Promenade historique sur la Plage du Centre

   Le promeneur, arrivant sur le Boulevard de la Mer à hauteur de la rue des Salines, voit s’ouvrir devant lui un véritable livre de souvenirs.

   De part et d’autre de la rade tout d’abord, la Heussaye et le Cap gardent tous deux la trace des temps immémoriaux où, bien avant l’âge des dinosaures, la terre se formait à grands fracas, hésitant encore à disposer ici ou là les pièces du puzzle des continents que nous connaissons aujourd’hui. Voici plus de 600 millions d’années, le formidable choc des plaques tectoniques, préparant la chaîne des monts cadomiens, génère des explosions sous-marines dont les projections basaltiques instantanément refroidies par les eaux se retrouvent dans la roche même de la Heussaye sous la forme de pillow-lavas. En face, sur le Cap, c’est autre chose : 130 millions d’années plus tard, l’érosion arrache peu à peu aux monts cadomiens toutes sortes de débris que des torrents charrient, émiettent puis déposent dans leur lit ; quelques millions d’années s’écoulent et voilà pétrifiée cette sédimentation, rose pâle ou lie-de-vin, au grain tantôt fin (grès) et tantôt grossier (poudingue) ; plusieurs millions d’années encore et, sous l’effet de quelque puissant plissement, la roche se dressera contre le ciel comme elle est aujourd’hui.

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   Entre les deux pointes de la Heussaye et du Cap, le Boulevard : avec ses villas centenaires et sa promenade, il pourrait faire oublier ce qu’il était encore il y a un peu plus de cent cinquante ans : une dune sauvage derrière laquelle, tout comme aux Sables d’Or, s’étendait un marais que la mer venait envahir en période de vives eaux en empruntant le lit du ruisseau du Val, aujourd’hui busé sous le Chemin du Doué de la Cuve. Si ce marais, loti dans le cours du 19ème siècle, a aujourd’hui disparu, on se rappelle encore les inondations auxquelles a longtemps donné lieu dans le centre-ville la conjonction de grands pluies et de marées hautes. Quant à la dune elle-même – avec son club de plage Douradou, puis Logette, son minigolf et, durant l’été, ses fêtes foraines et les cirques enfin qui, après y avoir planté leur chapiteau, y faisaient paître lamas et chameaux – elle reste dans le souvenir de beaucoup ; on en perçoit toujours aisément la déclivité intérieure en plusieurs endroits : voies d’accès au Boulevard en pente légère, propriétés en contrebas. C’est à partir de 1850 que la dune se construit progressivement de villas entourées de grands parcs, bientôt divisés, puis subdivisés au gré des héritages pour donner en définitive le front de mer quasi continu d’aujourd’hui. Il faut attendre les années 1970 pour la voir disparaître définitivement sous la digue de béton qui borde désormais la plage – laquelle aura vu défiler sur son sable blond toutes les modes de costumes de bain, des plus aux moins habillés.

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   Mais ce n’est pas tout : la rade d’Erquy garde aussi le souvenir des fortifications successives dont elle a fait l’objet. L’exploitation des carrières sur le Cap a rendu difficilement perceptible aujourd’hui l’extrémité sud du fossé de Pleine Garenne qui aboutissait au-dessus de l’actuelle criée. D’une conception plus élaborée et d’une plus grande envergure que le Fossé-Catuélan plus au Nord, il présente trois éléments – talus, fossé et contrescarpe – ainsi qu’une façade de pierres appareillées aujourd’hui masquée par les broussailles ; daté du 4ème siècle avant Jésus-Christ et désigné jadis par erreur comme Camp de César, il avait pour fonction, comme tous les éperons barrés, de protéger les populations qui s’y abritaient d’un agresseur venu de l’intérieur – ce qui le distingue des autres fortifications réginéennes. La deuxième, clairement visible depuis le débouché de la rue des Salines, est le Four à boulets situé à la pointe au-dessus des Trois Pierres : construit en 1795, à l’aide de grès et de poudingue, sur le modèle classique des fours à réverbère, il était destiné à chauffer à rouge les boulets avant de les envoyer sur les vaisseaux anglais ; mais il semble n’avoir jamais été mis en service. Reste la dernière fortification, à l’extrémité Sud de la plage, le blockhaus – construit en 1944 et aujourd’hui réhabilité en maison particulière – faisait partie de l’important dispositif du Mur de l’Atlantique qui visait à empêcher la France occupée d’être libérée par un débarquement allié. Trois fortifications bien différentes donc de par leur conception mais aussi de par la nature de l’ennemi qu’elles envisageaient.

De la même façon, quatre ports retracent l’histoire d’Erquy. Blotti dans le creux de la Heussaye, et à peu près entièrement détruit, le port primitif n’est plus identifiable aujourd’hui qu’à quelques pierres plus ou moins alignées et à la mare des Ecrittes : bien abrité mais difficilement praticable du fait des zones rocheuses alentour, il sert peut-être dans l’Antiquité et sûrement au Haut-Moyen-âge où il voisine avec la saline et la pêcherie. Puis quand, au quinzième siècle, le cabotage commence à recourir à des navires de charge de quelque importance pour le commerce avec Paimpol ou Saint-Malo, il faut construire de l’autre côté de la rade le port dit de la Chaussée, aujourd’hui démantelé et recouvert par la marée mais que chaque jusant réinstalle pour quelques heures dans le panorama : son envergure était supérieure à celle qu’on lui voit de nos jours, l’estran remontant alors plus haut, jusqu’aux chantiers navals dont la Maison de Haute-Folie est la dernière loge survivante. C’est le dix-neuvième siècle qui, à la demande réitérée des Réginéens, décide d’édifier un troisième port : il le fait en deux étapes : vers 1840, tout d’abord, en construisant une jetée percée d’arcades, encore nettement visibles le long de la cale et que l’on dut bien vite combler pour contrer les effets du courant ; puis en 1897, en la prolongeant (et en la couronnant d’un phare) pour lui permettre de recevoir les grandes goélettes de Terre-Neuve et les dundees venus charger les pavés de grès rose. Un siècle plus tard, les bateaux de pêche, toujours plus grands, et l’accroissement de la flottille de plaisance requièrent la construction d’un nouveau port.

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Ainsi dort l’Histoire, sans qu’on y pense parfois, dans des lieux que nous fréquentons chaque jour…

 

Bernard Besnier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Ainsi dort l’Histoire, sans qu’on y pense parfois, dans des lieux que nous fréquentons chaque jour…

 

 

 

 

 

Contributeur : Bernard Besnier

 

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