José Bertin, un pêcheur réginéen vers 1960

     José Bertin, c’était pour moi tout simplement ‘quelqu’un de bien’. Ce qui me frappait en premier, c’était sa gentillesse, sa simplicité, sa voix et son rire franc découvrant une dent en or si caractéristique … Il aimait les gens et particulièrement les ados que nous étions.

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   José Bertin

      C’était aussi et bien évidemment la pêche, son métier. Mais à cette époque, la rentabilité et l’amortissement du « batiau » n’étaient pas la priorité des priorités. C’était un remarquable pêcheur, mais on aurait pu dire un artisan pêcheur. Je n’ai pas bien connu ses matelots *(1). Il était donc pour moi son propre patron. Il pêchait la praire, la coquille Saint-Jacques, les crustacés, le maquereau et tous les autres poissons de la baie.

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Le bateau de Bertin au premier plan sur une carte postale du port

     Il était particulièrement imbattable à la pêche aux araignées à bord de son doris, en maniant le crochet de 5 mètres et la chopine d’eau huilée, qui servait à éclaircir le plan d’eau. Son matelot « nageait » (ramait) debout dans le doris, face à l’avant et José était calé dans la pointe du doris. Très habilement, il guidait son matelot afin de bien positionner le doris, et d’un coup rapide il plongeait son crochet pour saisir ses proies. Un artiste en la matière … qui parfois emmenait mon père, « Dédé », avec lui. [Mon grand-père possédait ces longues perches en bois avec crochet. En retraite de capitaine à Terre-Neuve, il pratiqua aussi la « petite pêche » et notamment ce type de pêche aux araignées. Dans l’eau, à quelques mètres de profondeur, il était bien difficile d’approcher le crochet près des crabes.]

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La saison du maquereau à bord du Voltigeur en 1976

 

      Il aimait emmener ses amis et copains sur les îlots de « la Grosse », lors des grandes marées. C’était possible à ce moment-là (années 1955-1970). Les problèmes de responsabilité et d’assurance ne se posaient guère. Les embarqués d’une journée, dont mon père, mon oncle, mon cousin et moi nous faisions partie, apportaient le casse-croûte et la bouteille de vin. Pas question de rémunération avec lui. Pendant que les copains ramassaient des ormeaux et plus rarement des praires, lui-même faisait quelques trous où logeaient, pas toujours en bonne intelligence, homards et congres (« eune congre » comme on dit en gallo, féminin donc). Mais son but premier, c’était de faire plaisir à ses amis comme le faisaient aussi d’autres fois pour nous François Guérin et surtout Pierre Le Guen.

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En 1980

      Le retour ensuite, c’était la joie d’avoir passé une belle journée, même si elle avait pu être un peu fatigante pour des organismes pas si habitués que ça à ces efforts. Le Voltigeur, lui, dansait sur les vagues, son patron à la barre. Il côtoyait le P’tit Pêcheur , le Jouet des Flotsl’Okeanos, Le Vagabond et quelques autres dont les patrons étaient des passionnés.

       C’était ensuite les boules bretonnes. Sur les terrains de Madame Le Bail, il préférait tirer que placer. C’était un joueur habile avec un déhanchement qui ne le pénalisait absolument pas. Toutes les fins de soirées estivales, de 16 h 30 / 17 h à 19h30 environ, il jouait avec ses copains Désiré Le Bourg, « Toto »Guérin, « Dédé » Erhel, « Pierrot » Le Guen, « Mimile » Lecan, « Le P’tit Chanteur » *(2). Un petit coup de rouge au bar après chaque partie ou après deux parties. C’était un peu ses vacances.

    Mais parfois, l’appel de la mer primait à nouveau. Du terrain de boules, il avait repéré des marsouins dans la rade. Aussitôt, il proposait d’abandonner le jeu pour aller le plus rapidement possible « seuner ». A bord de son doris, il maniait les avirons à merveille et avec force. Après encore quelques coups de godille pour bien choisir le meilleur endroit, il ne tardait pas à jeter à l’eau un filet que des bras de personnes bénévoles et enchantées allaient tirer à partir de la grève. Une bonne récolte de « maqueriaux » et c’était la distribution aux copains. D’ailleurs une de ses  filles après avoir lu mon texte m’a confirmé cette  bonté naturelle  :  « Ah oui, j’en ai porté du poisson à Tieuro!  Petite , comme disait papa, va porter ces p’tits lieus à Angèle, Sidonie, etc.  » *(3).

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José, heureux à bord en 1975

      Pour conclure, c’était aussi son allure : il descendait de son « Tieurot » avec son béret sur la tête (comme mon père), avec sa mobylette parfois traînée à la main, remplaçant une éventuelle canne. Sur sa mob, il avait fixé à demeure un cageot assez profond pour contenir notamment sa paire de boules.

    Un homme courageux, généreux, sensible et aimant, « Bertin », c’était tout cela pour ceux et celles qui le côtoyaient de près et bien plus encore pour le jeune que j’étais vers 1960.

                                                                                                                                             Alain Erhel.

Texte écrit en juin 2017 et un peu «  relu » en mars 2018.

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*(1). Sa fille Geneviève, à qui j’ai envoyé ce texte, me donne les noms de ses matelots : Jules Corgnet, Alfred Le Ny, André Nicol autrement dit « La Pipe », tous plus folkloriques les uns que les autres. Merci d’ailleurs à ses trois filles, Geneviève, Gilberte et Françoise pour leur soutien.
*(2). André Charles et son beau-frère Jean Normand étaient appelés les p’tits chantoux parce qu’ils avaient fait partie des Petits Chanteurs à la Croix-de-Bois et lors d’une tournée dans le secteur, ils étaient tombés sous le charme de deux sirènes réginéennes.
*(3) « Tieuro », « Tieurot » = Tu-es-Roc, c’était le nom du village de pêcheurs et de carriers où il vivait avec sa femme Gilberte et ses trois filles. Il était né en 1912. Il est décédé en 1988.

 

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