Le moulin de Quélard

     Nos grands parents M. Barbu Joseph et Mme, née Valot Constance ont acquis le moulin au printemps 1920 de la famille Briend Joseph d’Erquy (serrurier et commerçant au bourg) : l’acte se fit chez Maître Vaillant Albert, notaire à Erquy (successeur de Maître Gorvel).

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                                                                           En 1978

     Dans la famille de notre grand-mère paternelle, il y avait trois meuniers : son frère Emile Valot qui menait le moulin de Montafilan à Plurien et sa sœur Rosalie Valot, épouse Mierre, qui menait le moulin de Noyal (d’ailleurs à l’heure actuelle, seul son petit fils exerce toujours cette profession). Avant de venir à Quélard, nos grands-parents menaient le moulin de l’Epine (moulin à eau juste en dessous de celui de Montafilan) mais durent renoncer à celui-ci car difficile d’accès à cette époque.

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   Constance et ses enfants, Emile et Madeleine

    Notre grand-père, décédé en juillet 1929, mémère Constance continua l’activité du moulin mais en louant les services d’une famille. En 1949, elle mit fin à la location afin de le donner en exploitation à nos parents. Le moulin a fonctionné jusqu’en 1966, car plus assez de clients.

    Le moulin fonctionnait à l’aide d’une turbine et de l’électricité ; une meule faite à base de quartz écrasait les grains à l’étage pour les réduire en farine ; une goulotte descendait au rez-de-chaussée et il n’y avait plus qu’à mettre un sac en toile de jute pour recueillir la farine. L’entretien de la meule qu’on appelait le rhabillage consistait à la sortir de son support et à la buriner afin que la pierre meulière soit rugueuse pour mieux écraser les grains. Cette opération avait lieu tous les ans ou deux ans. A cet effet, à côté de celle-ci se trouvait une pince montée sur un portique pour la sortir et effectuer cette intervention. L’approvisionnement en eau de la turbine se faisait par dérivation de la rivière vers un étang de 200 mètres de long ; celui-ci nécessitait un entretien permanent l’été car il fallait enlever les algues. C’était un endroit calme et reposant où poules d’eau et canards faisaient bon ménage.

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                                                               L’écluse du moulin

     Avec mon frère, on se rappelle quelques clients, entre autre Noré qui habitait les Hôpitaux, une dame qui venait avec sa petite charrette à bras. Il faut dire qu’à cette époque, il y avait encore certaines fermes qui ne possédaient pas de tracteur et venaient au moulin avec chevaux et charrette. Un client qui m’a aussi impressionné dans ma tête de petite fille, c’est M. Joseph Gicquel qui en attendant que ses sacs de farine se fassent, faisait de la barre fixe avec les barres d’entraînement des poulies. Notre père, connu sous le surnom de Bibiche, aimait son moulin et pour montrer sa joie, chantait à tue-tête (les gens de la Ville Ory l’entendaient, il n’y avait pas besoin de haut parleur, il avait une voix qui portait). En ces temps là les gens se côtoyaient beaucoup et l’esprit de partage et de convivialité étaient l’élément moteur d’une bonne camaraderie.

     En 1949, les parents reprirent le moulin de mémère Constance mais ils créèrent également une entreprise de transports et ajoutèrent quelques années plus tard celle de travaux publics. Ils débutèrent avec un camion puis en 1960, notre mère décida de passer le permis poids-lourds, ce qui était rare pour une femme à cette époque ; elle fut d’ailleurs une pionnère dans cette branche ; il fallait la voir manipuler son camion, une femme d’une faible stature (comparée à notre père, elle était dans tous les sens du terme sa moitié) mais avec une de ces forces dans les bras.

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     A l’époque, il n’y avait pas de pelleteuse mécanique, les camions étaient chargés à la pelle à main et elle n’hésitait pas à donner un coup de main aux gars quand il le fallait. Nous étions fiers de notre maman.

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     En 1967, le moulin fut démonté, les turbines étaient oxydées. L’étang fut comblé en 1984 lors de la rénovation du moulin.

       Pour l’entreprise de transports travaux publics, mon frère Jean-Michel, au décès de notre père en novembre 1982, reprit la gérance avec notre mère. Le bâtiment, tournant au ralenti, notre mère prenant sa retraite, nous cessâmes toute activité en mars 1990.

❧❧❧❧

     La voisine, Jeanine Carfantan (à partir de 1940) raconte :

    Je me souviens de la famille Rebours qui habitait dans la petite maison, Louis et Marie (Méhouas) et de leurs deux enfants Cité (Félicité) et petit Louis. C’étaient mes copains de jeux avec Vévé (Chevalier) et Adrien (Richard) qui habitaient à la Ville Ory, moi je demeurais juste au haut de la côte.

Notre principal terrain de jeux était la rivière où barrages et chasses aux libellules n’avaient plus de secrets pour nous ; quand nous jouions trop près des lavandières, elles nous arrosaient avec leur batoullié (battoir).

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     Nous connaissions certains clients du moulin qui venaient avec leur charrette à cheval, moudre des céréales, ils nous autorisaient à monter dans celle-ci, à nous asseoir sur les sacs de posson (blé écrasé) et ainsi, ils nous transportaient jusqu’au haut de la côte, c’était la fête !

     Quand nous voyions Constance partir avec son chien Sultan, vers chez Louise, nous savions qu’elle était partie pour un bon moment, nous allions, après être passé par le moulin, nous peser sur les bascules, faire un tour à l’étang où elle nous défendait, par prudence, d’aller. Nous la craignions, et nous la trouvions vieille (60 ans), elle s’aidait d’une canne pour marcher.

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     Quand Louise disait « Constance, Sultan mange les œufs de mes poules », celle-ci rétorquait « non dé dessous comme ça (elle commençait ses phrases ainsi), les nids de tes poules sont trop bas, ils sont juste à sa hauteur, il pense qu’ils sont pour lui ». Constance était gourmande, elle adorait la fraise de veau, Louise et Joseph l’invitaient, Joseph, avant que le plat bien chaud arrive, préparait sa sauce vinaigrette, tandis qu’elle bavardait, alors c’était l’affolement « non dé dessous comme ça, Joseph tu aurais dû me préparer ma sauce, la fraise c’est bon bien chaud ». Quand Constance était branchée politique, elle était intarissable, elle suivait les gens, ils ne pouvaient pas s’en aller. Constance, c’était un personnage truculent que nous adorions.

     Les cabinets d’aisance du moulin se trouvaient dans le jardin de l’autre côté de la route Erquy-Plurien, ils avaient la forme d’une tourelle et étaient à deux places, heureusement que la circulation n’était pas intense, cela a évité des accidents de diverses natures.  Il n’était pas rare d’entendre Jeanine Barbu appeler Bibiche et celui-ci de répondre: je suis aux toilettes, avec l’écho de la vallée, l’information passait très bien, pas besoin de téléphone. D’un autre côté, nous entendions Reine: Louise le mique est chaud.

 

Comme le dit Madeleine, il y avait beaucoup de convivialité et de tolérance dans nos campagnes.

 

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     Une étude sur les moulins à eau des versants côtiers du Penthièvre (éditée en 2006 dans le Bulletin des Amis de Lamballe et du Penthièvre) dresse, entre autres, la liste de ceux situés sur la rivière de l’Islet et indique les éléments d’histoire concernant le moulin de Quélard :

« Bief. Seigneurie du Plessis-Plorec, associée à Bien-Assis.

« Famille du Breil de Rays, Visdelou.

« – 1427, mentionné : ‘chemin menant du moulin de Quelec à Langourian’.

« – 1681, procès-verbal d’expertise : ‘les deux pignons sont bons sauf celui de la roue qu’il faut « raccommoder’.

« XVIIIe siècle, meuniers : Baillorge 1694, Lemonnier 1720, Bahier 1730, Dagorne 1760.

« – 1792, confisqué nationalement sur LFX Visdelou de Bien-Assis, émigré. An IV acheté par son « ancien intendant René Le Minoux qui remplace Dagorne par ses beaux-frères Marc et Louis Le « Gallais.

« – 1800 (vers), rétrocédé par Le Minoux à la Comtesse de la Ville-Théart qui le vend en 1802 aux frères « Le Gallais.

« – 1805, Marc Le Gallais tué par éclatement de la meule. Son frère Jacques prend la suite jusqu’en « 1850. Loue à Pierre Méhouas.

« – 1853, son fils Joseph Le Gallais, époux Marie Amiot.

« – 1880, achat Valot. – 1950, famille Barbu. Cesse 1952.

 

Contributeurs : Madeleine Barbu et Jeanine Fassier

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