Souvenirs de l’Ecole Primaire 1940 – 1947

Jeanine Carfantan

J’ai commencé ma scolarité en 1940 à l’Asile avec Madame Kiffer, qui avait un fils Paul. Je venais à pied de Quélard (3 kms matin et soir [limite d’Erquy sur la route de Plurien]) avec ma voisine Cité (Félicité) de 4 ans mon aînée. J’arrivais déjà fatiguée par la route. Le trajet n’avait pas été sans embûche (courir, marcher vite, les petits encombraient les grands).
Quand il pleuvait ou qu’il faisait froid, ma mère croyait à mon mal de ventre du matin et je faisais le renard.
J’étais là pour la journée avec ma mallette (casse-croûte) que je mangeais le midi, avec les élèves qui ne pouvaient pas retourner chez eux, autour d’une table dans le fond de la grande classe. Les années suivantes, nous pouvions profiter de la cantine chez les Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, nous terminions à 11 h 30 et l’école libre à 12 h, alors nous mangions dans la cuisine ; Sœur Jeanne, qui était la bonté même, nous chouchoutait. A la sortie la cohabitation des deux écoles n’était pas toujours facile.

Nous apprenions à écrire les lettres et les chiffres sur notre ardoise ; ensuite, distribution de carré de papier fendu dans lequel il fallait passer des bandelettes d’une autre couleur, cela déchirait facilement ! ou de pâte à modeler. Enfin l’histoire, ce qui signifiait que la fin de la journée approchait, avait toujours une morale ; je me souviens de celle du petit garçon qui mettait son doigt dans son nez et celui-ci avait tellement grossi que le petit garçon le portait dans une brouette.

En 1941, rentrée dans la petite classe de l’école primaire, 3 divisions (CP – CE1 – CE2). Nous nous mettions en rang 2 par 2 pour entrer en montrant nos mains à la maîtresse Madame Rigaud, ensuite nous posions nos têtes sur nos tables, et alors Madame Rigaud regardait si nous avions des réfractaires à la Marie-Rose …

apprentissage de la lecture avec la méthode syllabique BOSCHER

Ensuite l’incontournable leçon de morale : le texte était inscrit au tableau ; quand le sujet était sur la politesse, nous disions bonjour à toutes les personnes que nous rencontrions.
Pas facile pour ceux qui, comme moi, venaient de la campagne où nous parlions le patois de lire co chon sous une image représentant un pou ere ; autre difficulté, nous roulions les ‘R’.

Je me rappelle de la récitation « Dame Souris » de Paul Verlaine :

Dame souris trotte
Noire dans le gris du soir
Dame souris trotte
Grise dans le noir.

Un nuage passe
Il fait noir comme en un four
Un nuage passe :
Tiens, le petit jour !

Dame souris trotte
Rose dans les rayons bleus
Dame souris trotte
Debout, paresseux !

C’était un jour de composition, nous tirions au sort pour connaître quelle récitation nous devions réciter et bien sûr, je tombe sur « Dame Souris », je l’ai récitée en roulant bien les ‘R’ sous les yeux moqueurs et les pouffes des copines et à la fin je me suis effondrée devant le tableau (70 ans après c’est comme si c’était hier).

Autre sujet de moquerie, l’habillement, les filles du bourg à la rentrée arboraient des blouses très chics en satinette noire à plis avec un empiècement bordé d’un liseré bleu ou rouge et nous, nous débarquions avec un sarreau bariolé (pourtant très joli) acheté à la foire de la Montbran. Avec nos galoches et nos chaussettes tricotées, c’est vrai que l’allure n’était pas la même.

Dans certains domaines, nous nous débrouillions mieux qu’elles, par exemple pour allumer le poêle, c’était les élèves qui à tour de rôle l’ allumaient, l’entretenaient avec des boulets de charbon, si elles mettaient trop de poussier (résidu du charbon), le feu s’étouffait et enfumait la classe ! Et aussi, elles devaient veiller à la propreté des toilettes à la turque (souvent bouchées) en y jetant des seaux d’eau. Mais la mission de remplir les encriers d’encre violette était très agréable.

Nous écrivions avec un porte-plume (certains étaient en os avec dans le manche une petite loupe qui nous permettait de voir un paysage) équipé d’une plume « Sergent-Major ».

4 plumes Sergent-Major différentes

4 plumes Sergent-Major différentes
Madame Guérin balayait les classes, le ménage était succinct.

Dans ces années-là, les classes étaient surchargées à cause des réfugiées de Belle-Ile-en-Mer, des parisiennes qui passaient l’hiver chez leur grand-mère (Colette et Liliane Bazaget) et des italiennes (Jeanine .Onisto, Dominique Pivato) dont les pères travaillaient aux carrières.

1944, rentrée dans la grande classe, là aussi 3 divisions (préparation à l’examen pour obtenir une bourse pour entrer en 6ème à Lamballe et au certificat d’études).

Dès le matin problème comme celui-ci :

Aujourd’hui, c’est le jour de la compétition des champions. Six personnes sont sélectionnées : Marie, Max, Laura, Audrey, Laurie et Jean-François. Il leur faut effectuer 42,195 kilomètres chacun.
Sachant que : Audrey effectue 17 km, Marie parcourt le double plus 6,75 km, Laura réalise 7,29 km de moins que Max, Laurie accomplit 2,23 km de plus qu’Audrey, Max court 9,27 km de moins que Marie et Jean-François 8 km de moins qu’Audrey.
Quelle distance reste-t-il à parcourir pour chaque concurrent  ? (Réponse en fin d’article)

ou avec des trains qui se rencontrent ou des baignoires qui se vident. Toutes ces tracasseries prenaient souvent toute la matinée.

L’après-midi, dictée, l’institutrice Madame Le Jan passait dans les rangs et tapait un coup de règle sur la table quand elle voyait une faute, souvent dans l’affolement nous ne corrigions pas la faute, nous en refaisions une autre, 2 coups de règle au second passage.

Madame Le Jan ne tenait pas compte des horaires, nous sortions le soir quand le travail était terminé, par contre la gym, le dessin, le chant passaient à l’as.

Après la classe il fallait reprendre la route de la maison à pied, avec souvent des bagarres entre les filles et les garçons, ou entre les écoles du ‘diable’ et des ‘chouans’ ; il y avait des moments de grâce, nous étions tous d’accord pour tirer sur la sonnette (la seule sur notre chemin) en montant la côte de la Chapelle ou chiper des pommes. Les filles qui étaient dans la grande classe sortaient plus tard, l’hiver il faisait nuit, alors à Langourian, les gars (là tous étaient d’accord) se réunissaient pour tendre des ficelles au travers de la route et patatras, cela se terminait à coups de cartables (les couteaux n’existaient pas !).

Les grandes vacances commençaient le 13 juillet, le jour d’avant, grand nettoyage, nos parents nous confiaient des petites bouteilles d’eau de javel pour nettoyer nos tables tachées d’encre.

Réponse au problème : Marie : 1,445 ; Max : 10,715 ; Laura : 18,005 ; Audrey : 25,195 ; Laurie : 22,965 ; Jean-François : 33,195.
Contributeur : Jeanine Fassier

6 commentaires

  1. Bravo Jeanine, souvenirs encore très vivants. J’adore l’expression « réfractaires à la Marie-Rose » !

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  2. Il faudrait revenir à l’apprentissage de la lecture et de l’orthographe grâce à cette méthode BOSCHER (cf : pages illustrées de ce livre dans le texte du souvenir de Madame Jeanine CARFANTAN) : nous n’avons rien fait de mieux depuis, bien au contraire….!!!

    Cette méthode est rééditée et on peut le trouver actuellement en librairie.

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