Les danseuses et danseurs de l’Opéra à Erquy

Une féerie de ballets sous la présidence de M. André Cornu
Source : Ouest-France de juillet 1955 (estimation)

La soirée de gala organisée avec le concours des artistes et musiciens de l’Opéra marquera une date mémorable dans les annales de la ville d’Erquy et de sa région. Cette expression de la beauté qu’est la chorégraphie fut une révélation pour certains et un régal pour les initiés. On doit rendre grâce à M. André Cornu, secrétaire d’Etat aux Beaux-Arts, d’avoir fait bénéficier Erquy d’un spectacle aussi prestigieux et reconnaître les mérites de tous ceux qui ont eu la lourde tâche de mettre sur pied une pareille manifestation. C’était en effet une gageure que de vouloir organiser un tel gala en plein air au milieu d’une période pluvieuse comme celle que nous connaissons. Mais la fortune sourit aux audacieux, dit-on, et les dieux aidant, le temps fut exceptionnellement beau, condition indispensable du succès.

L’organisation matérielle se révéla parfaite ; sur le terrain des sports un vaste podium de 100 m² couvert, artistement décoré et parfaitement éclairé par de nombreux projecteurs, était dressé face à d’innombrables rangées de fauteuils et de chaises. Des poteaux, supportant des oriflammes et des guirlandes lumineuses, délimitaient l’enceinte réservée aux spectateurs. Disons tout de suite que le succès a récompensé les organisateurs puisque c’est à 1.500 environ qu’on peut évaluer le nombre des assistants venus de tous les coins du département. Une telle affluence nécessitait évidemment la présence d’un service d’ordre renforcé. Ce dernier mis en place à 19h30 était assuré par 50 gendarmes en grande tenue sous le commandement du capitaine Brizout de Barneville, commandant la section de Saint-Brieuc et l’adjudant Bideau, commandant la brigade de Pléneuf. A l’intérieur du parc des sports, les pompiers d’Erquy, commandés par l’adjudant Paupardin, étaient prêts à parer à toute éventualité.

Arrivé de bonne heure, M. André Cornu, maire d’Erquy, accueillait ses invités. Parmi les personnalités nous avons reconnu MM. Coursaget, chef de cabinet, représentant M. le préfet des Côtes-du-Nord ; Guille, chef de division à la préfecture ; Antoine Mazier, député des Côtes-du-Nord ; Delaballe, sous-préfet de Dinan ; Rault, maire de Saint-Brieuc ; MM. Lorguillou et Hëm, secrétaire général et secrétaire général adjoint de la mairie de Saint-Brieuc ; M. Stanislas Mangin, maître des requêtes au Conseil d’Etat, gendre de M. René Pleven ; le directeur général de la Radiodiffusion française ; le chef d’escadron Arcouët, commandant la compagnie de gendarmerie des Côtes-du-Nord ; un des régisseurs de l’Opéra ; M. Kuhn, commissaire aux renseignements généraux, et Guillou, inspecteur au même service ; les maires du canton de Pléneuf, MM. de Nantois, maire de Pléneuf ; de Thézi, maire de Saint-Alban ; Amiot, maire de Plurien ; Nabucet, maire de Planguenoual ; Ruellan, premier adjoint au maire d’Erquy ; Guégan, ancien maire d’Erquy ; Lecomte, ingénieur T.P.E. ; Waron, conseiller municipal, président du cercle de l’épée à Saint-Brieuc ; le docteur Guézennec, président du caméra-club de Saint-Brieuc ; etc …

La soirée débuta à 21h30. Il n’est évidemment pas question pour un profane d’apprécier la valeur artistique du spectacle, la renommée des artistes, les tout premiers de l’Opéra, était un gage de qualité. Le spectacle fut enchanteur et admiré dans un silence quasi-religieux. Seules les finales étaient saluées d’applaudissements crépitants. Avec un peu d’imagination on se serait cru au temps du Roi soleil dans les célèbres jardins de Versailles. Les ballerines merveilleusement accompagnées par un orchestre de l’Opéra, sous la direction de M. Blot, les ballerines et danseurs interprétèrent successivement la « Suite romantique », de Chopin ; le « Prélude à l’après-midi d’un Faune », de Debussy ; le 2ème acte de « Copélia », de Léo Delibes, et divertissements ; « Féerie ballet », de M. Serge Lifar, sur une musique de Tchaïkovsky. Dans leur diversité, ces différents ballets charmèrent également les oreilles et les yeux. Le premier ballet classique fut, en quelque sorte, un prélude destiné à créer un état d’âme favorable et nous pûmes admirer la grâce aérienne, la légèreté des artistes.

Quant au « Prélude à l’après-midi d’un Faune », récital de M. Serge Lifar, il nous permit d’entrevoir l’harmonie parfaite qui existe entre la poésie musicale de Debussy et l’interprétation chorégraphique qu’est celle de M. Serge Lifar dont nous avons particulièrement goûté la puissance de mime et la plastique irréprochable.

Le 2ème acte de « Copélia » nous introduisit dans le monde irréel des automates. La perfection du jeu des artistes tenait du prodige et l’on se demandait parfois s’il s’agissait d’automates véritables ou d’êtres vivants.

La soirée s’acheva par une féerie-ballet qui en fut le bouquet final. La splendeur chatoyante des costumes, s’ajoutant à la magie de la danse et de la musique, combla les désirs des plus difficiles. Mais il n’est pas de bonheur qui dure. L’enchantement était terminé trop tôt au gré des spectateurs qui firent une véritable ovation aux artistes lorsque M. André Cornu remit de superbes gerbes aux prestigieuses ballerines Mlles Vaussard et Bardin, première danseuses étoiles, et Mlles Bessy et Guillot, premières danseuses.

Les englobant toutes et tous dans un même sentiment d’admiration nous rappellerons le nom des autres, MM. Serge Lifar, maître de ballet, premier danseur étoile ; Renaut et Bozzoni, premiers danseurs étoiles ; M. Epinoff premier danseur ; Mlles Thalia, Even, Raiet, Rigel, Amiel, Million, Grimoin, Berthéas, MM. Duflot, Franchetti, Touroude, Descombey.

En terminant, nous féliciterons les organisateurs de cette magnifique réussité qui les aura récompensés de la peine qu’ils ont prise : MM. Ruellan, premier adjoint ; Michaud, président du comité des fêtes ; Joseph Briend, conseiller municipal ; Eveillard, garde-champêtre, trésorier.
Nous félicitons également les habiles artisans que sont MM. Barbé qui édifièrent le podium et Henri Briend qui assura l’éclairage.

Maryvonne et Françoise, filles de Joseph Briend, cité dans l’article, se rappellent :

Nous avons cueilli des brassées de bruyères pour décorer le podium. Celui ci était entouré de filets de marins sur lesquels étaient accrochées les dites fleurs. D’ailleurs, Serge Lifar apprécia la décoration et pour respirer l’air iodé d’Erquy, il enleva sa cravate.

Certaines demoiselles d’Erquy, mises sur leur 31, avaient pour mission de placer les notables, sans faire d’impair.

A la fin de la soirée, les danseuses ont lancé leurs ballerines, il fallait avoir un petit pied, Françoise a pu en récupérer une paire, elle a essayé de faire des pointes pour un résultat en dessous de ses efforts.

Contributeur : Sylvie Moret

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