stations comme Erquy ne sont pas créées par des leaders mais suivent les mêmes principes.

               L’attrait du port breton

Très prisé pour les activités de la pêche, le pittoresque des bateaux et des gens de mer, c’est par excellence, le lieu de la flânerie et du spectacle.

Un port est un séjour charmant pour une âme fatiguée des luttes de la vie. L’ampleur du ciel, l’architecture mobile des nuages, les colorations changeantes de la mer, le scintillement des phares, sont un prisme merveilleusement propre à amuser les yeux sans jamais les lasser. Les formes élancées des navires […] servent à entretenir dans l’âme le goût du rythme et de la beauté.

Ecrivait Baudelaire dans ses « petits poèmes en prose » et Victor Hugo en 1836 affirme sa préférence pour les petits ports : Il déteste toutes ces maçonneries dont on caparaçonne la mer […] Plus le port est petit, plus la mer est grande.

Peu à peu, la plaisance s’installe progressivement dans le port et les plus petits vont être recyclés en port de plaisance dont la popularité s’accroît après les années 1950.

Il est non seulement un pôle touristique mais aussi un site instructif propice aux leçons de choses de la mer. Aujourd’hui, on envoie les écoliers en classes de mer comme on les fait séjourner, l’hiver en classes de neige.

              Un retour à la nature et l’illusion de la vie sauvage

Bien souvent, le séjour à la mer se double d’un séjour à la campagne, toute proche. Les enfants, émerveillés découvrent les bêtes de la ferme, le bon lait et les œufs frais…

Lors de son séjour en Bretagne en 1894, Colette s’enivre du charme de la vie sauvage : « Pour la première fois de ma vie, je goûtais, je touchais le sel, le sable, l’algue, le lit odorant et mouillé de la mer qui se retire, le poisson ruisselant. » Lorsqu’elle séjourne un peu plus tard dans sa propriété de Rozven, à Saint-Coulomb, sur la côte cancalaise, elle retrouve cette vie paradisiaque où l’on « marche sans souliers, tout le temps dans l’eau, dans le sable.» Elle s’enivre du crachin du vent d’ouest, « cette pluie fine vannée par la tempête, la douce pluie marine, un peu salée, qui voyage dans l’air comme une fumée » (Le Blé en Herbe). C’est là qu’elle écrit Le Blé en Herbe (1923) et Claude Autant-Lara tournera l’adaptation cinématographique à Erquy en janvier 1954. Sans doute fut-il ému par la beauté des paysages… On y découvre les cabines et les tentes de plages sur la plage du centre prés de la villa Meryem où séjournent les deux héros Vinca et Phil durant les vacances, l’îlot de la chapelle Saint Michel où ils vont pêcher la crevette et où le jeune homme rencontre « la dame blanche » et la petite crique du Goulet où le jeune homme s’échoue après le naufrage de sa périssoire.

 

             « Un petit trou pas cher et reposant »

Le touriste parisien, de classe moyenne, recherche une plage familiale, accessible, bien fréquentée et surtout sécurisante pour les enfants. Naturellement, le séjour bon marché est un atout majeur.

La station d’Erquy correspond tout à fait à ce profil et compte nombre d’hôtels et surtout de pensions de famille aux tarifs très accessibles. Le séjour chez l’habitant facilite les séjours de longue durée et sont très prisés par ceux que l’on nomme à l’époque « les baigneurs ».

Au début du XXème siècle, les nombreuses pensions de famille (« Chanteclerc », « Brise Marine », « Angélique », « Bellatrix », « Les Falaises », « Emeraude », « Montcalm ») et les petits hôtels (« Beauregard », « La Chaumière », « l’Hôtel de la Plage ») sont recommandés par le syndicat d’initiative pour leurs « prix modérés » et leur « cuisine bourgeoise et soignée ». On offre, la plupart du temps « des arrangements aux familles ». On bénéficie de « l’eau chaude et l’eau froide » et le cidre est inclus dans les tarifs. Du 1er juin au 14 juillet et en septembre, le tarif est de 30 francs par jour et du 14 juillet au 31 août de 35 à 40 francs. La plupart se situent à proximité de la mer, du port et des plages, sources de loisirs appréciables.

Un pensionnaire de la pension Angélique fait ainsi l’éloge de son séjour :

«  Nous sommes bien nourris, cuisine saine et variée, portions suffisantes : Hors d’œuvre, poisson, plats de viande, légumes, salade ou fromage, dessert et cidre compris. » Au sujet de l’habitat, il précise : « Nous avons notre chambre en dehors de la pension car il y a trop de clients. Le pays est charmant, très accidenté, belles promenades au long de la mer, dans la campagne et bois de pins. Hier, beau temps, aujourd’hui, pluie. La plage est grande, celle de Caroual est magnifique. Pêche de crevettes, crabes, lançons ; pêche au port de tous les poissons. Excursions variées. »

De nombreux touristes séjournent chez l’habitant. Les locations estivales sont nombreuses et apportent des profits appréciables aux propriétaires et aux agences. Souvent trop limitées en chambres, les pensions de famille ont recours à des locations chez les particuliers. On prépare attentivement l’arrivée des touristes, les femmes s’adonnent aux soins du ménage et les adolescents eux-mêmes « font leur saison ». Dès l’âge de quatorze ans, les jeunes filles proposent aux familles aisées de garder leurs enfants et les garçons se font livreurs en se chargeant des courses dans les commerces…

Quelques jours avant leur arrivée, on a parfois reçu une malle. Puis c’est l’arrivée par le car de la CAT. Le ou la propriétaire accueille la famille la plupart du temps, dans son propre logis. Il faut dire qu’on a tout prévu : le garage ou une ou deux pièces sont aménagés et servent souvent de refuge aux propriétaires durant la saison estivale.

Le confort est plutôt sommaire dans la maison : rares salles de bains et lavabos dans les chambres. Les WC se trouvent au fond du jardin et chaque matin, les baigneurs, trimbalant leur seau de toilette, descendent l’allée du potager et contemplent avec attendrissement les lapins dans leur clapier, avant de pénétrer dans la petite guérite où l’on a empilé journaux et magazines au près du siège de bois. Un broc rempli d’eau de pluie puisée au lavoir remplace la bruyante chasse des toilettes de luxe…

Comme les jours sont longs et les soirées d’été chaleureuses, tout le monde descend dans la cour. On raconte des histoires, on décrit la vie parisienne ou le travail dans la mine. On plaisante. Durant les grandes marées, on initie le visiteur à la pêche dans les rochers, on excursionne et l’on devient ami. Le temps passe vite, trop vite…

Satisfaits de leur séjour, beaucoup reviennent d’année en année et durant l’hiver, on est parfois accueilli par les parisiens et l’on visite ensemble la capitale. Beaucoup ne la connaissent guère et profitent de la visite des bretons pour la découvrir !

A Tu-ès-Roc, grand père a fait construire un bâtiment neuf dont il a lui-même dessiné les plans. La grande demeure jouxte sa petite maison. Dotée d’une terrasse et d’une vue imprenable sur la mer, elle attend les visiteurs. Pour la meubler, il a écumé toutes les ventes aux enchères du contenu des grandes maisons de familles. Ses baigneurs jouissent d’un mobilier de style et mangent dans une vaisselle de faïence de Gien ou de Quimper… Il prend soin de ses hôtes et pour les inviter au respect du repos du voisin, il leur écrit de jolis poèmes qu’il affiche sur les murs :

« Chut ! Le voisin dort ! Il est si gentil ! » Attention charmante dont je souriais…

Cet ancien militaire, n’écoutant que sa bravoure, n’hésita pas un jour à braver les flammes qui embrasaient les vêtements d’une jeune locataire sortie sur la terrasse en hurlant de terreur. Heureux d’avoir sauvé l’adolescente, il ne prit pas garde à lui et se brûla gravement les mains… Il reçut quelque temps plus tard, la médaille du mérite.

Jolie époque où l’on sympathisait aisément avec l’étranger. La méfiance s’effaçait très vite, la nouveauté pointait son nez et ravissait tout le monde. L’heure du départ était bien souvent teintée de mélancolie… On se reverrait l’année prochaine. Une petite carte au nouvel an et puis les beaux jours amenaient les vacances ! Les vacanciers allaient arriver !

 

Contributrice : Liliane Lemaître

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